Odyssée 2021 (#249) – « Tous les savoirs »

Il y a des euros qui valent la peine d’être dépensés.  Pour les cent ans du philosophe Edgar Morin, les éditions « Le Monde » ont publié un dossier fourni sur sa vie et son travail.  Cet inventaire intelligent de toutes ses publications, émaillé de passages biographiques et de témoignages élogieux, permet de prendre la mesure du personnage.  D’autant plus qu’une vie ne suffirait pas, pour un être normal et à moins d’exclure presque tout le reste, à étudier et à passer au crible la richesse de sa réflexion, en particulier celle, la mieux connue, à propos de la complexité

Au cœur de cette présentation, il est intéressant de s’attacher à l’une des facettes d’Edgar Morin, probablement la moins évidente pour le grand public : sa curiosité pour tous les savoirs.  Cela fait de lui une sorte de Léonard de Vinci de la philosophie du XXème et du XXIème siècle : un goût pour la pluridisciplinarité.

Il partage avec Montaigne, un marrane comme lui, une « curiosité omnivore », qui favorise l’attention au « branle » du monde.  Morin chasse dans des territoires qui, presque jusqu’à lui, comptaient parmi les domaines réservés de castes intellectuelles.  Il bannit même le distinguo entre ce qui ferait partie de la haute culture et ce qui appartiendrait à la culture ordinaire.
Cette approche rassure les profanes.  Celle-ci, ajoutée à un effort prononcé pour se connaître soi-même, favorise la construction d’une pensée ouverte, critique et originale.
Ainsi, toujours en revenant à Montaigne : « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition », Morin rappelle le droit que nous avons tous, par le simple fait d’être homme, de participer par nos réflexions, à la construction de cette condition.
Le tout est dans les parties et les parties sont dans le tout, s’applique à toute l’humanité.  Ainsi, dans les « cavernes de l’homme », dans son « paléolithique intérieur », réside une sagesse que les impressions, les incidents et les péripéties de la vie quotidienne nourrissent.
La capacité autonome à construire une connaissance à partir des choses et de soi-même, est la base de la complexité entendue comme « complexus », le tissage continue d’un soi sans sclérose conjugué à celui d’une humanité toujours en mouvement, sans cesse porteuse de changement ; les deux alors à même de rendre l’impossible possible.  La marche de l’humanité, ses métamorphoses, ont toujours résulté de forces faibles devenues des puissances historiques de changement.

C’est bien cet esprit qui irrigue toutes les publications des pages de ce site et la motivation première de leur auteur.

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