Odyssée 2021 (#111) – « Décor d’hier, décor d’aujourd’hui »

1943, Monfort-l’Amaury, « Le Corbeau », réalisé par Henri-Georges Clouzot

1985, Forges-les-Eaux, « Poulet au Vinaigre », réalisé par Claude Chabrol

Inutile de partir dans les méandres sulfureux des faits divers réels qui ont inspiré ces deux films à près de quarante ans d’écart.  Ils ont comme thèmes communs la rumeur, la délation, la vengeance et autres travers humains.

Ce qui marque, ce sont les transformations des physionomies de ces villes de provinces.
À quarante de distance entre « Le Corbeau », tourné pendant l’Occupation, et « Poulet au Vinaigre », tourné en pleine course au Minitel, que de révolutions dans l’esthétique des villes et leur ordonnancement social !

Ce qui frappe d’abord, au-delà des drames, c’est la vitalité déclinante de ces cités.  Le Monfort-l’Amaury de Clouzot fourmille d’activités, de métiers, de rythmes quotidiens : les boutiquiers, la cloche de l’école, la messe du dimanche, l’heure de la visite à l’hospice.  Il y existe une authentique trépidation d’activités humaines, toutes visibles, utiles et laborieuses.
Le Forges-les-Eaux de Chabrol a déjà changé d’époque.
Tout le monde fait, mais surtout semblant.  Tout le monde tourne autour du travail, mais on pressent déjà la société de loisirs, les postes de télévision, le peu de foule à la messe, le besoin d’aller au restaurant.
Cependant, le notaire, le médecin, l’opticien, chacun, à sa place et dans son rôle, structure la vie de la bourgade.

Si la rumeur, la délation, la vengeance et autres travers humains prospèrent, c’est que les relations humaines sont encore très imbriquées les unes avec les autres.  Au-delà du néfaste, perdure un vrai tissu social.
Les « femmes légères » y sont au centre avec le curé, le maire et le maître d’école.

Bientôt quarante nouvelles années nous sépareront du « Poulet au Vinaigre », encore une fois, que de bouleversements ! Que reste-t-il de cette France-là ?
Dans nos emplois du temps, à force d’écrans, il y a-t-il encore des lessives au lavoir, des files d’attente chez le boucher, des sermons en chaire, des praticiens dévoués qui visitent les malades, des salles communes dans les hospices et des rémouleurs ?
Que reste-t-il du tissu social et des relations humaines dont il est la trame ?  Des Ehpad ?
Pas grand-chose, sinon beaucoup de vide, des réseaux pernicieux et des murs de maisons vides pour y faire écho.

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