365 Nuances de 2019 – #75 – « Tous : Gardiens du Patrimoine »

Un billet, court, chaque jour.

1 170 Conservateurs du Patrimoine, Architectes des Bâtiments de France, Professeurs d’Histoire de l’Art français et étrangers ont publié, ce jour, une magnifique tribune dans le Figaro.

Une citation de cette tribune a retenu mon attention : « Il ne s’agit pas d’un geste d’architecture mais de millions de gestes, humbles et experts, gouvernés par la science et le savoir (…) ».

Ici, il s’agit de déontologie.  De la raison d’être de ces « Gardiens du Patrimoine ».  Le Patrimoine prestigieux.  Mais sans négliger l’autre patrimoine : le petit, le discret, le perdu ; celui disséminé sur l’ensemble du territoire français.

Le drame de « Notre-Dame » a attiré toute l’attention du pays et du monde entier.  Mais il ne faut pas oublier tous ces trésors : religieux, civils, militaires, vernaculaires, qui ornent nos villes et nos campagnes.

« Notre-Dame » est précieuse mais ne doit pas faire oublier toutes les autres merveilles.

Comme l’église Saint-Martin, à Vic (Indre), datant du XIème siècle, dont les fresques merveilleuses méritent un soin constant.  Ou encore à Gargilesse-Dampierre (Indre) dont les fresques nécessitent une prise en charge, un sauvetage urgent.

Deux exemples parmi des milliers d’autres : les croix et les calvaires qui ponctuent nos routes et chemins.  Les fermes.  Les demeures. Certaines usines. Des villes entières comme celle de Caylus où chaque pas rencontre une merveille à l’abandon.

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Il faut réaliser ce que cette richesse peut générer sur le plan économique : des milliers d’emplois non délocalisables aux savoir-faire uniques et une manne financière pour son potentiel touristique inégalable.

Quand on est un pays si riche, il faut plus que 1 170 « Gardiens du Patrimoine » pour mobiliser de l’attention, des énergies et d’immenses moyens vers ce patrimoine : le citadin comme le campagnard, le noble comme le commun, le voyant comme le discret.

Il y faut chacun d’entre nous.  Tous : « Gardiens » de notre Patrimoine.

Tout simplement, par passion, par admiration, par volonté de transmission de cet héritage et de « ces millions de gestes, humbles et experts ».

Sans titre
Avec tous mes remerciements au « Figaro » – Edition du 29 avril 2019

 

365 Nuances de 2019 – #74 – « Se représenter la souffrance »

401px-Nortier.enfantsUn billet, court, chaque jour.

28 avril 2019 : « Journée du souvenir de la déportation »

Journée de mémoire.  Mais pas de mémoire froide.

Une mémoire incarnée par la souffrance de ces hommes, ces femmes.
Et de ces si petits enfants.

Sur cette plaque, le nom de dix-sept enfants.  En juillet 1944, ils étaient âgés de deux à onze ans.

Pas de mémoire froide possible, quand on met en miroir ces petits et ceux que nous côtoyons tous les jours autour de nous ; remuants, joyeux, rieurs : vivants.

Sur cette liste, un insupportable supplément d’horreur et de tragédie :

Onze ans, Myriam ;
Neuf ans, Marthe ;
Sept ans, Jacques ;
Six ans, Liliane ;
Quatre ans, Simone.

Cinq frères et sœurs au cœur de dix-sept enfants que personne n’a pu, ou voulu, arracher à la barbarie.

Il faut, pour une mémoire incarnée, altruiste, imaginer la douleur de ces petits.  Arrachés à leurs parents.  Transbahutés de place en place.  Le train.  L’écrasement.  L’arrivée, là-bas, à Auschwitz.  La faim.  La soif.  La nuit, le noir.  Les clameurs.  Les larmes, les sanglots.  L’incompréhension.  La peur du noir.  La terreur.  La sidération.

Et le crime.

Seuls, si démunis, face à la machine.

Au cœur de cette nécessaire mémoire, il faut, un moment, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, se représenter la somme de ces souffrances, de ces arrachements.

Se représenter leurs souffrances pour ne jamais, jamais, abandonner sa capacité à penser ses actes.  Et ceux des autres.

365 Nuances de 2019 – #73 – « Thriller Made in Spain »

49411-cUn billet, court, chaque jour.

« El Reino »

La bande musicale, exceptionnelle, porte l’intensité nerveuse de ce thriller espagnol.

