365 Nuances de 2019 – #293 – «Une certaine idée du Général»

Un billet, court, chaque jour.

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9 novembre 1970.  Décès du Général de Gaulle.

Il me semble parfois souffrir d’une nostalgie bien mal à propos, étant née quelques semaines après le décès du Général.  Je n’ai pas connu la guerre, je n’ai pas connu les tumultes du parlementarisme de la IVème République, je n’ai pas connu Mai 68.

Pourtant, le curseur se replace, revient spontanément à l’Homme du 18 Juin, comme une référence naturelle, un modèle auquel se référer et sur lequel prendre exemple.

Pourquoi, quarante-neuf années après son décès, à la Boisserie, un soir tranquille, en alignant une crapette, assis auprès de sa Chère Yvonne, tant de Français, qu’ils l’aient connu ou pas, restent si attachés à sa personne ?

Probablement, parce qu’il avait, avant tout autre intérêt, avant toute velléité personnelle, la France rivée charnellement au cœur et à l’âme.
Et ça, les Français, tout gaudrioleurs et râleurs qu’ils soient, le savent aussi charnellement.

Les Français ont une âme curieuse ; ils sacrifient leurs rois pour se donner ensuite de piètres princes.
Ils ont lâché le Général par voie de référendum, ils ont coupé des têtes, ils ont encouragé l’exil de ceux-là mêmes qui, le plus souvent, les aimaient le plus et leur étaient le plus dévoués.

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France.  Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle.  J’ai, d’instinct, l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. »

Cette citation, qui ouvre les « Mémoires de Guerre », montre à quelle hauteur de sentiments le Général portait son pays.
Lui a-t-on rendu cette affection ?
La foule à ses obsèques le montre sûrement.

Comme en psychologie individuelle, chacun reste, qu’il le veuille ou non, qu’il en ait conscience ou non et ainsi qu’il l’admette ou non, attaché à son histoire familiale (sinon souvent déterminé par elle), à cette longue chaîne humaine d’ancêtres qui l’ont précédé, à ses ancrages territoriaux, à sa culture.
Cela s’appelle l’atavisme.
En psychologie collective, les Français restent, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils en aient conscience ou non et ainsi qu’ils l’admettent ou non, attachés à cette longue chaîne de Chefs, de Souverains, de Grands Hommes qui les ont dirigés, qui ont façonné à la fois ce qu’ils sont et le pays où ils vivent.

Les Français savent, ataviquement, qui les a défendus, qui leur a fait honneur, qui a porté en leurs noms, le pouvoir de dire « non ».
Et c’est à tous les « non » que Charles de Gaulle a su prononcer, sûr qu’il était de porter le consensus de tous, inspiré par son amour raisonné de son pays et de ceux qui le peuplent, que les Français restent profondément attachés.

Les Français savent, profondément, que cet amour patriotique, ne s’invente pas, ne se déclame pas comme une réclame ou comme le slogan d’un jour, ils savent que ce qui, chez le Général, était une vocation inspirée, pétrie de culture catholique et humaniste, ne résonne souvent que comme un calcul chez ses successeurs.
Georges Pompidou mis à part, peut-être.

Le fait qu’il ait été Militaire, Saint-Cyrien, Combattant et Prisonnier en 14-18, ajoute à son prestige, à sa crédibilité.
Juste après cela, ce que les Français ressentent, pour l’avoir vécu ou pour le constater par comparaison avec ses successeurs, c’est qu’il s’est battu pour eux, aux fins de servir et non pas de se servir.

Chaque fois que l’actualité, nationale et internationale, tangue un peu, c’est à lui que chacun revient pour poser la question, une question prégnante : « Qu’aurait fait le Général ? »
Et beaucoup de répondre d’emblée, avant les aspects techniques de l’enjeu : « Il aurait choisi l’honneur. ».

De cette veine d’honneur et d’orgueil national, portée, personnifiée par ses Chefs, qui leur manque tellement.

Issue de la cuvée 1970 qui vit son départ, je ne peux que lier ma reconnaissance pour l’héritage laissé et louer l’exemple d’honneur porté haut que par écrits, vidéos, photographies interposés.
Mais l’inspiration, l’admiration sont là, indéniablement, pour me permettre une certaine, et belle, idée du Général.

« Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Lève-toi pour écouter les cloches.
Lève-toi : pour toi le drapeau est hissé, pour toi le clairon trille,
Pour toi les bouquets et guirlandes enrubannées, pour toi les rives noires de monde,
Elle appelle vers toi, la masse ondulante, leurs visages passionnés se tournent* »

 

 

* Walt Whitman, 1865

Une réflexion sur “365 Nuances de 2019 – #293 – «Une certaine idée du Général»

  1. Merci pour votre article en hommage au Général.
    Souvenir personnel : j’étais en fonctions à Paris depuis un an, quand est tombée la nouvelle de la mort du Général.
    J’ai suivi la file afin de signer le registre de la Fondation Charles de Gaulle, comme tant d’autres.
    Les feuilles d’automne crissaient sous les pas, il pleuvait, et les larmes se mêlaient à la pluie.
    Mes parents et moi nous étions assidus à la messe du dimanche, et fêtes, Noël, etc… à Colombey les deux Eglises pendant ma jeunesse en Champagne. J’ai pu croiser le regard du Général, un jour où la petite fille que j’étais se demandait malicieusement quand le haut de la tête du Général toucherait le lustre sous lequel il se tenait debout. Un regard se sent, et le Général s’est retourné, avec un petit sourire…
    Pendant la période de la  » traversée du désert « , il n’y avait à cette messe que les Colombéens et nous, plus nos proches quand ils nous rendaient visite. Mon père voulait montrer au Général qu’il n’était pas seul.
    Les Colombéens étaient proches, et respectueux du Général. Il était accessible.
    Bien à vous -encore merci pour votre fidélité que je rejoins.

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