Odyssée 2021 (#244) – « La rage d’en découdre »

En 2019, paraissait un film d’Édouard Bergeron : « Au Nom de la Terre », qui plantait avec un réalisme cinglant, la déshérence, jusqu’au suicide, des agriculteurs pris dans la spirale de l’hyper-productivisme et du surendettement.  Cette belle réalisation montrait, le déclin, quantitatif, et la décadence, qualitatif, du monde paysan français.
Pan par pan, notre paysannerie voit ses valeurs profondes : celles du beau travail, du geste ancestral, de la transmission et de l’amour de la terre, sapées par l’aveuglement du politique hexagonal et européen ; et se meurt d’être reléguée au ban de la société après en avoir été, des siècles durant, le cœur battant.

Dans « La Terre des Hommes », Naël Marandin, avec un degré de réalisme encore plus poignant, évoque une autre facette du jusqu’au-boutisme : le sacrifice de son intégrité, par amour de son métier, de sa terre et de ses racines.

Le film est centré autour de Constance.  Elle dirige, avec son père, la ferme familiale à laquelle, l’un comme l’autre tiennent plus que tout.  La jeune agricultrice tient viscéralement à son métier mais surtout, s’accroche avec rage au nouvel élan biovertueux et éthique qu’elle, avec son fiancé, veut lui donner ; non seulement pour en vivre mais d’abord pour sauver la ferme de la faillite.
Pour défendre son projet, elle affronte ceux du monde agricole qui ont la finance et le pouvoir entre leurs mains ; allant jusqu’à être prise, pétrifiée par son jeu, dans les filets prédateurs d’un spéculateur qui abusera d’elle.  Violée par ce manipulateur, elle retournera le crime en arme pour reprendre ses droits sur sa terre.

Tout au long du film, court une musique digne d’un thriller d’Hitchcock.  Cette trame sonore ne soutient pas seulement le déroulé d’un drame isolé et féminin, elle souligne, une nouvelle fois, à quelles extrémités le désespoir, mais ici en particulier la rage d’en découdre, peut conduire le monde agricole.
Le film, qui hésite un peu entre la tragédie du monde agricole et les violences faites aux femmes, joue pourtant suffisamment vrai pour nous happer par l’image, aidé en cela par des acteurs sans fard parfaitement dans la note.

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