Des pointes d’humour.  Toujours opportunes.

Le jeu d’acteur remarquable d’Antonio de la Torre, pour planter le personnage ambigu de Manuel López-Vidal, homme politique en vue et à l’avenir prometteur, jusqu’à ce que le scandale éclate et lui renvoie en pleine figure, toute sa duplicité.

La corruption.  Une « affaire » de corruption ou plus exactement l’explosion d’un système institutionnalisé de corruption.  Et, au cœur de l’histoire, lui, Manuel López-Vidal, un « portefaix » expiatoire – ou bouc-émissaire – qui se débat pour ne pas être le seul, l’unique victime de ce grand déballage.

« Victime » ?   Le mot de la fin sera planté par la journaliste-vedette d’une émission d’actualité , comme un couteau au cœur du nœud moral de cette course pour sa survie de l’acteur-clé de ce système frauduleux et transpercera l’illusion morale de ce repenti : « et vous, à quoi avez-vous pensé ces quinze dernières années en commettant tous ces détournements ? »

Orgueil de ne pas être le seul à tomber.  Mais orgueil post-mortem, dérisoire et déplacé.

365 Nuances de 2019 – #72 – « 5€ dans un océan … ! »

Un billet, court, chaque jour.

Elle est partout.

A chaque coin de rue.  Au bas des distributeurs de billets.  Sur les bas de porte des boulangeries.  Sur les marches du métro.

Sous les ponts de la Seine, aux échangeurs du périphérique, sur les terrains vagues.  Dans des tentes au bois de Boulogne ou à celui de Vincennes.  Ou ailleurs.

Elle traîne des hommes et des femmes qui vous font baisser les yeux sur votre chance d’être attablé en terrasse devant une assiette de frites et un demi.

Elle se pelotonne au chaud dans les halls des cinémas, les rotondes des centres commerciaux.  Un peu de chaleur.  Être assis.  Poser ses sacs.

Elle se constate dans le contenu des caddies, surtout vers la fin du mois, même souvent au tout début du mois.  Que du 1er prix, pas de produits frais.  L’essentiel.  Pas trop à Paris.  Mais surtout dans les petites villes et les villages de province.

Elle est une vieille dame encore digne, qui replie chaque matin son duvet, qui range le petit havre qu’elle se construit chaque soir dans l’alcôve de la vitrine d’un magasin désaffecté.

Elle est la confusion ressentie de s’être acheté la sortie de piste de la semaine : la brioche.  Tu demandes à la boulangère si elle peut imprimer un bon-repas à donner à cet homme.  Non, ce n’est pas possible.  Ça n’ira pas pour sa comptabilité.

Elle pousse à regarder le fond de son porte-monnaie.  Des pièces jaunes ?  Non, il en ferait quoi ?  Il lui en faudra combien pour le premier jambon beurre ?

Le billet alors ?  Oui : elle te fait donner celui de cinq euros.  Un beau rectangle gris ardoise.  À l’homme, là, qui commence sa journée assis, sans perspective autre que celle du gobelet en carton posé devant lui.

Cet homme, il n’en revient pas.  Il ne s’attendais pas, dès 8:00, à commencer la journée comme ça.  Il a un sourire qui ressemble à celui de la chance.

Les cinq euros donnés rendent heureux.  D’avoir donné un sourire.  Et puis, cinq euros et cinq secondes plus tard, un sentiment d’impuissance prend le pas.

Elle fait des cinq euros donnés, un geste vain dans un océan de pauvreté.

365 Nuances de 2019 – #71 – « Taburin fait du bien ! »

Un billet, court, chaque jour.Capture d’écran 2019-04-25 à 21.56.46

Certaines histoires valent la peine d’être racontées.

Il s’agit d’un rien, d’un presque rien : un secret.

Un secret comme celui de Raoul Taburin nous en avons tous, une inaptitude cachée avec laquelle on a triché toute sa vie.

Lui, c’est de pouvoir faire du vélo.  Vous, moi, c’est ?

Sempé en a fait un livre.  Et voilà le film de Pierre Godeau.

C’est un film heureux, plein de charme, un fil que l’on suit sans trébucher, avec plaisir et dans un sourire.  Souvent un rire.

Un joli souffle de bonhomie.

Qui touche en pleine lucarne, le bon du cœur.

Oui, en sortant de là, on se dit : « Que Taburin fait du bien ! »