Odyssée 2021 (#200) – « L’amitié du Tigre »

« Monet–Clemenceau  –  Correspondance »
Ed° Musée de l’Orangerie – RMN-Grand Palais

Avant d’être glorifié du titre de « Père la Victoire », Georges Clemenceau (1841-1929) fut surnommé « Le Tigre » ; « aux colères terribles, aux rugissements féroces, aux saillies sarcastiques, dont tout le monde redoute l’épée, le pistolet et la langue »

Dans ce recueil de correspondances entre Georges Clemenceau, figure incontournable de notre Histoire de France et Claude Monet, autre figure non moins incontournable de l’Art français, la plume du « Tigre » prend des vertus magiques et son encre se teinte de vertus linimentes.  Chaque mot et chaque ligne débordent d’une tendre, véhémente, amitié et d’une authentique admiration.

Les missives échangées retracent la relation intime entre Clemenceau et Monet d’août 1889 à septembre 1926.
On y parle de tout : des fleurs, du jardin de Giverny, de la mer à Saint-Vincent-sur-Jard.  La Grande Guerre n’y est évoquée que pour la Victoire et ce qu’elle a suscitée comme célébration à Claude Monet : faire don de ses panneaux, datés du jour de l’Armistice, ses « Nymphéas », à l’État.

Si l’amitié des deux hommes, celle de Georges Clemenceau en particulier, transparaît dans chacune des épîtres, elle prend une tonalité bien particulière à compter de 1922, où, malgré plusieurs opérations de la cataracte, Claude Monet perd progressivement, non pas la vue, mais une qualité de la vue, cruciale pour le Peintre, vitale pour l’Impressionniste : distinguer les couleurs.

Avec les mots les plus touchants, les plus réconfortants et, souvent, les plus humoristiques, même dans ses remontrances, le « Tigre » se transforme en grand frère attentionné ; affectueux même :
– « ne tirez pas argument de ce que vous voyez tous les jours un peu moins.  Il ne peut pas en être autrement puisque votre œil non opéré ne peut pas aller en s’améliorant et que l’autre n’est pas en service.  L’énergie, ô mon Fils, est dans la continuité de la volonté et la patience obstinée est la moitié décisive de la force.  Jésus-Christ ou tout autre l’aurait dit, s’il avait trouvé le temps d’y songer.  Vous avez mené à bonne fin une impérissable gloire d’artiste malgré vents et marées.  Tout n’est pas fini, non, non, (…). »

Aller dans les salles du Musée de l’Orangerie, laisser glisser ses pas et se poser sur un banc pour se perdre dans l’exubérance des « Nymphéas », est une méditation poétique.  Le regard se perd dans les débauches de couleurs, dans les reliefs du grain ; il est pris par la lumière.

Tout au long des lettres, Claude Monet usera sa plume pour que ses panneaux soient installés dans les meilleurs conditions de lumière ; détermination que Georges Clemenceau soutiendra de toute la force de son amitié et de son admiration :
– « Je vous aime parce que vous êtes vous, et que vous m’avez appris à comprendre la lumière.  Vous m’avez ainsi augmenté.  Tout mon regret est de ne pouvoir vous le rendre.  Peignez, peignez, toujours, jusqu’à ce que la toile en crève.  Mes yeux ont besoin de votre couleur et mon cœur est heureux de vous. »

Georges Clemenceau, jusqu’à la dernière de ses lettres que Claude Monet ait eues la capacité de lire, le 21 septembre 1926, aura montré de toutes les griffes de sa plume son indéfectible amitié de Tigre.
Les « Nymphéas » ne seront installés définitivement au Musée de l’Orangerie qu’en mai 1927.  Le « Tigre », le « petit amour joufflu » comme il disait lui-même de sa bouille, sera alors les yeux de son « vieux frère ».

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