365 Nuances de 2019 – #279 – «Abominable est parfait»

Un billet, court, chaque jour.

181683Bref.
« Abominable » – Film d’animation américano-chinois.

Un Yéti capturé puis poursuivi par des méchants se réfugie chez une adolescente en pleine crise.
Une fois la première épouvante passée et les présentations faites, c’est le coup de foudre et l’amour fou entre la jeune Yi et Everest, le Yéti.

Il faut aider Everest à retrouver sa famille de Yétis et ses montagnes.  S’en suit ainsi une grande aventure à multiples rebondissements avec des méchants convaincant aux trousses.
Parallèlement, traverser la Chine cahin-caha permet à Yi de plonger dans une sorte de psychothérapie de choc express qui l’aide à faire, enfin, le deuil de la mort de son père.

Tout se termine bien à la fin.
C’est normal tout est parfait et à sa place.
Les dessins numériques sont plus vrais que nature.
Les méchants sont vraiment très méchants.  Et donc perdent tout à la fin.
Un des méchants, le Professeur Burnish, se repent et décide de rendre la liberté à son malheureux Yéti qu’il vouait au pire des sorts jusqu’alors.
Les gentils sont vraiment très gentils et réussissent leur pari.
L’héroïne se surpasse sans flancher.

Le tout avec les tours de magie qui tombent toujours à pic.
Plein de petites séquences-émotion au son mélancolique du violon tirent vaguement une larme.

Vraiment, il ne manque qu’une paire de baguettes en main pour goûter aux brioches au porc de Grand‘-maman.

« Abominable » est parfait.

 

 

365 Nuances de 2019 – #278 – «Martin Eden – Le film»

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0414593.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxMartin Eden

Je n’avais pas lu l’œuvre littéraire de Jack London.
Je n’avais pas visionné les films précédemment tirés du roman.
Je ne connaissais pas le réalisateur Italien Pietro Marcello.

Donc, c’est en pure récipiendaire que je me suis assisse dans le grand fauteuil du Balzac.

Quelle belle histoire bien racontée.
Il y a la trame, il y a le beau Luca Marinelli qui campe à merveille le rôle de Martin Eden.
Et tout au long de la pellicule, des incises sous formes d’apartés ou de cartes postales, qui illustre le contexte historique et social du Naples de la première moitié du XXème siècle.

Marin depuis l’âge de onze ans, Martin Eden ne connaît de la vie que l’instabilité, la brutalité, la pauvreté et le courage de ceux qui doivent se battre et en découdre pour survivre.
Il sauve le frère de la belle Elena Orsini, modèle de l’élite sociale napolitaine ; une parfaite jeune fille de bonne famille.

Pour la conquérir, il se jettera à corps perdu, à marche forcée dans un rattrapage éducatif et culturel qui ne suffira pourtant pas à lui ouvrir les portes de son milieu social, enfermé dans ses rigidités.

Cette plongée profonde dans l’encre des livres révèlera son talent pour la prose.  Il ne lâchera plus jamais la plume.

Une telle détermination à faire fructifier un talent d’écrivain, à faire vivre pas les mots une sensibilité au monde et à ses menues manifestations ne pouvaient que me toucher.  Et je le fus.

Luca Marinelli captive par son jeu, comme si Jack London, la plume de Jack London lui avait dicté à propos de Martin Eden, chaque geste, chaque regard, chaque émotion.

N’ayant pas à l’esprit de motifs de comparaison, j’ai joué le jeu d’entrer dans le jeu.  Sans entrave, j’ai largué les amarres et suis entrée dans l’histoire.

365 Nuances de 2019 – #277 – «Le gâteau d’Hélène»

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Jegado

Le tourisme par la gourmandise permet parfois d’explorer l’Histoire, ou plus exactement ses petites pages oubliées, mais qui, en leurs heures, ont défrayé l’opinion.

« Le gâteau d’Hélène Jégado ».
Promesse alléchante : beurre, œufs, sucre, amandes, rhum, raisins et surtout de l’angélique.
Au cœur de cet inventaire de bec fin, que d’aucun considèrerait aujourd’hui comme un concentré d’allergènes : l’angélique.

