« Colère »

colèreColère

Quel mot !  En plus, un des sept péchés capitaux et un des trois poisons.

Un risque à prendre, somme toute, de lancer sa plume à partir d’un tel vocable qui recouvre tant de nuances dans sa manifestation.

A regarder l’étymologie et les différentes définitions de ce mot, il semble que ce soit là le nœud, l’obstacle qui aie bloqué mes publications hebdomadaires depuis le 21 septembre.

Ce n’est pas que je n’écris pas, bien le rebours.  C’est simplement qu’il m’est impossible de publier les mots que je trace.

La plupart des sujets sociétaux, les évolutions du « paysage politique », les modalités actuelles de l’exercice du pouvoir, la pratique démocratique, les bouleversements de l’organisation du travail, l’évolution des rapports hommes-femmes, le sort qui est fait à l’Homme lui-même et à son écologie me posent question, ne répondent plus à une certaine cohérence que je me fais du monde.

La colère vient de là, de la prise de conscience, qu’il y a de plus en plus de sujets sur lesquels il est devenu hasardeux d’exprimer des doutes, des interrogations, des réticences, des oppositions sans risquer l’opprobre, la vindicte générale.

Est-ce propre à 2017 ?  Probablement pas.  De toutes les époques, il y a eu, pour ceux qui réfléchissent aux problèmes de leur temps, des difficultés à exprimer, à « mettre en mouvement » leur plume, leur parole, « en dehors » du consensus contemporain, d’émettre une opinion décalée, de questionner l’ordre établi, la croyance générale.  Et surtout, de combattre l’angélisme.

Forte de ce constat, il me faut prendre à mon compte une définition, une redéfinition du mot « colère » avant d’aller plus loin dans cette confession de chroniqueuse.

La colère

Il s’agit d’une agitation intellectuelle, d’une ébullition, d’un mécontentement, d’une émotion secondaire à une contrainte, à une frustration, à un blocage, à une impossibilité d’exprimer une pensée.

La colère est consécutive au besoin de maintenir son intégrité morale, de maintenir un niveau, de se maintenir à un niveau de valeurs cardinales.  Elle est aussi un refus de se conformer à un idéal à la mode, surtout quand celui-ci nie certaines réalités humaines.

Il s’agit cependant d’une émotion saine qui se passe de jugement sur autrui, qui est l’affirmation d’une volonté de comprendre, de sortir d’une impasse, de passer de l’inaction à l’action, d’apporter des pistes de réflexion pour permettre un vivre-ensemble meilleur, pour sortir d’un contexte source de mécontentement.

En fait, la colère est un feu couvert.  Le genre de flammes qui peut en jaillir dépend du bois que l’on y met.

Mais son expression, aujourd’hui, n’est plus acceptée, même plus tolérée.  Elle est désormais généralement attribuée aux faibles, aux minorités, celles qui semblent s’arc-bouter contre le cours général, passif de l’opinion.

Alors, ces soi-disant faibles ou minoritaires, nourrissent leur colère, ce feu couvert, de toutes leurs incompréhensions, de tous leurs refus refoulés, de toutes les injustices ressenties.

C’est la raison pour laquelle, il vaut mieux, pour les instances économiques et politiques, brouiller, troubler, anesthésier cette colère par tous les artifices possibles, par toutes les mascarades, par toutes les « applis », par tous les substituts consuméristes.

Il vaut mieux l’assécher par un reflux de l’instruction, par une orientation de l’information, par une acculturation lampante.

Parce que la colère est une arme.  Elle est un formidable contre-pouvoir aux idéologies de toutes sortes, surtout quand elle est méticuleusement réinvestie, et particulièrement dans un questionnement de réalités imposées.

La colère annihile la peur, libère la parole.  Pour peu qu’on dispose des moyens pour le faire.

Aujourd’hui, ceux qui ressentent de la colère face à l’idéologie, à la bien-pensance dominante sont devenus des mal-pensant, des apôtres d’un conservatisme pathologique.

J’en reviens à ce qui a bloqué la publication des maux qui sortaient de ma plume : le risque d’être cataloguée comme un mal-pensant (c’est à dessein que je n’emploie pas le féminin de ce terme et que je conchie ainsi l’écriture inclusive ; un –e en moins, ne m’enlèvera pas le fait d’être une femme).  Un mal-pensant, un pensant mal : quelqu’un qui pense mal.

Et je remercie Mathieu Bock-Côté qui a analysé ce malaise dans une tribune parue en juillet dernier dans le Figaro.  Je relis souvent cette synthèse de son ouvrage : « Le multiculturalisme comme religion politique ».

« Nous sommes devant une tentative d’exclure non seulement du champ de la légitimité politique, mais même de la simple légalité, des discours et des idées entrant en contradiction avec l’idéologie dominante ».

J’y suis.  Nous y sommes.  Ce que je souhaite, ce que vous souhaitez exprimer, frappé du sceau de valeurs profondes, est taxé de conservatisme et est passible de « contraventions idéologiques », tant ce conservatisme « témoignerait d’une persistance de l’ancien monde d’avant la révélation identitaire ».

