Odyssée 2021 (#72) – « Saint-Joseph, de Bagdad et de Lille »

« Amen » sert dans toutes les langues, et dans les trois religions monothéistes : « ainsi soit-il » !
« Amen », il y eut une messe dans la Cathédrale latine Saint-Joseph de Bagdad, qui, il y a encore peu, portait tous les stigmates de la barbarie qui s’est abattue sur l’Irak, et en particulier sur les Chrétiens et les Yézidis.

C’est dans toute la splendeur de murs redressés par la force et les efforts de ses fidèles et dans l’albâtre lumineux de peintures fraîches, que le 6 mars dernier, le Pape François a célébré une messe solennelle, hémostatique, entouré des martyrs chrétiens de cette guerre, qui, peu à peu, soit reprennent vie, soit reviennent sur leurs terres ancestrales.

L’église et l’Église, là-bas, se redressent malgré toutes les difficultés.

À Lille, en France, pays en paix – semble-t-il -, se trouve un champ de ruines.  Y’a-t-il eu une guerre, des combats, une bombe, un attentat ?
Non !
C’est volontairement que les murs centenaires d’une église ont été abattus par des pelleteuses dûment mobilisées par les plus hautes autorités.  Il n’y a qu’à prendre connaissance de la réponse lacunaire, froidement déléguée à un portefaix ordinaire, de la Présidence de la République.
La lutte s’est tenue jusqu’au bout, sans armes, simplement par la combativité pacifique de quelques fidèles, moins nombreux néanmoins que les passionnés du Patrimoine.

Les murs de la chapelle Saint-Joseph de Lille n’ont pas résisté au souffle de l’indifférence et du mépris.
L’église et l’Église, ici, se meurent faute de combattants.

On croit souvent que l’ennemi vient de l’extérieur, ce qui permet de reporter la culpabilité sur cet « autre » bien commode et rassurant.
Mais, dans le cas de la chapelle Saint-Joseph, l’ennemi, c’est notre mépris, notre indifférence et plus certainement encore, l’appât du gain foncier, qui ont ouvert la porte aux engins.

Plus rien désormais, ne rappellera sa présence et les prières qui y ont été prononcées.

Il faut écouter les chants de cette messe du 6 mars à Bagdad, toutes ces voix de jeunes hommes et de jeunes femmes exaltées par l’Esprit, pour percevoir ce qu’est la joie dans une Église vivace et vivante, pour ressentir, probablement jusqu’au fond de l’âme, ce qu’est une Foi véritable, quand en chœur des cœurs s’unissent pour la faire vibrer.

La joie pure de croyants que le simple fait d’être ce qu’ils sont et de se tourner vers la croix plutôt que vers le croissant a livré à la barbarie du sabre et à la cruauté de l’exil.

Cette joie et cette Foi ont peut-être été ressenties par les plus hautes autorités politiques et religieuses chiites irakiennes présentes tout au long de la célébration prononcée, autant en arabe qu’en araméen, autant en anglais qu’en italien.
Qu’a ressenti le Président Barham Salih en entendant la magnifique 1ère Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens ?
– « J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. »

C’est pourtant bien ainsi, qu’à cinq mille kilomètres plus au nord, meurent l’Église et ses églises.
On ne ressent rien, on ne résonne plus, quand on ignore, quand on s’ignore spirituel.

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