365 Nuances de 2019 – #211 – «Ben voyons ! Rien que ça !»

Un billet, court, chaque jour.

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Je n’ai pas lu le livre.
La couverture, le sous-titre, m’en a arrêté.
Enfin peut-être le lirai-je, s’il me tombe sous la main, comme je suis assez proche de l’auteur pour admettre qu’il est besoin, çà et là, de transformer la France.

Mais de là à proclamer : « En finir avec mille ans de mal Français »
Ben voyons ! Rien que ça !
Il y a là une arrogance qui frise la malhonnêteté ou une forte dose d’anachronie pathologique pour se poser en censeur définitif de mille ans d’Histoire de France.

« Louis I
Louis II
Louis III
Louis IV
Louis V
Louis VI
Louis VII
Louis VIII
Louis IX
Louis X (dit le Hutin) Louis XI
Louis XII
Louis XIII
Louis XIV
Louis XV
Louis XVI
Louis XVII
Louis XVIII
»*

Charles IX
Cardinal de Richelieu
Jacques Necker
Charles X
Louis-Philippe
Napoléon Bonaparte
Napoléon III
Charles de Gaulle
Georges Pompidou
Je termine ici la litanie des Grands de France et sacrifie avec tristesse – je leur présente mes excuses – un nombre cent fois conséquent de Ministres, Militaires, Gens de Lettres et de Grandes Science, Explorateurs, Inventeurs, Entrepreneurs…

C’est quand même incroyable que ces Personnages n’aient pas, du haut de leurs Science et forts de leur autorité, prévu l’irruption de l’imprimerie, la découverte du système solaire, la circumnavigation, les vaccins, le plus lourd que l’air, l’avion à réaction, la bombe atomique, la voiture, le TGV, les satellites, le voyage sur la Lune, le téléphone, internet et la fécondation in vitro.

Vraiment, tous ces « dirigeants», ces « managers », de France et de par le monde, auraient pu nous faire gagner du temps en étant extra-lucides et en imaginant un monde plus connecté qu’une préfecture à une journée de cheval.

Mais comment les gens ont-ils pu réussir à vivre avant Twitter ?

Finalement, l’Histoire a été construite par des ignares obscurantistes qui n’avaient aucun sens de l’organisation.
C’est vrai que s’inspirer des Cités Grecques, de l’Empire Romain, des Offices des Médicis était une grave erreur ; il manquait sûrement à l’époque de doctes manuels de développement personnel à l’usage des chargés d’âmes.

Tant il est connu que notre époque actuelle est l’illustration du bon sens, de la bonne gestion, de la frugalité et du souci d’économie.

Allez jetons notre Histoire à la poubelle ; il n’y a que du déchet, rien dont nous puissions tirer le moindre orgueil et la moindre fierté.
Et qui ne nous soit aujourd’hui de la moindre utilité dans nos vies quotidiennes.
Basta, terminé et table rase du passé.

« et plus personne plus rien… qu’est-ce que c’est que ces gens-là qui ne sont pas foutus
de s’habiller d’un peu de modestie (de compter jusqu’à vingt ?) ? »

 

* « Les belles familles », Jacques Prévert – 1949

365 Nuances de 2019 – #210 – «Environ 385 millions d’années»

Un billet, court, chaque jour.

Conseil : réserver vos places pour l’exposition à l’avance.

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Les premiers fossiles d’arbres connus sont datés d’il y a environ 385 millions d’années.
Le genre « homo » est apparu il y a environ 3 millions d’années.

Parmi les travaux présentés, un humble dessin retient l’attention : celui du botaniste Francis Hallé. Dans un croquis de végétation amazonienne, au cœur de la représentation de la densité verte, il insère la silhouette d’un homme au milieu de la profusion.
D’une hauteur maximum de deux mètres dans des hauteurs d’arbres dépassant 30 mètres, l’homme y semble une fourmi.

Le repère chronologique et ce dessin mettent en perspective la taille de l’homme et celle des arbres.
L’arbre domine l’homme de bien des façons.

Plus loin, un assemblage d’outils – dents d’acier, manches de bois – envahit tout un pan de mur.
Juste à côté, un autre pan de mur rassemble des ex-voto sculptés dans le bois ; ex-voto issus des traditions religieuses brésiliennes en remerciements de guérisons miraculeuses.

Entre outils qui symbolisent la soumission du végétal et objets de culte qui lui rendent hommage, l’arbre – le bois – se montre charnellement enracinés dans l’ensemble des activités humaines.

L’exposition mêle ainsi l’histoire des hommes et celle des arbres, montre la chaîne déséquilibrée, corrompue de leurs interactions ; au bénéfice exclusif de l’homme.
A ce jeu continu de déséquilibre, l’ensemble de l’Humanité perd chaque seconde des centaines d’hectares, non seulement d’arbres, mais de biodiversités : végétales, animales, humaines, linguistiques, culturelles.

L’essentiel de l’arbre se situe autant dans ses racines, que dans le duramen, que dans son houppier.
Avec le sol, avec le jeu de la lumière, avec la faune, l’arbre constitue tout un ensemble, tout un système, tout un univers que tout accident dérègle.

Les Indiens d’Amazonie le savent mieux que quiconque sur cette planète.  Ceux du Brésil, du Paraguay nous montrent, par leurs dessins touchants, combien l’essentiel de leurs racines s’est perdu au fil industriel de la déforestation.
L’essentiel de leur tragédie, à force de flammes ou de dents de bulldozer, se manifeste crûment dans les traits bruts noirs et blancs de leurs crayons.

Ce brut, cette absence apparente d’affect, saisit l’émotion de l’observateur comme un choc à la lecture d’un diagnostic vital ou d’un avis de décès.