365 Nuances de 2019 – #72 – « 5€ dans un océan … ! »

Un billet, court, chaque jour.

Elle est partout.

A chaque coin de rue.  Au bas des distributeurs de billets.  Sur les bas de porte des boulangeries.  Sur les marches du métro.

Sous les ponts de la Seine, aux échangeurs du périphérique, sur les terrains vagues.  Dans des tentes au bois de Boulogne ou à celui de Vincennes.  Ou ailleurs.

Elle traîne des hommes et des femmes qui vous font baisser les yeux sur votre chance d’être attablé en terrasse devant une assiette de frites et un demi.

Elle se pelotonne au chaud dans les halls des cinémas, les rotondes des centres commerciaux.  Un peu de chaleur.  Être assis.  Poser ses sacs.

Elle se constate dans le contenu des caddies, surtout vers la fin du mois, même souvent au tout début du mois.  Que du 1er prix, pas de produits frais.  L’essentiel.  Pas trop à Paris.  Mais surtout dans les petites villes et les villages de province.

Elle est une vieille dame encore digne, qui replie chaque matin son duvet, qui range le petit havre qu’elle se construit chaque soir dans l’alcôve de la vitrine d’un magasin désaffecté.

Elle est la confusion ressentie de s’être acheté la sortie de piste de la semaine : la brioche.  Tu demandes à la boulangère si elle peut imprimer un bon-repas à donner à cet homme.  Non, ce n’est pas possible.  Ça n’ira pas pour sa comptabilité.

Elle pousse à regarder le fond de son porte-monnaie.  Des pièces jaunes ?  Non, il en ferait quoi ?  Il lui en faudra combien pour le premier jambon beurre ?

Le billet alors ?  Oui : elle te fait donner celui de cinq euros.  Un beau rectangle gris ardoise.  À l’homme, là, qui commence sa journée assis, sans perspective autre que celle du gobelet en carton posé devant lui.

Cet homme, il n’en revient pas.  Il ne s’attendais pas, dès 8:00, à commencer la journée comme ça.  Il a un sourire qui ressemble à celui de la chance.

Les cinq euros donnés rendent heureux.  D’avoir donné un sourire.  Et puis, cinq euros et cinq secondes plus tard, un sentiment d’impuissance prend le pas.

Elle fait des cinq euros donnés, un geste vain dans un océan de pauvreté.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s