C-Ma Chronique – #10 – « Je te vois ! »

Voici un petit conte contemporain de ce que Lyautey aurait appelé : « l’obéissance d’amitié » ; de confiance, en somme.
A conjuguer au présent, peut-être.

Une jolie fin d’après-midi après la classe, une petite fille et sa meilleure amie rentrent sagement de leur journée de classe.
Elles s’entendent bien, non seulement par la similitude de leur caractère, mais aussi par une complicité nourrie de nombreuses aventures dont une liste non négligeable de bêtises et polissonneries commises ensemble ; parfois en bande dans tout le quartier.

Elles traversent d’un pas rythmé un carrefour où leurs chemins se séparent ; l’une tourne à gauche, l’autre poursuit en ligne droite.

Cela aurait pu être une banale promenade avant le goûter si notre seconde petite chipie n’avait été arrêtée dans son élan par un policier en faction devant un immeuble.
Immeuble qui devait abriter, à l’intérieur, un personnage important ; un Député peut-être, un Sénateur possiblement ou bien encore, éventuellement, un Ministre.

Ils se connaissent bien tous les deux. Ils se voient souvent. Échangent quelques mots banals.
Le matin à l’aller, au déjeuner au retour ; l’après-midi à l’aller encore, après la classe de nouveau.  Sans compter toutes les autres allées-et-venues pour une multitude de motifs ; les moins avouables sans doute aussi.

– « Bonjour Mademoiselle ! »
– « Bonjour Monsieur l’Agent »
– « Bonne journée en classe aujourd’hui ? »
– « Oui ! »
– « Calme et sans bêtises ? »
– … silence !
– « Je te vois tu sais ! »
– … silence !

Reprenant sa route, le pas un peu plus discret mais surtout un peu moins véloce, la petite fille, décontenancée, s’interrogeait sur la capacité de cet Agent de Police, vigie statique coincée par sa mission, à voir plus loin que son bout de trottoir.

– « Je te vois tu sais ! »
La phrase était plantée dans la tête.
Et tout une jungle de bêtises, blagues, farces et autres gamineries germèrent autour.

Le terreau était cependant bon, l’éducation était solide ; la sentence amicale fit mouche.
Le Policier, content de l’effet de sa mission, reprit sa faction.
La gamine, ramenée à la raison, reprit le droit fil vers sa maison.
Et d’incartades, il ne fut plus question.

Pour la petite fille qui a tourné à gauche sans cette écluse, il faudrait sans doute un autre conte.

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