365 Nuances de 2019 – #240 – «Eh oui ! Cela fait rêver !»

Un billet, court, chaque jour.

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Il y a eu « Dallas », il y eu « Dynasty » et bien d’autres sagas qui ont tenu en haleine les téléspectateurs dans les années 80.  Mais cela manquait un peu de chic, de raffinement, de distinction.
Le hamburger et le hot-dog se mangent avec les doigts.  Il manque une veste de tweed aux cow-boys.

Puis, enfin, « Downton Abbey » est arrivé.

Je regarde la télévision assez rarement, toutefois, je suis tombée par hasard sur un épisode.  J’ai été mordue ; ça ne m’a pas lâché.
Vous pensez bien que pour la sortie du film, mercredi 25, je me suis précipitée.

Eh oui ! Cela fait rêver !
La vie de château, un certain chic, des us et coutumes, une grande civilité, de bonnes manières.
Eh oui ! Cela me fait rêver !
D’ailleurs, la salle la plus grande du multiplex était comble ; je ne suis donc pas la seule que l’histoire et le contexte aristocratique britannique fait rêver.

Recevoir le Roi et la Reine d’Angleterre !
Branle-bas de combat !
Argenterie, cristal, porcelaine, grandes tenues, fracs, dentelles et soie, parades militaires, révérence, préséance, Étiquette.
L’effervescence vous gagne ; autant celle des hôtes que celle des domestiques.

« Votre Majesté ! »  En veux-tu ?  En voilà !

L’histoire ne serait rien sans tout ce décorum.  Décorum d’une époque révolue, d’un ordre social bien réglé, idéalisé certainement ici ; tout ne devait pas être si rose dans les Grandes Maisons.

Le film met en valeur un idéal perdu.  Idéal qui place loin un Président se faisant tirer le portrait entouré de rastas torse-nu.

On en ressort avec l’envie de dresser une jolie table, même pour un repas simple.  Peut-être en écoutant une musique douce, élégante.
Bref, couronnes, colifichets et falbalas vous affublent d’une traîne aristocratique qui vous redresse et vous grandit.

 

 

365 Nuances de 2019 – #239 – «Comment s’en lasser ?»

Un billet, court, chaque jour.

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Il y a le chrono et il y a l’émerveillement qui l’arrête.

Un lever de soleil, un ciel irisé, un horizon flamboyant.

Peu importe que l’on soit en ville ou en plein champs, peu importe que le soleil qui se lève soit un banal évènement quotidien ; chaque matin, chaque lever de soleil retrouve une grâce nouvelle.

Il faut accepter de se laisser prendre au jeu de cette grâce, y succomber.

Un dialogue muet se noue avec la lumière naissante, on ne sait pas très bien ce qui s’échange.
Probablement un va-et-vient de paix, une promesse gratuite de sérénité, un écho à ce que l’on est vraiment, au fonds de soi, un être en recherche d’une semblable esthétique.

Comment s’en lasser ?
Du beau recréé tous les jours.  Tous les jours être étonné, ne jamais être blasé.

365 Nuances de 2019 – #238 – «A « feel-good » movie»

Un billet, court, chaque jour.

2779401.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxLes chansons de Bruce Springsteen peuvent modifier le cours d’un destin.  Je le savais avant de tomber sous le charme de ce film « Music of my Life ».
Il m’arrive souvent d’écouter « My Hometown » en conduisant, surtout dans sa version de concert, où un public acquis, conquis, donne l’écho au chanteur à la mâchoire carrée.

De Long Branch (New Jersey) à Luton (Great Britain), il y a loin en kilomètres mais aucune distance en destin économique ; deux villes industrielles sinistrées des années 80 : usines qui ferment, licenciements et chômage de masse, exacerbation des haines cachées entre minorités, des destins familiaux brisés.

Le film s’inspire d’une histoire vraie, celle de la biographie du journaliste britannique Sarfraz Manzoor, ici Javed Khan.
Un adolescent pris entre deux cultures : britannique et pakistanaise.

L’écoute des premières notes et des premières paroles des chansons de Bruce Springsteen sont une révélation, une détonation qui pousse l’adolescent à l’émancipation, à la lutte contre un destin économique tout tracé vers la noyade sociale et à la soumission aux diktats ethniques.

« Construire son destin », jouer de son talent pour devenir ce à quoi un vrai talent d’écrivain vous destine : journaliste.

