365 Nuances de 2019 – #209 – «Brad Suffit»

Un billet, court, chaque jour.

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Il y a quand même un moment dans le film où je me suis couvert les yeux parce que cela canarde et déchiquette sec.
Là, on sait que l’on regarde un film de Quentin Tarantino.

Avant cette séquence, on se laisse balancer par une musique exceptionnelle – que j’écoute d’ailleurs alors même que j’écris, vite et en rythme pour le coup.
Ce qui est vitaminant, c’est l’atmosphère du « tout est permis » de l’ère des années 60, avant que l’on invente le principe de précaution, où l’on vivait en brûlant toutes ses cartouches, en risquant des comportements excessifs, mais en acceptant d’en payer le prix.
C’était l’ère du « risqueur – payeur ».

Brad aurait presque suffi.
C’est lui qui crève l’écran – parti pris et question de goût sans doute.
Bon sang que ce mec est beau dans son faux second rôle, qu’il mène pourtant avec une crédibilité sans faute.
Ah !  Brad Pitt !  « L’est craquant le BG ! »

Mais dans le fond, toutes ces petites perles sur les coulisses d’Hollywood, où se côtoient dans un même quartier les très grandes célébrités et les éternels second couteaux, où se déploient les grandes ambitions satisfaites et les espoirs déçus, montrent les aléas de cet univers où les carrières sont des systèmes bien fragiles.

Carrières montantes et carrières descendantes, qui se croisent rarement, glissent, cahotiquement mais subtilement, au détour d’un carnage, dans le tourbillon de la vengeance sanglante de hippies sous exta, vers de rafraîchissantes « relations de voisinage ».

Tout est bien qui finit bien.  Nous sommes – il était une fois – à Hollywood.

365 Nuances de 2019 – #208 – «Le Bon Départ»

Un billet, court, chaque jour.

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C’est une séquence annuelle qui sonne le glas des vacances et la reprise des activités.  Cela aurait pu reprendre les couleurs du rendez-vous habituel de chaque fin d’été à Jouy-en-Josas, mais il se trouve que l’édition 2019, non contente d’avoir été dépaysée sur Paris, s’est habillée de neuf.

Ce n’est pas pour rien qu’il s’agit du rassemblement des entrepreneurs : ils savent tous que pour donner le signal du changement, des changements, il faut parfois commencer par casser les codes.

Le fonds suit la forme et permet de donner le signal d’un nouveau départ ; du bon départ s’il se peut.
Ce fut le cas mercredi et jeudi à l’hippodrome de Longchamp.

L’ensemble des échanges, tant sur la forme que sur le fonds, sur l’ensemble des thématiques, s’est démarqué des poncifs et de la langue de bois habituels, presque chez tous les intervenants, quels qu’aient été leurs horizons.
Des vérités, c’est à dire des moments de courage, de courage de dire les choses non pas telles qu’on voudrait qu’elles soient, mais telles qu’elles sont, ont été exprimées sur tous les sujets : climats, inégalités, conflits.

Et cela fait grandement du bien de trouver des orateurs qui replacent le curseur au bon endroit, qui décalaminent les non-sens de certaines orientations politiques, qui appellent un chat un chat.

Ce fut le cas de Xavier Bertrand concernant les abus vis à vis de la législation fiscale de certains groupes disruptifs, nationaux et internationaux.
Ce fut le cas de Nicolas Sarkozy au sujet de la démographie mondiale incontrôlée dont la gravité doit précéder toute réflexion sur les enjeux écologiques, la pérennité de la disponibilité des ressources, à commencer par l’eau.
Même Arnaud Montebourg a souligné, à l’aide de ses pots de miel « made in France », les incohérences et les déséquilibres du commerce international, à commencer par le plus puissant de ses acteurs : la Chine.

De manière générale, ce qui a émergé particulièrement cette année, c’est qu’en réponse à une prise de conscience collective si extrêmement puissante de la gravité des enjeux dans notre pays, des milliers de talents se retroussent enfin sérieusement les manches et que cela produit, lentement mais sûrement, des résultats.

Cela a donné le sentiment que la France sort de ses tranchées, de sa drôle de guerre, entre mieux qu’en résistance, elle reprend le combat, se rappelant enfin que pour que la vitesse moyenne augmente, il ne faut laisser personne derrière et ou à l’arrêt.

Cela donne un bien meilleur sens à l’expression « premier de cordée ».

365 Nuances de 2019 – #207 – «Bonjour !»

Un billet, court, chaque jour.

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Que le terrain était plat ce matin !
Retour à Paname, retour dans ma trace habituelle du Bois de Boulogne.
Pas beaucoup de surprises, un manque certain de poésie.

