Odyssée 2021 (#260) – « Prête à fuir »

Paris, quelque part.

La rue n’est qu’une saignée.  La chaussée éventrée étale ses tripes de sables, de bitume, de caillasse et de ferraille à tous les regards.  Les détritus épars la gangrène.  Les façades hésitent à se montrer franchement, la nuit tombante maquille un peu leur laideur, seules quelques haussmanniennes osent la fierté, les longues barres cachent tant bien que mal leur béton décrépit.  Les arbres rares semblent des sémaphores dérisoires, les lampadaires maintiennent un rachitique garde-à-vous.

Le badaud file et se faufile dans ce désordre et cette laideur tentant d’échapper aux tumultes automobiles.
Presqu’entier à sa peine, il renoncerait presque à risquer un regard alentour ; le laid installé semble avoir gagné la partie.  Mais le regard ne tient qu’un effort inconstant, il furète de sa prunelle, cherche quelques traces d’espoir.

L’espoir se tient prisonnier, encagé derrière une grille, rescapé des combats urbains.  Dans un jardin, un enclos, presqu’une charmille, la belle se tient, elle aussi prête à fuir.  Tout à sa beauté de pierre, elle se rhabille, comme surprise à sa toilette par la fureur.  D’une pudeur prise au dépourvu, elle étire sa péplos, se rajuste, guettant, inquiète, les regards malhonnêtes.

Retenu quelques secondes par tant de grâce farouche, le badaud, sage et docile, range ses yeux, replie son admiration et recale son pas vers de mornes horizons.

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