Odyssée 2021 (#148) – « Fragiles »

Pris dans leur masse, les hommes semblent solides.  Individuellement, c’est une autre affaire ; ils sont bien fragiles.
Une simple rose, prise au vif de ses délicats étirements matutinaux, fait surgir cette observation.

Il suffit, comme le ferait un enfant inconséquent, d’un caprice de l’envie et de la main, pour la mutiler ou l’anéantir.
L’amputer, sans que la flétrissure naturelle du temps ne s’en charge, ne serait-ce que d’un pétale, revient à bouleverser irrémédiablement un épanouissement harmonieux, un équilibre raffiné.

Les hommes sont semblables aux roses.  De boutons, ils aspirent à se déployer en grâce, en couleurs autant simples que chatoyantes, en fleurs étonnantes.
Leur bonheur, bien laborieux à cultiver, se sabre facilement.
Car, « Rien n’est si délicat ni si fragile qu’un état heureux ; il faut craindre d’y toucher. »*

Il se trouve pourtant, beaucoup de jardiniers, si tant est que ce titre, jardinier, ne soit pas souvent usurpé, qui le taillent sans honte, voire avec une subtile et créative cruauté.
C’est la raison pour laquelle les hommes, comme les roses, ont des épines.  Pour se défendre, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

* Bernard Le Bouyer de Fontenelle, 1657 – 1757, « Du bonheur »

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