365 Nuances de 2019 – #218 – «À l’Heure des Loisirs»

Un billet, court, chaque jour.

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Je suis allée chez le traiteur asiatique me chercher un petit plat à déjeuner.  Nous nous apprécions, aussi nous échangeons quelques nouvelles.
Il y avait son fils à côté de lui.  Je lui demande ce qu’il fait ; il ne reprendra les cours que dans quelques jours.  Là, il aide son père.

Naïve, je m’esclaffe que ce « petit » pourrait prolonger un peu les vacances.  Et le père de me répondre que les vacances c’est bien un truc d’occidental.  Il faut travailler et, en l’occurrence, apprendre à travailler.

J’ai ri un peu jaune et suis repartie toute confite avec mon petit plat ; pour retourner travailler quand même …

Chemin faisant, je me suis souvenue d’une très belle photo, en noir et blanc un peu jaunie par le temps, achetée au vide-grenier de La Clusaz : une femme, très souriante, regardant devant elle, penchée sur son bac à lessive, sans doute près d’un lavoir.

Zone rurale de montagne.
Visage du début du XXème siècle.
Plus récente peut-être, tant les bienfaits de la société de consommation ont mis du temps à atteindre tous les recoins de notre hexagone.

Il y a quatre notes-clés dans ce cliché : les mains, l’épurement de la tenue, la voussure sous le joug du labeur et, rayonnant, le sourire qui illumine ce visage usé.

Jour de lessive !

J’ai regardé mes mains bien soignées et je me suis dit que les travaux domestiques, sans parler des travaux des champs, étaient bien loin de moi.
J’ai regardé ma tenue et je me suis dit qu’elle serait bien fragile pour trimer de l’aube au crépuscule.
J’ai sondé mon dos et je me suis dit que les tâches ménagères ne lui avaient jamais vraiment pesé.

J’ai regardé tour à tour mon visage et celui de cette femme. Je me suis demandé quel âge elle pouvait avoir avec son sourire qui transcende ses rides.
Son sourire qui accompagne son regard sur une source de joie.
Une joie du quotidien : accueil d’un proche, d’un voisin, une scène de vie, un enfant qui s’amuse, le mari qui revient, une bonne nouvelle.

À l’heure des loisirs, de la société de loisirs, quand souvent on peine à décrocher le sourire d’une vendeuse ou d’un serveur, que ferions-nous en retrouvant nos mains engluées dans des corvées dont nous avons probablement oublié le nom.
Jusqu’à un passé récent, tout a été travail et, encore dans bien des régions du monde, tout est travail : tissage, fabrication des vêtements, broderie, tri des graines, conservation saisonnière des aliments ; toutes ces taches que nous réalisons désormais à l’aide de machines ou pour nos loisirs.

On ne fait plus de confitures pour se nourrir.  Mais par choix.
La purée en poudre, les congélateurs n’existaient pas.
Tout était réutilisable.  Rien n’était jetable.
Il fallait tout entretenir et tout faire durer.

Mesure-t-on le confort, dans tous les menus aspects de notre quotidien, que le « progrès » nous a offert ?
Nos sourires sont-ils plus larges ?  Nos divertissements sont-ils plus gais ?
Et surtout, nos enfants ne nous voient plus travailler.  Ils nous voient nous occuper !  Nuance de taille.

Pour en revenir à la remarque de mon traiteur asiatique, notre rapport au travail, le lien physique avec l’outil, a quasiment disparu de tous les métiers.
Malgré cela, malgré cette facilité, fleurissent en tous points du monde occidental les épuisements professionnels, le découragement devant la vacuité de nombre de nos occupations.

Nos aînés avaient-ils le loisir de se sentir fatigués ?
Nous, nous avons besoin de vacances pour nous remettre d’occupations qui auraient semblé des divertissements à cette femme.

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