365 Nuances de 2019 – #120 – « Le cerveau seul »

Un billet, court, chaque jour.

En cours de théologie (oui, je suis des cours de théologie chrétienne.  Histoire de croire en connaissant ce à quoi je crois…), en plein exposé d’anthropologie chrétienne, alors qu’était évoquée la manière dont venait à nous l’idée de Dieu, le sujet s’est posé sur le fait que cette idée de Dieu, en 2019, pourrait ne s’envisager que désincarnée.

Un philosophe contemporain, en vie, très médiatique prône une telle vision.

Merci à toi Jésus-Christ d’avoir fait le job, mais maintenant que nos civilisations, grâce à ton sacrifice, ont mis l’Homme au centre des enjeux avec le bonus de l’exigence de s’aimer les uns les autres, il est possible de s’assumer tout seul, avec ses angoisses et surtout celle de la mort.
Allez, cessez de croire naïvement en la vie éternelle ; vivez le bonheur de la minute : uniquement le présent, sans projection vers l’avenir, sans espérance.

L’amour humain comme ultime sens de la vie.  (Oui, certes !)
Laisser tomber Dieu.  Ayez la foi, comme ça, seulement en l’amour d’esprit à esprit.

Juste le cerveau.  La vie, l’amour, l’espérance : détemporalisés, désincarnés.

Sans corps.
Passeport pour le transhumain ?
Le corps comme une machine sous SAV avec extension de garantie.
Et l’esprit ?

Cela m’a rappelé une nouvelle de Roald Dahl : « William and Mary« .
En bref :
William meurt.  Mais a offert, post-mortem, son cerveau à l’expérimentation d’un collègue neurochirurgien, Landy.
« La tête et le cerveau n’ont pas besoin d’être reliés au corps pour rester en vie. »

Passons les détails des écœurantes manipulations chirurgicales et venons-en au moment où la veuve, Mary, se trouve devant un bocal rempli de liquide, où flottent un des yeux et le cerveau de son défunt-vivant-mari.
Œil et cerveau reliés par moult tubes et tuyaux à un cœur artificiel.

« Vous sentez-vous tout à fait bien William ? »
Question posée à un œil sans visage.  Macabre et terrifiant.

Cette épouse, qui n’a jamais été heureuse avec ce mari froid et autoritaire, sans aucun égard, réalise la domination sans limite qu’elle pourrait désormais exercer sur cet œil et ce cerveau sans corps, sans accès à la parole et sans possibilité de se défendre.
Elle allait pouvoir lui imposer toutes les réponses aux frustrations qu’elle avait vécues.

« Je désire le ramener à la maison. »
D’un regard froid et vengeur, elle tire une bouffée d’une cigarette qu’elle n’aurait jamais été autorisée à fumer du vivant de William, et rejette la fumée sur l’eau du bassin où « se trouve son mari ».
– « Je me demande si je ne préfère pas mon mari sous sa forme actuelle ? »
Pas de disputes, pas de critiques, pas d’ordres à respecter.
Il est « à disposition ».

Un cerveau, un esprit sans corps.  Livré au bon vouloir d’une épouse rancunière qui va donner cours à toute la vengeance possible.
Sans défense.
Là, on s’aperçoit que le corps est le bouclier de l’âme.

Juste le cerveau.  Voilà ce qu’il reste dans la foi du philosophe.
Ne considérer que le cerveau et faire fi du corps.
À certains égards, cela ressemble au cas Vincent Lambert.

C’est peut-être pour cela que Jésus-Christ a été envoyé, corps et âme sur terre.  Nous sommes des êtres incarnés ; le corps est l’habitacle de l’esprit et l’esprit ne vaut que par le corps.
L’un sans l’autre serait livré sans recours à la merci d’une volonté extérieure, possiblement souvent mal intentionnée.

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