Odyssée 2021 (#15) – « Beethoven est bien un mâle blanc ! »

Portrait de C.T. Riedel, 1801

Qui ne sait à quelle époque tragique font référence les quatre premières notes de la Cinquième Symphonie de Ludwig van Beethoven ?
Trois brèves et une longue pour sonner la victoire.
La victoire des Alliés, Britanniques et Américains inclus, pour reconquérir les territoires martyrisés par l’hydre nazie.

Il est donc bien étrange que ce soit une Université britannique qui ait donné le contre-ut à la vague guerrière de « cancel culture » qui, se servant des méthodes idéologiques totalitaires qu’elles voudraient semble-t-il dénoncer, a sonné l’hallali contre ce merveilleux Compositeur.

Dans son Testament de Heiligenstadt, Beethoven écrivait ceci :
« Ô vous ! hommes qui me tenez pour haineux, obstiné, ou qui me dites misanthrope, comme vous vous méprenez sur moi. (…) »

Se méprendre.
Tout un métier.  Et tout un art et une technique pernicieuse en l’occurrence.
Entre autres maux, Beethoven souffrait d’hémochromatose, une maladie qui donne un teint basané.  Il en tira le surnom insultant de « l’Espagnol ».
Et ce n’était que le XVIIIème siècle.

Comme on peut se tromper quand on veut absolument se tromper ou bien plus, tromper le monde.
Comment imaginer que cet homme, dont la vie était faite de la musique qui coulait dans ses veines, ait pu se vouloir, cent ans plus tard, réduit au service d’une propagande germano-nationaliste, et encore deux cents ans plus tard, asservi par une autre propagande mondialo-racialiste.

A cette aune, il faut sacrifier en autodafé, la totalité de la culture mondiale : George Gershwin, Chico Buarque, Myriam Makeba, Cesaria Evora et Ray Charles inclus.
Et aussi Michael Jackson qui voulut tellement se blanchir.

Joseph Haydn, qui fut quelques temps son Maître, lui écrivit ceci :
« Vous avez beaucoup de talent et vous en acquerrez encore plus, énormément plus. Vous avez une abondance inépuisable d’inspiration, vous aurez des pensées que personne n’a encore eues, vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique, mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies ; car vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes. »

Oui.
Ludwig van Beethoven est bien un mâle blanc.
Mais parler de lui ainsi, c’est le désigner comme une race.  C’est, de fait, faire preuve de racisme.
Quid de l’art ?  Quid d’un homme ?  Un Sapiens, comme nous le sommes tous.

Du même testament, lisez ceci :
« (…) alors que j’étais né avec un tempérament fougueux, plein de vie, prédisposé même aux distractions offertes par la société, j’ai dû tôt m’isoler, mener ma vie dans la solitude, et si j’essayais bien parfois de mettre tout cela de côté, oh ! comme alors j’étais ramené durement à la triste expérience renouvelée de mon ouïe défaillante, et certes je ne pouvais me résigner à dire aux hommes : parlez plus fort, criez, car je suis sourd, ah ! comment aurait-il été possible que j’avoue alors la faiblesse d’un sens qui, chez moi, devait être poussé jusqu’à un degré de perfection plus grand que chez tous les autres, (…) »

Ceux qui conspuent cet homme dont la souffrance physique, et psychique, est flagrante, n’ont sans doute jamais du écouter la moindre de ses notes.

De cette souffrance, il a tiré les symphonies que nous écoutons encore.  C’est peut-être cette transcendance de la souffrance que ces nouveaux porteurs de haine ne peuvent supporter.
Avec toutes les notes de leurs souffrances, ils voudraient diriger de nouvelles haines.

Pas un de ses accords ne respire la haine, mais tous poussent au plus haut point à la vie, exaltent la vie.
À la joie qu’elle peut procurer, quand « plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes » y mettent toute leur énergie.

La joie.
Beethoven en fit un « Hymne à la joie » dont l’apogée, le dernier mouvement, est devenu celui de l’Europe, celle-là même qui se laisse aujourd’hui détruire sans broncher par de vils révisionnistes.

Entendent-ils seulement les paroles de Friedrich von Schiller ?
« Soyez enlacés, millions.
Ce baiser de toute la terre !
Frères ! Au-dessus de la voûte étoilée »

Et cette musique qui appellent les hommes, par le biais des hommes et des femmes du chœur, à s’enlacer ?  À s’aimer ?
Entendent-ils le violon solo qui souligne chaque mot ?

Non.
Parce qu’il leur faudrait alors renoncer à leur partition de haine, d’incitation à dresser les hommes les uns contre les autres.
Parce qu’il leur faudrait alors, émus, se dédire, se contredire et admettre que cette joie, cette prodigieuse envolée d’amour, tout le monde peut la chanter.

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