365 Nuances de 2019 – #228 – «Gary derrière la caméra»

Un billet, court, chaque jour.

Capture d’écran 2019-09-16 à 13.23.32

Un seul et unique exemplaire de la pellicule du film « Les oiseaux vont mourir au Pérou », réalisé en 1968, a pu être retrouvée, quelque part dans le fourbi d’un collectionneur du fin fonds des États-Unis.  Ce fut donc la version française, sous-titrée en américain, qui a été projetée à la Cinémathèque ce dimanche.

Autant dire que l’audience était nombreuse, composée de passionnés de Romain Gary et de nostalgiques de la sublime brochette d’acteurs, disparus pour l’essentiel.

Jean-Pierre Kalfon était l’invité d’honneur, denier acteur survivant d’une distribution rassemblant Danielle Darrieux, Pierre Brasseur, le beau Maurice Ronet et Jean Seberg.  Il a raconté une anecdote du tournage qui donne la mesure de la passion de Romain Gary pour Jean Seberg, son épouse.
A la descente d’avion d’un aller-retour en urgence Séville-Paris pour un problème technique, à l’époque il n’était possible de visionner les bandes sur le tournage même, le co-réalisateur commit, sans le vouloir, une bourde.  Il déclara : « Pierre Brasseur est sublime », sans mentionner Jean Seberg.

Or, ce film n’existe qu’autour d’elle.  Romain Gary en fut retourné, voire encoléré.

L’histoire emprunte beaucoup à « Belle de jour », tirée du roman de Joseph Kessel et jouée par une autre blonde froide et frigide, Catherine Deneuve.
Une « Belle de jour » version Amérique du Sud, le Pérou, sur une plage quasi désertique, seulement habitée par un lupanar, tenu par une Française (Danielle Darrieux) et un bar en faillite, tenu par un Français (Maurice Ronet).

Le mari et son chauffeur ont pour mission de mettre fin, arme au poing, aux souffrance nymphomanes d’Adriana qui passe d’homme en homme sans y mettre même une once de plaisir.  Elle ne peut échapper ni à sa névrose, ni à ses débauches.

Tout l’humour de Romain Gary passe au travers du drame qui essaie de se jouer.  Avoir lu le roman puis visionner le film rehausse chaque réplique et donne à entendre tous les accords de la dérision que le romancier-scénariste-réalisateur prête à toutes les sorties de piste de la vie.

Malgré le drame qui essaie de faire pleurer, la salle fut secouée de rires répétés.

Adriana cherche à se noyer, Rainier la sauve, dialogue :
« – Je ne me souviens plus… Je ne veux pas y penser… Pourquoi m’avez-vous sauvée ? »
« – Ça se fait. Venez. »

Le mari, trompé par sa femme, comme on ne peut l’imaginer, avec des garnisons entières, répond au reproche :
« – Et vous êtes saoul. Vous êtes encore saoul. »
« – C’est uniquement de désespoir, ma chérie. Quatre heures dans la voiture, toutes sortes de pensées… Vous reconnaîtrez que je ne suis pas l’homme le plus heureux de la terre. »

Enfin, toujours le mari, évoquant les réussites du seul psychiatre au monde, le Docteur Guzman de Montevideo, à soigner ces femmes agitées :
« – Rappelle-toi la femme du monde qui ne réussissait vraiment qu’avec des jockeys pesant cinquante-deux kilos exactement… Et celle qui exigeait toujours que l’on frappât à la porte, pendant, trois coups brefs, un long. L’âme humaine est insondable. Et la femme du banquier qui attendait toujours la sonnerie d’alarme du coffre-fort pour se déclencher, et qui se trouvait ainsi dans une situation sans nom, puisque cela réveillait le mari… »

Le film, en France et aux États-Unis, pour la crudité – de l’époque, on ne voit pas grand-chose, mais tout est néanmoins lourdement suggéré – des scènes de débauche a été interdit, censuré.
Autres temps, autre mœurs !

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