La « mochitude »

Chroniques Estivales – #7 – Humeurs & Choses Simples

(Ecriture au 1er jet)

Hier, le « beau » était à l’honneur.  Ce soir ce sera la « mochitude ».

Et il faut accorder toute son attention au suffixe « -itude » utilisé pour contorsioner le vocable moche qui, dans le cadre précis de ce billet, ne se suffit pas à lui-même.

Le suffixe « -itude » sert à former des noms féminins avec l’idée d’un état ou d’une qualité morale, psychologique ou physiologique en rapport avec le radical.

Le cas le plus célèbre d’utilisation de ce suffixe date de 2002 – soit en 32 après C.D.G. – sur la Muraille de Chine où une muse de la langue Française s’est efforcée de sublimer le terme « bravoure » par celui de « bravitude » ; une bravoure qui n’en demandait pas autant.  Et il s’agit là malheureusement d’un cas avéré, pathologique, de « nullitude ».

Donc, dans le substantif « mochitude », le suffixe « -itude » sert à sublimer l’effet de mocheté, de laideur si vous préférez.  Fournir un super effort de mocheté, c’est de la « mochitude ».  Même si cela est moralement, psychologiquement contestable quoi que physiologiquement possible.

Évidemment, vous ne trouverez ici aucune, mais absolument aucune objectivité.  Une  « folitude » totale comme une pure volonté de décrier, haut et fort, une catastrophe esthétique. 

D’autant que cette « oeuvre d’art », destinée à célébrer les vingt ans du classement de Carcassonne au patrimoine mondial de l’Unesco, a coûté la bagatelle de 250 000 euros.  Je pose mon 9 et j’obtiens un multiple de toitures de monuments qui attendent avec « bravoure », sans une once de « bravitude », mais avec beaucoup « d’impatientitude », leur tour de ravalement de couvre-chef !

Avec mon petit suffixe comme une baïonnette au fusil, je tente de porter un petit estoc à la certitude que la « mochitude » sublime notre patrimoine commun.

Hélas, mille fois hélas !

La « modernitude » rime souvent avec « beaufitude ».   Tout ce volapuk pour une telle chienlit ?

Nous sommes donc bien en 48 après C.D.G.

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« Au pied de l’arc-en-ciel »

Chroniques Estivales – #6 – Humeurs & Choses Simples

(Ecriture au 1er jet)

Au pied de l’arc-en-ciel se cache toujours un trésor.

Cette assertion n’a rien de scientifique.  Il s’agit juste de poésie affectueuse. Cette coquecigrue chromatique rappelle une chose bien simple : qu’il ne faut jamais négliger les belles choses.

Qu’il faut cultiver le « beau », préserver le « beau », conserver le « beau ».

Mais pour cela, il faut aimer ce « beau », ce trésor que l’on possède.  Et ne pas le condamner à l’oubli.  Passer devant en l’ignorant.

Banal, banal ! Oui, certainement.  Mais, dans un pays comme le nôtre (Le Nôtre, à Vaux-le-Vicomte, cela de ne s’invente pas) : la France, le « beau » se déploie sur tout le territoire métropolitain et ultra-marin.

On l’oublie un peu.  On le néglige beaucoup.  On l’abandonne sûrement.

Vaux-le-Vicomte est un exemple de ce « beau », certes artificiel, fruit de la main de l’homme.  Mais combien de monuments, de sites avons-nous la chance de compter aux quatre coins de l’Hexagone pour enchanter notre regard.

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La France est sous un arc-en-ciel permanent.

Quels trésors à chaque détour, au bout de chaque route, au coin de chaque rue.  Quels paysages splendides nous sont offerts, quand ils ne sont pas tailladés par des éoliennes.  Combien de châteaux, de manoirs, d’églises romanes, de corps de ferme.

De villages perdus.  Silencieux parce qu’abandonnés.  Au profit de cités en carreaux de salle de bain, sans amour et sans âme.

Combien de Monarques nous ont fait cadeau de leurs souveraines ambitions, de leurs délires de pouvoir.  Combien de Génies se sont éreintés à créer ces châteaux, ces cathédrales, ces hôtels, ces ouvrages d’art.  Ces jardins.  Combien d’Artistes ont fouillé les tréfonds de leur esprit.  Combien d’hommes ont peiné des décennies durant pour que de leurs mains naissent ces splendeurs.  Et comment tous, ont déployés leur Art pour égrainer sur tout le territoire national des merveilles, à toutes les époques, dans tous les styles.

Pour nous laisser un témoignage, moins de leurs ambitions personnelles, que de leur conception de la vie : que le beau doit se transmettre.

Que nous nous devons mutuellement du beau.

Alors quand on livre un édifice aux mauvaises herbes, quand on abat un château, une église, pour construire un parking ou un supermarché, c’est objectivement nous-mêmes que nous abandonnons.  Nous conchions sans remords des siècles de labeur.

Qu’est-ce que le beau ? Un dialogue de Sophistes ?

Non.

Ici, à Vaux-le-Vicomte, comme à un jet de pierre de nos maisons, chacune de ces réalisations, comme chacun de nos petits villages se place au pied d’un arc-en-ciel pour nous rappeler que le « beau » est tout simplement le meilleur de lui-même que chaque Homme offre à chaque Homme.

« Les pieds dans le talus »

Chroniques Estivales – #5 – Humeurs & Choses Simples

(Ecriture au 1er jet)

« Les pieds dans le talus »

Définition : une contrescarpe est le talus extérieur du fossé d’un ouvrage fortifié !

Il arrive, par distraction, que l’on trébuche.

On croit que le chemin est lisse.