« Angélique ».  Si la plante, cousine du fenouil et de la carotte, évoque la douceur et le charme, il semble qu’ici, au cœur de ce délice, elle évoque le cheval de Troie de la plus grande tueuse en série – dans la catégorie femme – de l’Histoire de France.
Hélène, la bonne Hélène, ajoutait, en fin cordon-bleu, de la poudre blanche, de l’arsenic en l’occurrence, dans les gâteaux qu’elle préparait.
Sans doute que la douceur gourmande de l’angélique confite masquait ce viatique mortel.

Cette cuisinière, autant dans les lupanars que dans les grandes familles, a conduit au trépas, dans les grandes affres de l’empoisonnement, au moins quatre-vingts personnes, y compris des enfants et probablement sa propre famille.

Elle fut guillotinée en février 1852 sur la place du Champ-de-Mars de Rennes, précisément en perspective de l’échoppe où je me suis procuré cette petite curiosité comestible.

Autant dire qu’approcher ses crocs de ce biscuit, de ce gâteau d’Hélène, prend un tour savoureux autant qu’hésitant.
Et qu’une fois la bouchée savourée et avalée, il est bien agréable de sentir que l’on respire encore et ce, sans la moindre convulsion.

365 Nuances de 2019 – #276 – «Dreyfus : courage et mémoire à reprendre»

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1894 – Première condamnation du Capitaine Alfred Dreyfus, pour trahison, accusé d’avoir livré aux Allemands des documents secrets.
1906 – L’innocence du Capitaine Alfred Dreyfus est officiellement établie au travers d’un arrêt sans renvoi de la Cour de cassation.

Réhabilité, le Capitaine Dreyfus est réintégré au grade de Commandant et participa à la Première Guerre mondiale.
Il meurt en 1935.

De passage à Rennes, je suis passée devant un immense bâtiment, sur le fronton duquel s’affiche : Lycée Émile Zola.
Et pour cause.
C’est dans ce bâtiment que furent conduits, en 1899, les débats d’un Conseil de Guerre de révision de la condamnation du Capitaine Alfred Dreyfus.  Conseil qui maintint, en l’allégeant, sa condamnation.

Douze ans de soubresauts et de violences qui ont fracturé la France en deux, avant qu’en 1906, enfin, lumière et justice soient faites.

C’est bien certainement Émile Zola, par son « J’accuse », paru dans l’Aurore le 13 janvier 1898, qui mit un poids déterminant dans la balance de la Justice.

Journaliste relativement conventionnel, c’est son plaidoyer qui a donné à « l’affaire Dreyfus » une dimension sociale et politique qu’elle n’avait pas jusqu’alors.
Cet acte le nimbera pour la postérité de l’aura de défenseur de valeurs de tolérance, de justice et de vérité.

Je retiendrai, comme moral de ce drame français, une citation du père du philosophe Emmanuel Levinas, le Rabbin Jehiel Levyne :
– « Un pays où l’on se déchire à propos du sort d’un petit capitaine juif est un pays où il faut aller. »

En 2019, qui est le « petit capitaine juif » ?  Y’a t-il des Émile Zola ?  La France est-elle encore un pays où il faut aller ?
Il y a, dans le récit de cette triste affaire, bientôt portée à l’écran, une mémoire et un courage à reprendre pour combattre les forces obscurantistes.

365 Nuances de 2019 – #275 – «Les Époux»

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Epoux

Ce fut une simple et jolie surprise offerte aux détours de mes quelques pas au cœur des rues de Rennes noyées de pluie.

Un simple porche, vestige d’un temps lointain, bien avant la Révolution ; la mode des coiffes en signale l’époque.

Homme et femme. Époux, Épouse. Couple qui s’affiche en notables sur l’un et l’autre des ventaux d’une demeure aujourd’hui disparue.
Inséparables dans la réussite de leur foyer, dans l’affichage de leur bonne fortune.

Distincts, indépendants quand, chacun sur un ventail, la porte est ouverte.
Unis, soudés quand, ensemble dans un même abri, la porte se referme.

J’ai pris sans discuter ce gracieux message poétique envoyé par-delà les âges.
Deux êtres, un seul cœur.

« Ce cœur où plus rien ne pénètre,
D’où plus rien désormais ne sort ;
Je t’aime avec ce que mon être
A de plus fort contre la mort ; »*

 

 

* René-François Sully Prudhomme, « Ce qui dure», 1875