365 Nuances de 2019 – #20 – « The miracle …à -3°C »

Un billet, court, chaque jour.

Impossible d’aller sur les plate-bandes d’Hal Herold.  Avec les quelques 80 000 exemplaires de son « Miracle Morning », ce serait vain.

« 5:00 du mat’… » heure des couche-tard, des fêtards et des lève-tôt.  C’est de ces derniers dont il s’agit ici.  Et si on s’extrait des guides des grands gourous du développement personnel, on se contente d’évoquer l’expérience des petits matins.  

L’expérience de se réveiller avant presque tout le monde, quand rien ne bouge et qu’il y a, tout simplement, une page quotidienne neuve à ouvrir et à écrire.

Il n’y a pas forcément de mode d’emploi pour tout.  On peut se créer soi-même ses miracles.

Aujourd’hui par exemple.  Footing matinal par -3°.  Glaçant, de prime abord.

Et pourtant.  

Rien, jusque-là, même pas votre tasse de thé, n’a pollué votre esprit.  Et, alors que votre foulée prend son rythme de croisière, tout, même en pleine ville, devient évocateur.

La journée démarre dans un pur élan d’imagination que rien n’est encore venu contrarier.  Même le bruit de fond de la cité ne vous atteint pas.  Le froid fige tout.

Sauf : le chant des merles.  Ce sont eux, les miracles du matin.  

Je ne sais pas si le réchauffement climatique décime à ce point les oiseaux.  Ce que je sais, c’est que tous les matins, en ville, ici, et aussi dans les champs, ils sont là et chantent à tue-tête.

Ils sont les premiers réveillés et les premiers à célébrer : la petite chance de chaque matin.

 

365 Nuances de 2019 – #19- « Pieds dans la boue & tête au soleil »

Un billet, court, chaque jour.

Quand se terminent des semaines difficiles, vient pour certains la ressource de la course à pied et du plein air.

Histoire de s’offrir un plaisir complet, tu files t’équiper de neuf chez le copain qui tient un magasin de running.  Et dont le sourire – et ta carte bleue – va participer à te remonter le moral.

Et, oh miracle, la pluie s’est mise de la partie.  Comme un enfant, tu t’élances et tu laboures des deux pieds la première flaque de boue qui se présente.  Voilà tes runnings rebaptisées et toi éclaboussé, mais heureux.  

Quand se termine une semaine difficile, vient la ressource de l’amitié, des tapas et du verre de vin partagé.  La bonne humeur par les plantes : la vigne !

« Comment ça va ?  Comme un lundi ! »  Comment tuer cette misérable phrase ?

Par le sport et le pinard !

Pieds dans la boue et pieds dans la vigne !

Mais tête au soleil ! Toujours !

 

 

365 Nuances de 2019 – #18 – « Le Mot de Cambronne »

Un billet, court, chaque jour.

C’est délibérément que, pour titre de ce billet, j’ai choisi la version châtié, élégante, du vocable « merde ».

Il existe une version enfantine de cette interjection : « crotte ».  Elle est utilisée aussi bien par nos jeunes têtes que par des adultes qui veulent rester dans le registre de la bienséance et qui présupposent que l’on sera plus bienveillant envers « crotte » qu’envers « merde ».

Le « mot de Cambronne » – « merde » ou « crotte » – est quelquefois associé à la chance.

Les acteurs se lançaient le mot entre eux avant chaque première.  En effet, à l’époque où l’on se rendait au théâtre en voiture à cheval (crottin, diesel : cela a toujours produit des gilets jaunes, autrefois appelés calicots), le succès d’une pièce se mesurait au nombre d’attelages qui attendaient les spectateurs, et donc au crottin généré pendant l’attente des équidés.  En réponse à cette salve de la bonne fortune, l’intéressé devait répondre: « je prends ».

« Je prends la merde ».

Les Japonais prête également à la merde, au « Kin no unko » des vertus de bonne fortune que l’on retrouve élégamment sculptée sous forme de « caca d’or ».

Malheureusement, le « mot de Cambronne » – « merde » ou « crotte » – est aussi très souvent associé à la malchance.  Il souligne le glissement vers une défaite ou sa constatation à posteriori.

Les Armées de Napoléon, au fil de leurs belles victoires, ont semble-t-il répandu cette expression, cette notion de « merde » jusque dans l’est de l’Europe, où elle recouvrirait à présent un concept bien au-delà du vulgaire de bon aloi.  Comme quoi, il ne faudrait jamais déraper verbalement à l’étranger.  

