Odyssée 2021 (#89) – « Ne pas choisir »

– « Ne pas choisir, c’est encore choisir. »
– « Le vrai courage est parfois celui de choisir. »
– « Choisir le doute comme philosophie de vie c’est comme choisir l’immobilité comme mode de transport. »
– « On a toujours le choix. Et quand on aime il est encore plus facile de choisir. »

Voici quatre citations communément proposées pas les moteurs de recherche lorsque l’on tape l’expression : « ne pas choisir ».
Il faudrait un guide très spécifique, technique et pratique sur le « Que choisir ? » ou plus simplement encore « Choisir », pour permettre à tous ceux, les indécis-chroniques, de suivre une méthodologie précise pour pouvoir prendre une décision.

Car choisir, finalement, c’est décider.  C’est risquer ; prendre un risque.
C’est assez curieux de se risquer dans une telle dissertation à une époque où le « en même temps » fait fureur, sous couvert, fallacieusement, de la capacité à embrasser la complexité des enjeux, c’est-à-dire l’ensemble des parties prenantes du choix.
Car ce qu’il manque, à ces citations, à ces verdicts, c’est l’objet du choix : l’élu ou le déchu ; les parties prenantes.
Celui qui choisit supporte-il seul la totalité du risque ? La réponse est « non ».

Si celui qui choisit est et demeure pleinement acteur, il n’en décrète pas moins une relaxe ou une sentence pour l’objet de son choix.  Et « objet » est bien la relégation la plus cruelle qui puisse advenir au « déchu », en particulier si ce « déchu » est une personne.
Choisir entre deux parapluies ne fera pas couler de larmes.
Choisir entre deux personnes, c’est acter le fait que l’une s’est vu attribuer un nombre de critères plus favorables que l’autre.  Que l’une a plus de valeur que l’autre.  Que l’une ne vaut pas la décision en sa faveur, ne vaut pas le risque.

Ainsi, choisir, c’est donner à l’élu tout le bénéfice, le positif et l’élan du choix et c’est faire supporter au déchu, la perte, la dépréciation et la relégation de ce même choix.

Ne pas choisir est bien pire.
C’est maintenir le néant, l’inexistence pour les parties à sélectionner ; elles sont en suspens, comme des marionnettes accrochées au fil arbitraire du marionnettiste.
On imagine souvent celui qui choisit comme un remarquable volontariste, mais il reste cruel pour celui qui sera relégué.
Mais ce « volontariste » ne sera jamais aussi cruel que celui qui ne choisit pas et qui joue à manipuler la tension, tous les efforts de séduction, de ceux, devenus des jouets, de vulgaires objets par essence, dont il tient le destin et l’âme en suspension.

Choisir revient finalement à ne faire qu’une seule victime au lieu de deux, à n’avoir de la cruauté que pour une seule des deux « marionnettes », à avoir le courage, ou l’indifférence, de détourner le regard de l’objet qui va souffrir de sa relégation.
Choisir, dans les deux cas, c’est faire souffrir.  Il y a probablement des étapes à respecter avant pour éviter ces souffrances.
Ce sera, ce serait là, un beau sujet pour une nouvelle dissertation.

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