« Cher Papa »

« Petit Papa,

C’est aujourd’hui ta fête,

Maman l’a dit

Quand tu n’étais pas là.

J’avais des fleurs,

Pour couronner ta tête,

Et un bouquet,

Pour mettre sur ton cœur.

Petit Papa, Petit Papa. »

Quand un cher Papa n’est plus là, il y a trois dates qui rendent certaines journées un peu plus mélancoliques que les autres : la fête des Pères, son anniversaire et le jour où il a pris rendez-vous avec le paradis.

Donc, aujourd’hui est une de ces trois dates.

Il paraît que dans les écoles, on fête maintenant « la fête de ceux qu’on aime », pour ne froisser personne. Ce matin à la boulangerie, j’ai remarqué que contrairement au jour de la fête des mères, il n’y avait en vitrine aucun gâteau splendide avec des cœurs.  Je ne crois pas qu’offrir des fleurs à un homme soit jamais devenu une galanterie féminine, je ne crois pas avoir beaucoup vu de chambres d’hôpital occupées par un homme, égayées par un bouquet.  Il n’y a guère que les hommes publics des images d’Epinal qui en reçoivent dans les cérémonies officielles.

Et, passant au crible mon stock culturel, j’ai cherché de mémoire des références qui soient des hommages aux pères.

C’est naturellement que Pagnol m’est venu à l’esprit, lui dont la plume a si bien peint l’amour filial :

« Et dans mes petits poings sanglants d’où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face du soleil couchant.»

Admiration pour ce modeste instituteur d’une sincérité parfaite dans ses œuvres éducatives et qui au fil des mots de Marcel s’avère un homme plein de tendresse pour Augustine et pour ses enfants.

C’est ensuite une mélodie, une prière filiale merveilleuse, interprétée par Barbara Streisand dans le film « Yentl »

Papa, can you hear me?

Papa, can you see me?

Papa, can you find me in the night?

Papa, are you near me?

Papa, can you hear me?

Papa, can you help me not be frightened?

Papa : celui auquel on revient toujours quand il fait un peu nuit, quand ça tangue un peu, quand on cherche une solution, quand on a besoin d’une main secourable ou d’une épaule. L’abri. Le recours.

C’est encore l’admiration de Patricia pour Bullit :

« Patricia, serrée au flanc de son père comme pour en recueillir la chaleur et la vigueur et qui, son petit visage levé, fouetté par le mouvement de l’air, me tirait sans cesse le bras et me clignait de l’œil pour faire admirer l’adresse et l’audace des mains si robustes qui tenaient le volant » (Le Lion, Joseph Kessel)

Ce sont les sentiments ambivalents, de l’amour irisé de mille nuances complexes, dont on n’obtient les clefs, dont on ne perçoit le sens que tard, quand on est soi-même devenu parent.  Franz Kafka mourant l’explique très bien dans sa « Lettre au Père ».  Lieu commun de dire que les pères endossent le mauvais rôle ; et qu’aux mères se réservent la compassion, la tendresse, l’indulgence.

Il ne doit pas toujours être si simple d’endosser le costume de « vigile » et de contraindre son fond bienveillant.

« (…) Père, tu me fais peur depuis toujours et je crains le pire lorsque tu es là,

Mais aussi, lorsque tu n’y es pas. (…)

Dans mon for intérieur, je n’ai jamais douté́ de ta bonté́ à mon égard, (…)

Si opposé à ma personne ? Si tu n’as pu exprimer une quelconque tendresse,

Du temps de mon enfance, c’est que tu craignais d’être faible en tant qu’homme. Aujourd’hui, avec le temps tu t’es ramolli

Et avec tes petits-enfants tu as changé du tout au tout, tu es méconnaissable. (…) »

Chassez le naturel, il revient au galop.

Retour à la chanson avec « Mon Vieux » de Daniel Guichard, pour la compréhension tardive que l’on peut avoir de ses proches, de son père et les regrets qui l’accompagnent.  Troisième accord toltèque, très vrai avec nos proches : nous avons tendance à faire des suppositions à propos de tout.  Le problème est que nous croyons ensuite qu’elles sont vérités.

Alors, simplement comprendre, tout de suite, que ce que l’on croit, n’est pas forcément la réalité ; la réalité d’un père.  Et peut-être regretter.  Après.

