365 Nuances de 2019 – #57 – « Médailles en bois »

WhatsApp Image 2019-03-31 at 10.48.41Un billet, court, chaque jour.

Le bio est partout.  Même dans les médailles de course à pied.

L’organisation des courses évolue vers moins de gaspillage.

Là où les coureurs tapissaient la chaussée de bouteilles en plastique à peine entamées par deux gorgées, se trouvent désormais proposés des gobelets en carton et de l’eau du robinet.

Là où les vendeurs de rêves de l’agro-alimentaire sportive ravitaillaient de dosettes d’élixirs et autres gelées improbables, sont de nouveau proposés des carrés de sucre et des morceaux de bananes.

Restent, les t-shirt « made in très loin » offerts par des enseignes, certes françaises, mais qui ne s’inscrivent pas trop dans le local-responsable !

Pour la médaille de « finisseur » qu’il faut aller faire germer sur son balcon, j’espère que c’est de l’arnica – pour un coureur ça peut servir !

Quant à la propulsion du coureur : adrénaline, endorphines et volonté ; pas sûr que jamais l’on puisse produire plus bio que ça !

365 Nuances de 2019 – #56 – « La gaîté du verre plein »

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Remerciements à « cavendevin.fr« 

Un billet, court, chaque jour.

« Aimer est le grand point, ce qui importe c’est le cépage. »

Détourner les vers d’Alfred de Musset, pour une grande affection : celle du bon vin.

Savagnin, malbec, négrette, merlot, cabernet, verdot, mondeuse, syrah, muscat, sauvignon, pinot, chardonnay, gamay, sylvaner : que de petites perles des terroirs viticoles français.  Des mots chantants qui font claquer la langue, comme les breuvages grenat ou dorés, gouleyant en bouche, qui nous précipitent dans un voyage gustatif, à la recherche de toutes les notes sédimentaires et végétales qui se sont associées pour composer, à chaque vendange, une œuvre unique.

« Fruit de la vigne et du travail des hommes ».  Ce n’est pas pour rien que nous écoutons à chaque messe cette prière, cette déclaration de Foi en l’association fructueuse du don divin et sa transformation par l’homme.

Français.  Nous avons Foi dans les tables gaies, les verres pleins.  Nous aimons la ripaille, les sauces, les rôtis, les mise-en-bouche, les cromesquis, les croque-en-bouche.  Les belles tables, la belle vaisselle, l’argenterie, le cristal d’arques, de baccarat pour que chatoient de concert la langue, le palais, la joie et le cœur.

Et une « dive bouteille » trônant bien au centre.

Les Français ont une histoire d’amour avec le vin et pas une histoire « compliquée » avec lui comme nous a sermonné dernièrement « The Guardian ».

Être français et laisser les verres tristement briller de leur seul éclat de silice sans y faire ourler de belles robes or ou grenat serait trahir plus de vingt-six siècles de vendanges laborieuses.  Ce serait insulter les cratères, les amphores, les barriques, les flacons précieux et tous les Vignerons aux mains de génie qui se cassent l’échine à créer ces élixirs.

Il serait navrant de devenir de dociles gosiers nourris et abreuvés sur prescription.

Et de détourner à nouveau une pépite littéraire, celle de Gervaise dans « L’Assommoir » : « Tenez, j’ai mangé ma prune ; seulement, je laisserai la sauce, parce que ça me ferait du mal. »

Oui, chacun, même cette pauvre Gervaise, sait faire la différence entre la raison et l’excès.

« Jamais homme noble ne hait le bon vin ».  L’amour du vin est la noblesse de l’alcool et rompt toute filiation avec l’alcoolisme.  Nous ne sommes pas de la même ivresse.

Cet épicurisme-là n’est pas un mal à soigner mais un Art à enseigner.

365 Nuances de 2019 – #55 – « C’est quoi ces statues ? »

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Photo @GuillemetteCallies « Le Bon Samaritain » par François Sicard (1896) – Jardin des Tuileries / Paris

Un billet, court, chaque jour.

En France, quel que soit le lieu où l’on porte ses pas, on rencontre l’Histoire

A Paris, l’Histoire y est concentrée.

Au Jardin des Tuileries, parenthèse végétale entre le Louvre, la Place de la Concorde (anciennement Place de Grève) et la perspective minérale qui traverse l’Arc de Triomphe jusqu’à la Grande Arche de la Défense, on en prend toute la mesure.

Du Palais du Louvre jusqu’au cube à 6,30° d’angle, l’architecture pose les balises de toutes ces transformations.

Au milieu de toutes ces évidences de l’Histoire, au Jardin des Tuileries, on trouve des témoins plus discrets des sources qui ont inspiré, modelé notre esthétique.

Quelle esthétique ?

