Odyssée 2021 (#245) – « Faire du chiffre sans faire de vague »

De ce film, « Bac Nord », inspiré d’un fait divers réel survenu en 2012 à Marseille qui avait suscité beaucoup d’émois et d’échos dans la sphère bien-pensante politico-médiatique, il faudrait retenir la scène de liesse, de joie ; la victoire sur le crime et le trafic de drogue de toute l’équipe de policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC) des quartiers nord de la cité phocéenne.
Pourquoi retenir cette scène qui marque le dénouement de la traque et des combats – le mot n’est pas vain – de trois policiers et de toute leur brigade.  Parce que, comme tout citoyen lambda, on espère que rendra gorge la grande criminalité, son extrême violence qui ronge des quartiers entiers, ici, au bord de la belle Bleue et dans de très nombreux autres en France ; des quartiers perdus où : « il n’y a plus aucune règle, plus de flics, plus de politiques, plus personne. »

Ce moment, sur un verre levé haut et fier, clôt le crescendo du film sur la domination du Droit et de la Loi sur la déliquescence de la civilisation et le règne de la barbarie.

Car, plus tôt dans le film, une phrase donne un indice sur la fracture à suivre dans le scénario : « faire du chiffre sans faire de vague ».  Cette phrase annonce la duplicité de la hiérarchie et du politique qui assurent leurs arrières aux dépens, et travaillent leur communication sur le dos, de fonctionnaires dévoués mais perdus, qui ont le sentiment de ne servir à rien, à qui on ne donne aucuns moyens et qui, de ce fait, bidouillent avec la légalité.

Incités à faire ce chiffre, à mener une grande opération, par leur hiérarchie, elle-même poussée par la pression politique, Grégory, Yassine et Antoine franchissent de différentes manières le Rubicon de la légalité mais avec pour but stratégique et tactique d’infiltrer, de tromper les bandes crimino-trafiquantes de la cité des Aigues-Douces et surtout de pouvoir surmonter leur violence sidérale de meute sauvage.

Il y a eu « Les Ripoux » avec Philippe Noiret, Thierry Lhermitte et Régine.  De la drogue déjà, mais encore de l’humour.  Il y a eu « La Balance » avec Philippe Léotard, Richard Berry et Nathalie Baye.  De la drogue encore, mais un cran plus violent.  Des films qui jouent sur le fragile équilibre avec la légalité dans la lutte contre le crime organisé, il y en a eu en pagaille dans toutes les langues.
Mais jamais aucun n’avait ainsi projeté le spectateur dans une réalité reflétant aussi bien un quotidien qui se rapproche de plus en plus physiquement de lui, presque sans freins, et que, subséquemment, il redoute avec lucidité et raison.

Ce film, comme ses semblables, cristallisent, photographient, l’évolution de la société dans son rapport au crime, à l’État de droit et à ses représentants.  Là où, hier, le policier pouvait encore plaisanter avec un voyou qui voyait en lui l’incarnation d’une autorité étayée par le politique, il n’y a plus aujourd’hui que de la guérilla avec un déséquilibre des forces très en faveur du crime.
Des deux côtés, une même et sidérante perte de civilisation.

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