Il semblerait néanmoins que le « mot de Cambronne » demeure une « fake news » comme il en existe des milliers dans l’Histoire.  Même le Ministère de la Défense  présente le fait comme tel.

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Il est vrai que le Général Cambronne aurait immédiatement pondéré sa sortie glorieuse : « La garde meurt et ne se rend pas ! » d’un « merde » de la défaite.  Il fut fait prisonnier et l’Armée française fut défaite à Waterloo.  

La première citation est la version châtiée militaire et glorieuse du mot « merde ».  Dans les deux versions, à terre devant l’ennemi, les possibilités de débat étaient faibles et les possibilités de recours nulles.

Il est intéressant de rappeler que, dans la langue française, le mot « merde » ne connaît qu’une seule rime : « perde ».

Rime de bien mauvais augure et qui semble assez puissante pour nous tenir définitivement à l’écart de ce raccourci de cinq lettres et, de fait, d’un risque d’accumulation de matières fécales : les emmerdements.

En avant marche ! Non.  Ni du pied droit.  Ni du pied gauche !

 

 

 

 

365 Nuances de 2019 – #17 – « Ça c’est vrai, ça ! »

Un billet, court, chaque jour.

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Jeanne Marie Le Calvé, dite La Mère Denis, née le 9 novembre 1893 à Neulliac (Morbihan) et morte le 17 janvier 1989 à Pont-l’Évêque (Calvados).

Lavandière.

17 janvier 1989 : 30 ans juste qu’elle est morte, la lavandière la plus célèbre de France

On peut se permettre un petit cauchemar éveillé en imaginant que la totalité de nos lave-linge, commerces de blanchisserie et de teinturerie disparaissent. Hop, dézingués !

Allez hop ! Savon de Marseille, battoir en main, à genou sur le carreau et de l’huile de coude. On s’imagine en Gervaise (L’Assommoir, Émile Zola – 1876).  On peut se permettre le petit luxe d’une fin heureuse en rêvant que l’on vit, après des années de labeur, l’avènement de la lessiveuse en zinc.

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Et on se réveille, on se précipite dans sa cuisine et on vérifie qu’elle est là, remplie de composants électroniques, la formidable machine à laver qui nous fait oublier cette besogne, cette corvée du linge à laver.

La dureté de la vie quotidienne, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, et encore aujourd’hui dans de nombreuses régions du monde, s’inscrit dans les visages.  Et dans les mains.

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Comme la vie, des femmes en particulier, est devenue sacrément plus cool.  Au moins dans nos petits pays gâtés.

J’aurais pu trouver une chute plus originale à ce billet.  Mais je conclus simplement:

« On a de la chance, hein ! Ça c’est vrai, ça ! »

 

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365 Nuances de 2019 – #16 – « L’euro symbolique »

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Un billet, court, chaque jour.

« L’euro symbolique »

A ces mots, quelle valeur y associez-vous?

En réponse à petit sondage, on a généralement répondu :

  • dédommagement (de la chose détruite et qui, de ce fait, n’est pas sa valeur réelle)
  • payer en deçà de la valeur réelle (contrepartie financière en deçà de la valeur du bien)

Mais pas de retour dans le sens de contribuer.  Et surtout rien dans le sens de « payer son écot » : montrer sa capacité, participer à un effort collectif, contribuer à un usage, faire preuve de solidarité, agir comme – en communauté avec – les autres.

C’est un peu comme quand, avec son premier salaire, avec ses quelques petits sous, on s’achète ses premières affaires.  Un brevet de dignité : je suis capable de ; je suis apte à ; je suis comme vous ; je suis avec vous.  

L’euro symbolique de la fierté.  Trouver un euro de fierté dans sa poche. Et se sentir égal à celui qui en trouve beaucoup, d’euros, dans sa poche.  Cet euro aura même, à cause de l’effort fourni pour pouvoir le verser, une valeur exceptionnelle.

« Oui, j’utilise les ressources et moyens dont je dispose et je veux, même très modestement, contribuer financièrement au même effort que tous. » 

Concomitamment, comme on paie comme tout le monde, on respecte comme tout le monde.

Cet effort, symbolique, minime, s’imagine comme le moyen pour chacun de se sentir, un peu, même humblement, au mieux de ses moyens, membre d’une communauté.

Citoyen ?