Et surtout, plus de « Bonjour ! »
Cette petite politesse des randonneurs, ce petit signe de reconnaissance, cette petite connivence entre initiés, ce salut de ralliement.

Toute à ma course, histoire de reprendre pied dans le quotidien, je me suis malgré tout laissée arrêter dans mon rythme par quelques pétales lumineux, par un petit silène gracieusement posé au bord du chemin.
Si cela se trouve, il était posé là, seul, juste pour m’offrir le « bonjour » qui manquait à mes oreilles et qu’il m’a offert, silencieusement, juste pour ne pas rendre l’atterrissage parisien trop abrupt.

C’est un petit détail de charme impromptu, un détail que n’aurait pas renié une « Amélie Poulain ».
Je le prends avec une certaine gratitude !

« Bonjour ! » et bonne journée à vous.

365 Nuances de 2019 – #206 – «Élisée Reclus»

Un billet, court, chaque jour.

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Ce n’est au parcours d’anarchiste qu’il faut s’attacher en lisant les essais d’Élisée Reclus.
Mais bien plutôt à sa lecture du monde en géographe, plus exactement en géographe de terrain.

Publié en 1866 – le mot écologie est apparu dans les années vers 1955 -, « Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes », est un manifeste pour l’expérience personnelle de la nature.
Ce texte est rédigé à l’époque où l’alpinisme connaît ses premiers héros, les Anglais et où les Européens – Allemands en tête – se lancent dans des expéditions plus folles les unes que les autres pour aller déflorer les terres encore vierges du globe.

Le point intéressant du propos d’Élisée Reclus est de démontrer qu’il n’est possible de respecter, d’aimer la Nature, sa puissance qu’en s’y confrontant physiquement et sensoriellement, qu’en allant continuellement à sa rencontre, qu’en s’y aguerrissant par des défis répétés.

C’est étonnant d’ailleurs, près de 150 plus tard, de retrouver dans l’encyclique « Laudato Si », certains constats tragiques de la coupure entre l’Homme et l’environnement naturel, avec l’absence d’arbres, de beautés.
L’encyclique ne démentirait pas le propos suivant : « Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort. »

C’est un constat triste à faire que de lire, au fil des penseurs, scientifiques et écrivains, ces mêmes réflexions, ces mêmes prières – quelle que soit la teinte idéologique ou spirituelle qu’elles empruntent – conduire à de si piètres concrétisations, à de si dérisoires prises de conscience.

365 Nuances de 2019 – #205 – «Romain Le Magnifique»

Un billet, court, chaque jour.

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Romain Gary s’est donné la mort le 2 décembre 1980.
Il avait enregistré un entretien avec Radio Canada, pour l’émission « Propos et confidences » peu de temps avant ce geste ultime.
Cet échange ne sera diffusé qu’en 1982.

La transcription de ces confessions à l’oral redonne vie au mode très naturel, proche du style teinté d’ironie et de beaucoup d’humour, voire d’auto-dérision, qui a coloré l’ensemble de l’œuvre de Romain Gary.

Il y avoue avoir écrit sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi ; on ne saura qu’après sa mort qu’il aura aussi été Émile Ajar.  Mais on sent, pour qui connaît un peu son œuvre, la pointe de l’aveu ; l’envie, au bord des lèvres, de déposer le fardeau..

« Romain le Magnifique » est un titre parti pris motivé par l’admiration ranimée à chaque lecture, relecture, découverte, redécouverte d’un élément de l’histoire de la vie de cet homme hors-normes.
Lire cet entretien nourrit, une fois de plus, cette admiration.

En quelques mots, Romain Gary balaye les moments essentiels de sa vie avec des traits d’humour qui amènent de vrais éclats de rire et de nombreux sourires.

S’y retrouvent son amour de la France, son admiration pour le Général de Gaulle, son intuition profonde des changements, des évolutions du monde, des mœurs et de la société.

En fin de propos, il dépose au creux de notre réflexion, un credo très personnel par lequel il résume le motif, l’intention profonde et intime de son œuvre : « la passion que j’ai pour la féminité ».
Les trois dernières pages de transcription rendent admirables cette intention profonde, comme une révélation géologique de la formation de son œuvre.

« … ce qui m’a inspiré donc dans tous les livres, dans tout ce que j’ai écrit à partir de l’image de ma mère, c’est la féminité, la passion que j’ai pour la féminité.  Ce qui me met parfois en conflit avec les féministes puisque je prétends que la première voix féminine du monde, le premier homme à avoir parlé d’une voix féminine, c’était Jésus-Christ.  La tendresse, les valeurs de tendresse, de compassion, d’amour, sont des valeurs féminines et, la première fois, elles ont été prononcées par un homme qui était Jésus.  (…) les droits de l’homme ce n’est pas autre chose que la défense du droit à la faiblesse. »