365 Nuances de 2019 – #124 – « Le Monde est aussi là »

Un billet, court, chaque jour.

Connectés, branchés, cosmopolites.  Des « anywhere » nous sommes.
Les pionniers d’un nouveau monde multiculturel où l’on finit par voir tous les mêmes choses, les mêmes merveilles du monde.  Il faut absolument avoir été quelque part ; loin.  Avoir pris un « lowcost ».
Aller le plus loin possible, c’est tellement mieux ailleurs.  Ça fait des trucs à dire !

Se limiter à l’Hexagone ? « Has been » !

À un jet de pierre, à quelques heures d’embouteillages tout de même, le « Monde » est aussi là ; le « Monde » des « somewhere », celui des ancrés, des enracinés, des ruraux.

Dimanche matin.  Petit village, petite place en plein soleil.  Une vie animée d’autres us et coutumes.

Le café est bien en place sur la table, sous le parasol.

Le soleil tape.  Il fait bien chaud !  Enfin : on l’a mérité ce soleil.

Ce qui la distingue du reste, c’est le Journal du Dimanche, feuillet bien parisien.  Pour ses voisins, c’est la Charente Libre, La Nouvelle République.
Tiens !  Un FT Week-end ?  Des Anglais, c’est sûr.  Il y en a tant dans le canton.  Certains des chauffeurs qui défilent sous ses yeux conduisent à droite avec des plaques françaises.
Il paraît que beaucoup ont demandé la nationalité.

Le bistrot est en bord de rue : la « Grande Rue du Commerce ».  Le « Monde » y passe à pied, y transite en voiture.

Un ballet sans codes.

Elle c’est un, et encore un, et plusieurs cafés.  Avec des petites gaufrettes au chocolat.
Mais les autres c’est le ballon de rosé, une fillette de vin blanc, un galopin de bière ou plus grand. On boit sec, on a le lever de coude bien entraîné.
Le patron navigue du comptoir aux tables.  Il cause. Tout le monde cause.  Inutile de chercher, seuls les décibels comptent.
Il offre une tournée à ses habitués.
Ses habitués qui ont en bout de laisse un chien irascible qui dodeline d’un chef mécontent quand quelqu’un passe trop près.
Le chien n’aime pas les motos, les vélos sauf ceux en peloton bariolé aux couleurs des grandes enseignes de distribution.  Là, il se tait, il admire.

Ça fume à tout crin : des roulées, des filtrées.

C’est la fin de la messe. Ou la fin de rien.  Juste une petite sortie.  Le mari encore un peu hirsute, pans de chemise dehors, qui promène le pt’i pendant que Madame se repose, ou vaque à son intérieur.

Passer chez le pâtissier et en ressortir les bras chargés de pains, de gâteaux dans une jolie boîte que l’on tient précautionneusement par la hanse.  Il ne faudrait pas que la collerette de crème au beurre qui enserre le cou des religieuses au chocolat, ou peut-être au café, perde de sa splendeur.
Chez le pâtissier, les religieuses sont ventrues, débordantes dans les craquelures de la pâte à choux. Des gâteaux honnêtes, sans fard, pas revisités à la mode des émissions de télé.
Si ce n’est pas une boîte, c’est un sachet avec le distingué tourteau fromager ; « chabichou » pour les intimes.

Ici, le dimanche, le fleuriste sourit.  Les champs en sont remplis, mais on offre un vrai beau bouquet de fleurs le dimanche ; à sa femme, à sa mère.  Merci de nous avoir invités à déjeuner.
On va rester à table longtemps ; manger bien, manger beau.  « Y’a pas de presse ! »

Quelques-uns achètent une bourriche, à l’ostréiculteur de l’île d’Aix qui tient son étal sous la Halle tous les jours sauf le lundi.  En direct !

Celle qui lit le « JDD » a le chic parisien : robe printanière et Bensimon aux pieds. Les autres, ils s’en fichent ou presque, de leur « look ».
C’est elle qui dénote.

Un effort un peu quand même. Des réminiscences des temps anciens endimanchés où les femmes s’apprêtaient, les hommes se passaient de la pâte à reluire et les enfants faisaient leur « brin de toilette » de la semaine.
Les hommes font parfois des frais.  Pas trop. On est entre soi.  On se connaît ; pas de chichis.
Quand même ! Le bas de jogging, clope au bec… hum, hum !
Presque toutes les femmes ont les cheveux courts, des brosses presque masculines.  Des pantalons sans forme qui serrent un peu des fesses généreuses.
Des sandales ajourées qui chaussent des pieds pas manucurés.

Soudain débarque des bimbo-cougars ; une toute de peau de léopard vêtue, ceinture à strass, hauts talons ; une autre cougar charpentée avec une robe à motifs de tenture, grosses fleurs sur du velours.

Les jeunettes qui passent ont des coiffures peroxydées.  Et des tatouages.  Des grands. Sur les épaules, sur les jambes, dans le cou.

Imperceptiblement, toute la place se vide.  Il est l’heure.  Celle de rentrer chez soi.

C’est un dimanche, c’est tout un « Monde ».  Le « Monde » de vivre là où l’on est, comme on est, avec ce que l’on a.
Le « Monde » ordinaire, un exotisme aux charmes simples à quatre heures du monde si vaste des « anywhere ».
Un exotisme qui est le nôtre, qui nous ressemble, que l’on comprend.

Et que l’on aime.

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