En France, comme aux États-Unis et dans de nombreux pays occidentaux, une nouvelle religion diversitaire s’est installée et considère toute foi contraire à ses dogmes, à son catéchisme, comme un blasphème.

Ces nouveaux dogmes consistent à nier, à gommer, à modifier, à réécrire par pans entiers l’intégrité biologique de l’Homme, ses valeurs ataviques, des épisodes de son Histoire ; éléments tous constitutifs de son identité.

Ces dogmes ont pour dessein de maintenir les têtes sous une eau de culpabilité et de repentance qui n’éteint en rien les colères et les attise au contraire.

« Tous les hommes sont égaux. »  « Mais certains sont plus égaux que d’autres. »  Cela vous rappelle quelque chose ?

Qui protège du blasphème ceux dont on bafoue, par une mitraille mediatico-diversitaire, ce qu’ils ont de plus sacré ?

Pour être très précise, l’Etat, en refusant de considérer que la France judéo-chrétienne se fait attaquer de toute part en raison justement de ses racines religieuses, tourne le dos au principe juridique premier, fondateur, qu’aucun groupe « religieux » ne saurait limiter la liberté d’expression d’un autre groupe.

La France judéo-chrétienne est précisément dans ce cas de figure.

Il y en a une, en 2007, qui parlait de saine colère tout en s’emportant.

Non.

En fait, la saine colère, c’est celle de celui qui refuse de se faire baiser.

C’est aussi celle qui, comme dans mon cas, est née d’une certaine façon de penser le monde, de l’attachement à certain nombre de valeurs, d’un combat contre l’angélisme, contre le négationnisme, du refus d’une idéologie diversitaire presque plus totalitaire que les dogmes qu’elle prétend combattre.  Une idéologie qui criminalise ma façon de penser, incarcère ma liberté de l’exprimer.

La liberté de s’exprimer s’arrête là où elle peut contraindre celle des autres.

La saine colère cherche tous les moyens de se transformer en une réflexion apaisée, apaisante.  Altruiste.

Mais il s’agit bien d’un questionnement franco-cartésien assumé, de la recherche de vérités simples qui ne nient pas les liens complexes qui se tissent entre elles.

J’ai, nous avons le droit d’interroger, de réfuter, d’opposer, d’argumenter, de combattre sans être taxés de racisme, de xénophobie, de sexisme, d’homophobie, de nationalisme, sans être accusés d’avoir rejoint des forces de l’ombre.  Mathieu Bock-Côté appelle ces injonctions, le « fondamentalisme de la modernité ».

De fait, tout discours contraire à la doxa diversitaire est verrouillé juridiquement de l’espace public.  Est-ce que cela ne rappelle pas une certaine Inquisition ?

La contrepartie qui peut surprendre, c’est que l’outrage (variante du blasphème) demeure un apanage présidentiel.

Ainsi, si une majorité de Français veut conserver l’ensemble des symboles qui constituent une identité historique, culturelle et spirituelle dans laquelle elle a foi et dans laquelle elle se reconnait, il n’y a pas d’autorité publique qui ait la moindre légitimité, en démocratie, pour les lui enlever.

Vous voyez, par étape, la colère, risque de tempête et de tumulte, s’est canalisée, s’est estompée et s’est transformée en une franche explication de texte qui n’éreinte rien d’autre qu’une plume, de l’encre, du papier et les présents pixels.

Donner la voix ? Écouter  ?  Prendre en compte ?

Rien de tel pour garder les bonnets phrygiens au placard, pour ne parler des foulards que pour des questions de mode, pour attribuer aux barbes de simples considérations esthétiques, pour regarder les kippas comme des protections météorologiques et pour considérer les croix comme les balises GPS de l’Histoire d’un peuple.

Bref pour permettre aux faibles, minoritaires et sans-dents qui n’ont pas, n’ont plus, à qui on a enlevé le moyen de parler, de transcender leur colère.

Il n’y a que ceux qui nie la biologie de l’Homme, capable de transformer une émotion, la colère, en actes, qui peuvent considérer ce risque comme probabilité négligeable.

Il n’y a pas d’un côté des néo-élites identitaires intelligentes qui décrètent et de l’autre des abrutis obscurantistes qui renâclent.

Il faut, pour calmer les colères, comme il a fallu pour calmer la mienne, laisser libre cours à toutes les opinions, célébrer l’altérité, la compréhension de l’autre.

Mais il faut, en particulier pour les Français, leur laisser le droit de défendre leur socle identitaire millénaire, car à le déformer, le nier, le conspuer, on prend le risque de nourrir ce feu couvert des émotions les plus inflammables, comme la colère.

Certains scrutins européens illustrent déjà ce risque.

C’est donc bien aux « conservateurs de l’ancien monde » d’allumer un contre-feu en reprenant leur plume et en redonnant de la voix.

Au fait, ma colère est désormais passée.

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