365 Nuances de 2019 – #237 – «Je vais vivre. Je vais aimer.»

Un billet, court, chaque jour.

Brad Pitt stars in “Ad Astra”.

« Je vais vivre. Je vais aimer. »

C’est la dernière phrase du film « Ad Astra ».
Je suis désolée de livrer ainsi la chute et la clef du film.

D’autant plus désolée que l’affiche elle-même, où rayonne le visage du Major Roy McBride, donne déjà la tonalité du film.
L’émotion, qui se devine sur cette image figée, met en mouvement chaque trait du visage de l’acteur tout au long du film.  La caméra ne perd pas un seul tressaillement de sa peau.
Le film pourrait se comprendre avec ce seul jeu continue de masques.

Brad Pitt renouvelle tout son talent dans ce rôle ; il passe du héros sans émotion à l’être humain cruellement rattrapé par ses atavismes de simple terrien très enraciné malgré l’invasion techno-intello-artificielle.

Le Major Roy McBride repousse les limites du possible pour sauver l’humanité.  En allant chercher ces limites, en allant défier son père qui soumet la Terre et ses colonies sidérales à une périlleuse surcharge électromagnétique, c’est lui-même qu’il va trouver.  Lui, l’Homme.
Homme qui réalise qu’en dehors de son espèce, il n’y a pas d’autres formes de vie.
Homme qui réalise qu’en-dehors de la surface terrestre, aucun charnel n’a cours.

Privé de ses congénères, privé de sa terre nourricière, l’homme ne meurt pas d’abord physiquement ; son humanité profonde meurt en premier.
C’est sans doute la répétition des prières et des références à Dieu tout au long du film qui illustre le mieux cette immense fragilité.

L’histoire repousse de façon très hollywoodienne les limites du plausible.  Malgré cela, s’immisce, subtilement, une réflexion sur la vacuité des insatiables ambitions spatiales humaines.

Le Major Roy McBride, après avoir vécu toutes les plus extravagantes missions galactiques et y avoir survécu, s’en remet aux besoins primaires de son corps et aux nécessités impérieuses de son âme : « Je vais vivre. Je vais aimer. ».

365 Nuances de 2019 – #236 – «Un unique roman»

Un billet, court, chaque jour.

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Yvonne de Quiévrecourt dans la vraie vie, en juin 1905.
Yvonne de Galais dans la vie rêvée.

Vie et amour rêvés dans l’unique roman d’Alain-Fournier : « Le Grand Meaulnes ».
Rêves tombés sous la mitraille à la lisière du bois de Saint-Rémy le 22 septembre 1914.

Tout « Le Grand Meaulnes » est un songe dédié à l’inatteignable Yvonne, une grande et belle jeune fille déjà promise en mariage.

La plus belle partie du roman est celle de la fête aux enfants, des enfants lâchés à leurs joies et à leurs jeux dans un domaine mystérieux, où Augustin Meaulnes, « Le Grand Meaulnes » rencontre « la jeune fille ».
De paragraphe en paragraphe, se précisent ses émotions à la découverte des charmes de la demoiselle blonde, élancée dont « le charmant costume » lui parut extraordinaire.

Il y a un passage, d’une émotion diffuse, où Meaulnes sent naître ses sentiments :
– « Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu’à ce qu’ils fussent près de s’emplir de larmes. »

La poésie de l’amour et de l’amour rêvé est inépuisable.

365 Nuances de 2019 – #235 – «Primesautier»

Un billet, court, chaque jour.

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« Le Petit bal perdu ».  Flon-flon, accordéon accompagnent la voix légère, douce, aux intonations parfois un peu nasillardes, un brin précieuses d’André Raimbourg.

André Raimbourg ou « Bourvil », c’est ainsi qu’il était connu.  Il est parti le 23 septembre 1970.

« Y’avait tant d’insouciance » est une des paroles de cette chanson, car non content d’être un acteur complet, « Bourvil » poussait aussi la chansonnette.
C’est bien d’une certaine insouciance que « Bourvil » est l’incarnation.  Insouciance fruit d’une vie de paysan normand, d’une vocation avortée d’instituteur, d’un essai en boulangerie, puis du service de cornettiste dans la fanfare du 24ème régiment d’Infanterie où, comme sa vie durant, la pitrerie ne le lâchera jamais.

Pitrerie qui sera le label de sa carrière.  « Bourvil » est le fils spirituel de « Fernandel » dont il ne cessera de s’inspirer pour semer le rire autour de lui.

Une gueule incomparable aux lignes de boxeur mis k.o.  Ce qui émanait de lui, c’était un caractère primesautier, caractère cousin de la pitrerie.  Une allure spontanée, bon enfant qui se réjouit des petites plaisanteries du quotidien et qui balaie d’une salve rieuse les petits et grands tracas de ce même quotidien.

De sa voix et de son allure, on ne peut séparer son rire tonitruant, un blast hilare qui vous atteint en plein humour, qui réveille même le plus inavoué des clowns.

Lui, Jean Gabin, Fernandel, de Funès et bien d’autres auront coloré le cinéma Français de leurs répliques-cultes et d’une joie gauloise, facétieuse, parfois primaire mais qui secoue au fond de chaque tricolore un esprit qui nous appartient en propre, qui ne prend rien au sérieux, qui se moque de tout et de tous, sans aucune méchanceté de fonds.

Eux partis ?
La joie primesautière ?
« Elle va marcher beaucoup moins bien maintenant forcément. »

C’est sûr que, depuis lui et depuis eux, la joie pure a des ratés qui durent.