On croit connaître la route par cœur et puis soudain : la chute.

« Maman ! Je me suis pris les pieds dans le talus ! »

A terre la dignité ! Les quatre fers en l’air le prestige !

Qui a mis ça là ! Non mais ! C’est un scandale !

On prend tout le monde à témoin, on organise de grands débats pour analyser la cause de cette chute !

Et finalement, on réalise que ce sont des trucs jetés, oubliés qui se sont accumulés à cet endroit et qui ont créé le monticule par lequel on a chu!

Un peu comme la poussière que l’on balaie sous le tapis et dont on croit qu’elle a disparue.

Et oui un jour, quelqu’un soulève le tapis, se penche sur lesdites poussières et comprend la cause du dit désordre.

Eh, grand malin !  Tu t’es pris les pieds dans ton propre tapis ! T’avais qu’à soit ranger ton bordel, soit pas le créer !

Sous le talus, y’a tes petits soldats de plomb que t’as cassés et que t’aurais voulu oublier.  Y’a tes fermes miniatures avec lesquelles tu ne veux plus jouer.  Y’a ton petit train que t’as piétiné.  Tes petites voitures qui ne vont plus assez vite.

Bref, tous les trucs que tu veux faire oublier à tout le monde.

Allez Bichon !  Remets-toi debout, donne-toi un coup de peigne et essaie de reprendre bonne figure.

Peut-être qu’en créant un autre talus plus grand, tu cacheras le petit.

Mais gare !

Qui cache un œuf, peut cacher un bœuf !

« Ça sent bon les … »

Chroniques Estivales – #4 – Humeurs & Choses Simples

(Ecriture au 1er jet)

« Ça sent bon les … »

Le vent tourne !

Que ce soit au comptoir – le fameux – ou dans les affaires, ça sent bon la quille ! L’échéance, l’issue, la relâche, la fuite, l’école buissonnière !

Les vitrines se vident, les menus des restaurants illustrent l’apurement des frigos ; on cuisine les derniers restes.
Votre boulangerie ferme.  Il faudra marcher un bout jusqu’à la prochaine baguette

Les enfants sont moins hypocrites que nous; la dernière sonnerie les déchaîne : « la maîtresse au feu, les cahiers au milieu. »  Cela faisait déjà quelques jours, une fois les bulletins trimestriels signés, que cela sentait la plage, la récré, la fin des petits-déjeuners expédiés. Là, ils sont au centre aéré, chez Papi et Mamie, en colo à désapprendre tout ce que vous leur avez inculqué.

Dans les bureaux, on « clôture ».  On s’empresse de régler les derniers dossiers, de filer le « bébé » à ceux qui restent ou à ceux qui reviendront lundi. Faire genre, je reste concerné !

Les journaux s’allègent et nous embarquent dans leurs séries d’été, histoire de motiver l’achat de papier pour d’autres raisons que les frasques et les caprices de Jupiter.

C’est formidable que dans un monde si sérieux, si connecté, si complexe chacun réponde si légèrement – unanimement – à l’appel des tongs.

Clap, clap ! Ah, les cong’payes !  On va pouvoir desserrer le string, enfin oublier les heures, les échéances, les reportings, la parade en costard-cravatte, la façade souriante alors que foncièrement le sujet de la prochaine réunion nous gave (presque).

Oui ! Ça sent vraiment bon.

Le sable, la campagne, les nuits sans éclairage public et sans bruit de circulation, le rosé, les doigts de pieds en éventail, la sieste, les romans qu’on n’a pas eus le temps de lire, les magazines-people avec les stars en bikini, le pan-bagnat qui dégouline et le petit dernier qui apprend à nager. Et une visite culturelle, histoire de dire qu’on a appris quelque chose.

En route, sur la Nationale 7 ! Merci Charles, car oui, ça sent vraiment bon!

« Trois Pommes »

Chroniques Estivales – #3 – Humeurs & Choses Simples

(Ecriture au 1er jet)

« Trois Pommes »

Pour ce petit moment de grâce, ce matin, forcément, j’ai ralenti le pas.

Un moment de grâce haut comme trois pommes : une blondinette, cheveux ébouriffés,  aux commandes d’une minuscule trottinette rose.

Un visage rose et potelé au regard brillant, futé, saisi au travers de ses minuscules lunettes cerclées de rose clair.

Si petite, que même avec les 5 ou 6 cm gagnés grâce au plateau de la trottinette, elle ne se haussait qu’à mi-cuisse de son géant de Papa.

En fait, c’est sa voix fluette, son babil, qui ont surpris, réveillé mon attention d’adulte pressé d’aller à un rendez-vous matinal. Elle s’adressait à son père, tranquille à ses côté, parfaitement attentif à sa petite personne.

Pas de portable en main ni sur l’oreille.  Juste une légère inclinaison du buste pour montrer son attention.

Elle bataillait d’un fier coup de pied sur le bitume pour parvenir à le suivre, pas très assurée dans ses coups de guidon.  Difficile de tenir le cap entre un coup d’oeil devant et un coup d’oeil à son père pour vérifier qu’il écoutait bien toutes les choses importantes qu’elle tenait à lui dire.  Des petites choses du quotidien : son petit-déjeuner, la crèche, et pourquoi, et comment, et combien, et ceci, et cela.

Et son père répondait, patient, concentré sur ses petites paroles, ses petits commentaires, ses riens-du-tout.

Quelles merveilles dans ce tableau mobile !  Une pomme à croquer, non ?

On peut partir travailler avec moins de richesses que cela. Mais ce sont sûrement ces richesses-là qui concentrent, justifient à elles seules tous nos efforts.

« What else ? »