Oui, dans ce jardin tiré au cordeau, bien peigné à la Française, quelques silhouettes figées rappellent les origines de notre inspiration : les statues.

« C’est quoi ces statues ? » demanderait un enfant pas encore nourri de ces codes.

Ces statues, comme celles de l’image qui accompagne ces lignes, avec, au tout premier plan, « Le Bon Samaritain », et plus loin au fond, perceptible, la tête de Périclès, nous rappellent comment la mythologie gréco-latine, les grands noms des cités grecques et de l’empire romain ainsi que les figures des paraboles de la Bible, de l’Ancien au Nouveau Testament, imprègnent notre culture.

Quelle esthétique ?

Réponse : un merveilleux creuset gréco-latin et judéo-chrétien.  Des siècles d’imprégnation mutuelle dont les légendes, comme par exemple aux Tuileries, distraient nos promenades en une multitude de références.

Des références gréco-latines et judéo-chrétiennes.

Ces statues en pierre empreintes de noblesse, disséminées dans cet élégant jardin laissé cependant ouvert aux vents et au monde, pas replié sur lui-même, nous remettent en mémoire, à l’esprit, sobrement, calmement mais fermement d’où l’Occident, comme par exemple la France, est issu.

365 Nuances de 2019 – #54 – « Les Vieux se rebiffent »

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Clint Eastwood ; « La Mule »

Michael Caine ; « Gentlemen Cambrioleurs »

Les « vieux » ont la cote !  Mais pas n’importe quels vieux : des vieux qui en redemandent. Ceux qui luttent, bec et ongles, contre la mise au placard ou en Ehpad.

Même : ils trafiquent, truandent, courent des marathons, trouvent une petite jeune, prennent de longues vacances au soleil.

A l’heure de Calico et de la promesse de la « mort de la mort », des hordes de vieux, célèbres ou non, se rebellent, se rebiffent pour montrer que le monde doit compter avec eux.

Tous ces vieux dans les films ne cachent pas leurs rides, ne dissimulent pas leurs déficiences, leurs infirmités.  Ils s’en fouttent.  Avec panache.

Ils balaient leurs rhumatismes, leurs prothèses, leur lenteur, leurs hésitations et leurs trous de mémoire d’un revers de mépris.

On ne veut plus d’eux dans les entreprises, on trouve qu’ils coûtent trop cher ou qu’ils profitent sur notre dos de « Trente Glorieuses » trop généreuses.  Ils touchent leurs dividendes d’années de travail et se gaussent que la roue ne tourne pas dans le même sens pour les générations qui leur succèdent.

Avec un peu de chance, si Ray Kurzweil réussit sur lui-même ses expériences de rajeunissement, les « vieux » Clint, Michael, Robert, Susan et autres Diane aux cheveux gris conserveront assez de muscles pour le balader en poussette.

Ah !  Les vieilles carnes ! On n’est pas près d’avoir leur peau.

365 Nuances de 2019 – #53 – « Le Solfège du Coureur »

Sans titreUn billet, court, chaque jour.

Le fractionné, c’est un peu le solfège du coureur.  Enfin, de celui qui veut progresser.

Fractionné court, VMA longue, travail au seuil, fractionné en côtes et fartlek.  Différentes manières de faire ses gammes.

L’enjeu physique : trouver son intensité.  L’enjeu psychologique: tenir cette intensité.  Dans les deux cas, accepter de se faire un peu violence, de pousser la machine tout en trouvant un point d’équilibre.

Travailler le rêve de sa puissance physique tout en la dosant pour ne pas la faire devenir cauchemar.

Cela s’appelle « tenir la fraction ».

Et cela s’apprend.  Comme en chant, tenir la fraction est une vocalise, pousser le son, pousser sa vitesse, sans casser son instrument.  Ici, la voix ; là, le cœur et les jambes.

Une fois par semaine, il faut s’adonner à ce solfège ; sur piste ou sur chemins.  Quand on travaille ses gammes seul, on est son propre métronome. Écouter de la musique n’aiderait pas.  Alors, on s’écoute courir dans le double tempo du cardio et du pas.  On devient compositeur, on crée sa partition.

L’essentiel est de faire bien régulièrement, sans à-coups, sans soubresauts, sans « canards ».  Rendre son travail fluide, harmonique.

La première, la deuxième ; profiter des respirations pour faire revenir le cœur à rythme plus bas.

Oui, dans cet exercice particulier du fractionné, et dans la pratique normal, la course à pied s’approprie très bien le vocabulaire du tempo et de l’expressivité musicale.  De « larghissimo » à « vivacissimo » et « affetuoso » à « vivace », toutes les combinaisons sont possibles.

A chacun de trouver la sienne. Son « Allegro moderato ».