Ce film est une vraie romance, un vrai conte de fée moderne.  Ici la fée porte des jeans, le bandana rouge des cow-boys et joue de la guitare électrique.  Bruce Springsteen est le troubadour ouvrier qui met en musique le blues des naufragés du rêve américain.

Ses mots ne pouvaient que résonner dans l’esprit d’un adolescent anglais à la dérive entre les courants antagonistes de deux cultures qui s’entrechoquent.

Tout se termine bien.  Javed accomplit son rêve : écrire, aller à la fac, devenir journaliste et rencontrer à maintes reprises son héros, son mentor par les ondes : Bruce Springsteen.

Portée par les refrains du « Boss », l’histoire illustre ce que le pouvoir de la volonté peut permettre comme miracle.
Cette histoire, sans leçons, sans lourdeurs moralisatrices, fait du bien et comme le résume si bien ma jolie blonde de fille, c’est un « feel-good » movie.

On se sent mieux après qu’avant.  Maintenant, il reste à savoir quelle part la voix un peu rugueuse de Bruce prend dans le passage de réel au rêve.  Je dirais environ 98% ; il faut bien que les acteurs servent à quelque chose tout de même.

365 Nuances de 2019 – #237 – «Je vais vivre. Je vais aimer.»

Un billet, court, chaque jour.

Brad Pitt stars in “Ad Astra”.

« Je vais vivre. Je vais aimer. »

C’est la dernière phrase du film « Ad Astra ».
Je suis désolée de livrer ainsi la chute et la clef du film.

D’autant plus désolée que l’affiche elle-même, où rayonne le visage du Major Roy McBride, donne déjà la tonalité du film.
L’émotion, qui se devine sur cette image figée, met en mouvement chaque trait du visage de l’acteur tout au long du film.  La caméra ne perd pas un seul tressaillement de sa peau.
Le film pourrait se comprendre avec ce seul jeu continue de masques.

Brad Pitt renouvelle tout son talent dans ce rôle ; il passe du héros sans émotion à l’être humain cruellement rattrapé par ses atavismes de simple terrien très enraciné malgré l’invasion techno-intello-artificielle.

Le Major Roy McBride repousse les limites du possible pour sauver l’humanité.  En allant chercher ces limites, en allant défier son père qui soumet la Terre et ses colonies sidérales à une périlleuse surcharge électromagnétique, c’est lui-même qu’il va trouver.  Lui, l’Homme.
Homme qui réalise qu’en dehors de son espèce, il n’y a pas d’autres formes de vie.
Homme qui réalise qu’en-dehors de la surface terrestre, aucun charnel n’a cours.

Privé de ses congénères, privé de sa terre nourricière, l’homme ne meurt pas d’abord physiquement ; son humanité profonde meurt en premier.
C’est sans doute la répétition des prières et des références à Dieu tout au long du film qui illustre le mieux cette immense fragilité.

L’histoire repousse de façon très hollywoodienne les limites du plausible.  Malgré cela, s’immisce, subtilement, une réflexion sur la vacuité des insatiables ambitions spatiales humaines.

Le Major Roy McBride, après avoir vécu toutes les plus extravagantes missions galactiques et y avoir survécu, s’en remet aux besoins primaires de son corps et aux nécessités impérieuses de son âme : « Je vais vivre. Je vais aimer. ».

365 Nuances de 2019 – #236 – «Un unique roman»

Un billet, court, chaque jour.

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Yvonne de Quiévrecourt dans la vraie vie, en juin 1905.
Yvonne de Galais dans la vie rêvée.

Vie et amour rêvés dans l’unique roman d’Alain-Fournier : « Le Grand Meaulnes ».
Rêves tombés sous la mitraille à la lisière du bois de Saint-Rémy le 22 septembre 1914.

Tout « Le Grand Meaulnes » est un songe dédié à l’inatteignable Yvonne, une grande et belle jeune fille déjà promise en mariage.

La plus belle partie du roman est celle de la fête aux enfants, des enfants lâchés à leurs joies et à leurs jeux dans un domaine mystérieux, où Augustin Meaulnes, « Le Grand Meaulnes » rencontre « la jeune fille ».
De paragraphe en paragraphe, se précisent ses émotions à la découverte des charmes de la demoiselle blonde, élancée dont « le charmant costume » lui parut extraordinaire.

Il y a un passage, d’une émotion diffuse, où Meaulnes sent naître ses sentiments :
– « Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu’à ce qu’ils fussent près de s’emplir de larmes. »

La poésie de l’amour et de l’amour rêvé est inépuisable.