365 Nuances de 2019 – #60 – « Vieux »

main-canne-9001Un billet, court, chaque jour.

« Le Père Goriot », Honoré de Balzac, 1842 – « Ces pensionnaires faisaient pressentir des drames accomplis en action; non pas de ces drames joués à la lueur des rampes, entre des toiles peintes, mais des drames vivants et muets, des drames glacés qui remuaient chaudement le cœur, des drames continus. »

Vieux du XIXème siècle.  Vieux du XXème siècle.  Et Vieux d’aujourd’hui.

Des visages de parchemin plus ou moins tendu, des corps usés, des démarches et des gestes hésitants ; la vieillesse est la somme de toutes les fragilités accumulées au fil de la vie.

Tous ces milliers de gestes et mouvements du corps qui ont été des conquêtes glorieuses dans la petite enfance, qui s’oublient comme de banals automatismes pour l’adulte, s’abîment en luttes quotidiennes à la vieillesse.

Quand le corps refuse de répondre, quand il est perclus de douleurs, il y faudrait le retour de gestes maternels, bienveillants, secourables.  Sans que ces gestes ne soient des atteintes à la dignité d’un esprit lucide sur son inéluctable délabrement.   Sans que ces gestes ne soient des atteintes à la dignité d’un corps qui vous lâche, irréversiblement, morceau par morceau.

Si le corps se délite.  La conscience demeure.  Elle veille.  Elle perçoit.  Elle est un sonar ; comptable du respect que n’est pas rendu.

Pour les Vieux du XIXème siècle, pour les Vieux du XXème siècle, et pour les Vieux d’aujourd’hui, il a toujours existé des lieux de rebut, d’abandon volontaire ou d’échouage accidentel.

Les sociétés modernes occidentales n’aiment pas la vieillesse.  Sur ce sujet, comme par ailleurs dans celui des ressources humaines dans l’entreprises, elle est envisagée comptablement comme un coût, une charge ; pas comme un investissement, ni surtout comme une dette.

Un investissement ?  Pour des bouches inutiles et des corps devenus improductifs.

Une dette ? Pour de futurs fantômes qui ne viendront jamais plus rien réclamer.

Un investissement dans notre propre dignité.  Et celle que nous réclamerons à notre tour, pour nous-mêmes, des générations qui nous succèderont.

Une dette que chaque génération paie à la précédente et contracte envers la suivante.

Investissement, dette.

À un même taux : le temps.

Et dans une même monnaie : la tendresse humaine.

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