Odyssée 2021 (#39) – « Good Vibs »

Il y a deux points de départ à cette petite élucubration.  L’un gai.  L’autre moins.

Le premier, gai, est une citation de Bernard Giraudeau publiée par un ami :
– « Certaines peuplades de Sibérie disent qu’il faut trouver la note juste de sa vie.
Parce qu’on est comme un instrument et qu’il faut s’accorder à l’univers.
Quand cette harmonie est trouvée alors la vie apparaît tout à fait magnifique ; on devient un élément du tout, utile au tout et à soi-même. »

Citations à laquelle je répondis par la publication sonore de l’une des plus emblématiques chansons des « Beach Boys » : « Good Vibrations ».
Voilà un titre musical, qui, dès le premier accord, vous transforme en un instrument de joie et fait que la vie vous apparaît, tout à coup, tout à fait magnifique.

Le second, triste du coup, est le visionnage, hier soir, du merveilleux film de John Ford, avec le sublime Henry Fonda dans le rôle-titre de Tommy : « Les raisins de la colère » tiré du roman éponyme de John Steinbeck.  Peu de films réussissent à faire s’exprimer le désespoir brut et la colère concomitante.

Quel est le lien entre ces deux points ?  La Californie.
La Californie, le « Golden State », l’État où coulent le lait et le miel, confluent de tous les espoirs et de toutes les folies humaines dont la « Ruée vers l’or », les exodes de la « Grande Dépression », la « Silicon Valley » et les Gafam symbolisent le rêve d’un Eden sans fin.

Cet état semble toujours avoir été un précurseur des grands balanciers des mouvements de société et des secousses telluriques sociétales.
Il est un des premiers États, avant même d’être américain, à avoir aboli l’esclavage, en 1848, année où la France, d’ailleurs, fit de même 

Aujourd’hui, on y déboulonne des statues et débaptise des lieux publics à force de rage et à tours de bras.
Comme si, les longs fils de l’Histoire n’avaient été tissés qu’à partir d’une seule matière, que dans un seul sens et que par une seule sorte de mains.

Pour revenir aux « Raisins de la colère », au rendu brut des souffrances et de la misère que permet l’image en noir et blanc et la modestie des effets spéciaux, qui ne va cependant pas aussi loin que le texte de l’œuvre de Steinbeck, dans les moindres recoins du film et du livre, on retrouve tous ces petits fils individuels, toutes ces joies et tous ces drames singuliers, qui ont tissé la trame de l’aventure humaine.
En réalité, quelle que soit la matière dont on la tisse et quelles que soient les aiguillent qui lui donnent son grain, l’Histoire se noue, indifféremment et alternativement, au bénéfice et, ou, au détriment de chacun.

Tourné à Hollywood en 1940, le film se referme sur une note, certes tragique, mais bien plus positive que le livre.  Vibrations négatives.
Vingt ans plus tard, c’est un hymne aux vibrations diamétralement inverses qui percent les oreilles :  le « Surfin’ » des Beach Boys.
Le « Golden State » luit alors de ses plus beaux rayons.

En une seule génération, que de fils de destins ont été tissés, depuis les cueilleurs de pêches en haillons, aux studios d’Hollywood, aux plages de Normandie, aux jungles du Vietnâm, aux Hippies, au premier « Mac ».
Et donc aux cinq beaux jeunes hommes musclés et bronzés cirant leur board et jouant sur la crête des vagues.  Un large sourire aux lèvres.

Leurs vibrations ont résonné non seulement là, mais dans le monde entier.  Ils ont été des instruments et l’univers s’est accordé à leur gaîté.

Quelles vibrations le déboulonnage des statues, l’effacement de l’Histoire, la colère et la haine vont-ils propager dans le monde ?
La devise de la Californie est « Eurêka », selon le cri de génie attribué, au IIIème siècle avant Jésus-Christ, à Archimède, après qu’il eut constaté que :
– « Tout corps plongé dans un liquide subit, de la part de celui-ci, une poussée exercée du bas vers le haut et égale, en intensité, au poids du volume de liquide déplacé. »

Quelle sera la « poussée californienne » ?
La haine et la rage vont-elles déborder dans le reste de l’univers ?
Comment de cet « Eurêka », ce cri euphorique, tisser de nouveaux fils solides, envoyer de nouvelles vibrations heureuses, des « good vibs », au reste du monde, où toute vie est un élément du tout, est utile au tout et à elle-même.

Où, toutes les vies comptent.

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