« 1/2/3/1/3/1 »

Ce billet du jeudi sera le plus expérimental, le plus court, le plus économe et simple de mes billets.

Expérimental, car, au moment où j’écris ces lignes, à 23:40, il reste 20′ à un gâteau yaourt pour finir de cuire.  Et pour son parfum d’embaumer le début de nuit de mes voisins, et d’activer de doux rêves; d’enfance peut-être ?

Court, car, en fait, 20′, c’est peu de temps.  Peu de temps, comme le temps d’un discours hargneux prononcé du haut d’une tribune en marbre vert non loin des rives de l’Hudson.  Mais le temps de cuisson d’un gâteau est beaucoup moins lourd de conséquences.

Économe, car, en mêlant 1/2/3/1/3/1 (yaourt/sucre/farine/huile/œufs/levure) on ne doit pas dépasser les 2 euros de coût matière.  Avouez que c’est peu au regard du bénéfice gourmandise-partage-plaisir qu’en tirera dès demain l’équipe de consultants avec lesquels je travaille tous les jours.  Tentez cette expérience vous-même, vous verrez que l’atmosphère autour de vous se détendra aussitôt.  Le monsieur à la mèche blonde pourrait essayer aussi.

Simple, car, ce gâteau est fait avec des ingrédients toujours à portée de main. Et nécessite peu d’effort, peu de technicité.  Il y a ainsi tant de gestes simples que l’on peut mettre en œuvre pour apporter du bonheur autour de soi.

Expérimental, court, économe, simple: serait-ce les quatre ingrédients utiles pour essayer, ne serait-ce qu’un instant, à peu de frais, sans effort de répandre un parfum plus  doux que celui de la poudre.

La métaphore est sans doute naïve, certainement un brin capilotractée. Mais le gâteau, lui, est bien sorti du four.  Puisse son parfum sucré, vanillé atteindre les grands esprits de ce monde.

IMG_0655

« Vitruve »

« L’Homme de Vitruve », merveilleux dessin que tout le monde connaît.

Un chef d’œuvre inspiré du plus éminent des traités d’architecture, celui d’un architecte Romain du Ier siècle avant Jésus Christ :  Marcus Vitruvius Pollio, dit Vitruve

De la main de Léonard de Vinci, allégorie de la perfection des proportions du corps humain, de l’Homme placé au centre de l’univers.

A propos d’architecture, un docte architecte, conservateur en chef des monuments nationaux, commentant les besoins de restauration quasi permanents de la cathédrale Notre-Dame de Paris, mettait en garde contre les possibles excès de bien-vouloir-faire : « à chaque fois que l’on remplace une pierre usée, un élément altéré par les effets du temps, on change la nature originelle du bâtiment.  Une fois que toutes les pierres auront été remplacées, le bâtiment gardera son aspect d’origine, mais ne sera plus tout à fait authentique. »

Le dessin de Léonard de Vinci représente l’Homme dans ses proportions parfaites, telles qu’elles ont été conçues par la Nature.  Il s’agit surtout d’un idéal.  La Nature donne naissance et laisse libre cours à ses parfaites imperfections.

L’hôte du Clos Lucé montre ainsi la puissance de l’Homme sur le monde.  Mais il en précise aussi les limites dans la symbolique cosmique du cercle et du carré.  Le cercle représente la perfection, l’unicité centrale ; le carré, la condition terrestre de l’homme.

L’architecte, Homme lui aussi, tente de réunir dans ses œuvres les trois clefs de voûte de l’esthétique : l’utilité, la beauté et la pérennité.

Utilité : l’Homme est utile, parfait ou non.

Beauté : elle se trouve au-delà des proportions physiques et c’est là un dialogue de sophistes.

Pérennité : au sens de longévité, pas d’immortalité.

L’Homme est utile.  L’Homme est beau.  Mais Il n’est pas immortel.

Et telles les pierres des plus beaux chefs d’œuvre architecturaux du monde, il s’altère, s’amenuise. Pour disparaître.

Chercher à le modifier, membre par membre, organe par organe, ne changera rien à sa « condition terrestre », à sa finitude.

Tout au plus gagnera-t-on, à l’avoir modifié, de pièce détachée en pièce détachée, à lui conserver son aspect d’Homme, sans que ce ne soit plus, au final, tout à fait un Homme.

« Clarine » – Dialogue de Vaches »

Introduction : pour écouter le « joli » son d’une clarine, la jolie cloche qui orne le cou des vaches qu’on fait paître à la montagne, cliquez sur la vidéo !

Conversation d’alpage :

– « Dis-donc Brunette !  T’en fais une jolie musique ce matin !  T’as l’air en forme ! »

– « En forme ?  Il faut le dire vite Marguerite.  Les temps sont durs pour nous les vaches.  Il paraît que notre musique gêne ! »

– « Oui, j’ai entendu meugler à ce sujet depuis quelques temps.  Et les chèvres aussi ; elles en bêlaient à s’en décrocher la mâchoire l’autre jour. »

– « Et Pierre, notre éleveur !  Enfin, il paraît qu’on va bientôt devoir l’appeler « ambianceur du territoire rural ».  Et bien Pierre a des soucis avec des gens qui veulent dormir sans notre jolie musique. »

– « Si on ne nous reprochait que la musique.  J’ai reçu des nouvelles d’une cousine de Salers dans le Cantal.  Il y a des gens qui sont venus s’installer dans son paisible village.  Ces gens ont trouvé qu’on puait.  Eh ben tu sais quoi, c’est l’agriculteur qui devrait bouger sa ferme! »

– « Ah ben dis-donc, j’espère qu’ils ne boivent pas de lait, ne mangent ni beurre ni fromage ni viande. »

– « Et qu’ils ne portent pas de cuir. »

– « S’il n’y avait que nous les vaches !  Mais toute la basse-cour risque d’y passer !  Les oies, canards et autres coqs ont du souci à se faire ! »

– « C’est dingue !  Comment qu’on va faire alors ? »

– « Écoute, y’a des grenouilles qui coassent que le bon sens n’a pas totalement disparu.  De mare en mare, on nous a rapporté que là-bas en Lorraine, elles ont gagné le droit de continuer à chanter tout leur saoul. »

– « Ça c’est une bonne nouvelle !  Pourvu que ça fasse des pt’is ! »

– « Bon !  En attendant, je vais brouter un brin.  On a des tonnes de lait à produire, nous, les machines à fumier »

– « C’est sûr !  On n’est pas aux 35 heures, nous !  Y’en a qui s’ront quand même ben contents de trouver du reblochon pour leur tartiflette. »