Maintenant qu´il est loin d´ici

En pensant à tout ça, j´me dis

« J´aim´rais bien qu´il soit près de moi »

PAPA…

Un père, ce peut être cette image tendre : toile anonyme du XIX° siècle, visible au Musée Marmottan, dans l’exposition : « L’Art et l’enfant ».  L’image de ce père construit la scène de famille ; il en est le centre ; une colonne vertébrale, un mur porteur, une poutre maîtresse.

fff
Anonyme – Entourage de Jacques-Louis David Portrait de famille dit autrefois Michel Gérard, membre de l’Assemblée Nationale en 1789 et sa famille. Vers 1810.

Cette fête fut célébrée dès le Moyen-Âge ; à l’origine le 19 mars, jour de la Saint-Joseph.  Saint-Joseph accepta son rôle de père putatif.  Aucun film n’en montra autant la complexité que « L’évangile de Saint-Matthieu » de Pier Paolo Pasolini: (4’13 » dans le film).

Hé, Simone.  On ne naît pas Père.  On le devient.

Un ami me disait ce matin qu’être fêté était moins important pour les hommes, qu’ils se passaient de ces démonstrations.  Je pense le contraire.  Que les hommes ne sont pas à placer dans la catégorie fourre-tout de « ceux qu’on aime », mais sur un podium aussi important que celui des mères.

Ainsi, comme on fête les Mamans, bonne fête à tous les  Pères.

2 réflexions sur “« Cher Papa »

  1. Merci pour ce texte qui m’a tiré quelques hoquets émus.
    On a toujours besoin d’un père et même s’ils ne sont pas parfaits (qui l’est en matière d’éducation), je fais partie de ceux qui font de leur mieux pour aimer leurs enfants pour ce qu’ils sont, pour les aider à se construire, pour faire preuve d’autorité (même si c’est souvent un crève-cœur quand on aime à ce point ses enfants – mais en être capable, c’est sûrement les aimer vraiment), et toutes ces choses qui rendent ce rôle si difficile aujourd’hui tant le poids du jugement de la société est dur à porter. Les pères des années 2010 doivent en effet continuer à incarner les valeurs simples et immémoriales de solidité, de rationnel, de stabilité financière de la famille (bien que ce rôle soit de plus en plus partagé) et parfois de « celui qui a une grosse voix »… mais ils doivent aussi être aimant, vis à vis de leur conjointe, de leurs enfants, plus souples et plus aidant dans la gestion du quotidien. Rentrer du travail, mettre ses pantoufles en attendant le dîner et sermonner à la réception du bulletin de notes et ne consentir qu’à s’investir que quand il s’agit de la voiture et du bricolage… C’est fini. Il faut assurer encore sur une bonne partie de ces attributions (pour les autres, j’indique que beaucoup d’entre nous n’ont pas de pantoufles et que nous préparons aussi des repas) mais il faut aussi composer avec bien d’autres choses.
    Nous avons ajouté de nombreuses cordes à notre arc comparé à nos chers papas.
    C’est dans un sens probablement plus juste et plus passionnant mais c’est aussi plus difficile.
    Alors, oui, nous avons besoin de notre fête.
    Nous avons besoin de sentir l’affection que nous portent nos enfants, besoin que parfois on nous dise qu’on fait de notre mieux, et que nous avons raison de persévérer.
    Rien ne doit nous enlever la joie profonde du petit poème ou du petit cadeau qui nous montrent que nous comptons pour nos familles. Que nos enfants savent prendre du temps, dans le secret le plus total, pour nous préparer une surprise qui sera surtout un moment émotionnellement important pour toute la famille et, cette fois, pour nous d’abord.
    Gommer la fête des pères au nom de principes un peu égalitaristes : ne pas perturber les enfants que leurs pères ont abandonné et pour lesquels ils ont démissionné de leur rôle nous attriste. Nous comprenons la douleur de ces enfants mais en nous privant de notre fête, nous sommes punis, et nos enfants avec, pour des méfaits abominables que nous n’avons pas commis…
    Heureusement que j’ai eu droit cette année encore à ma fête et aux témoignages de tendresse des miens.
    Merci pour ce billet qui m’a réchauffé le cœur.
    Et vivent les bons papas !

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