Odyssée 2021 (#263) – « Épidi…quoi ? »

– « Raoul, pour souhaiter la bienvenue à Aurélie, je vais tenter de construire un discours épidictique.  Qu’en penses-tu ? »
– « Épidi…quoi ? »
– « Épidictique.  C’est Aristote, un type intelligent du IVème siècle avant notre ère – excuse-moi, il ne faut plus dire avant Jésus-Christ pour ne pas froisser les « cis-bis-ter-pro-contre-néo-athée-laïc-non-binaire »- qui a inventé le concept.  En gros, il s’agit de faire un éloge. »
« Ben !  Vas-y Pierre-Henri !  Ça a l’air cool. »

Voilà le plan d’un discours épidictique : exorde, corps, péroraison et les dix topoï à respecter dans le corps de l’éloge :
. sa patrie
. sa famille
. les circonstances de sa naissance
. sa nature, c’est-à-dire ses qualités physiques, à la naissance ou adulte
. sa nourriture, c’est-à-dire la manière dont il a été élevé dans son enfance
. son éducation
. sa manière d’être, c’est-à-dire les qualités de caractère manifestées dans sa jeunesse
. ses actions, à la guerre puis dans la paix, avec l’illustration de ses qualités vertueuses de courage, de justice, de tempérance et d’intelligence (au sens de prudence)
. sa fortune, au sens de sa chance dans ses actions
. sa mort, si c’est pour un éloge funèbre

Essai de discours épidictique : « Aurélie »

L’« Aurélia » de là-haut est un astéroïde, une petite planète lointaine dans la galaxie. L’« Aurélie » d’ici-bas est une proche planète au centre de cette ataraxie*. « Aurélia » est découverte, on ne sait exactement quand, en 1896 ; « Aurélie » l’est, on le sait précisément, le 16 septembre 2021.
« Aurélia », vieille de plusieurs millions d’années, et « Aurélie », jeune d’une vingtaine d’années, partagent de briller comme l’or, discrètement d’abord, puis franchement en plein essor.

Presque personne – hormis les savants fous – ne connaît ni ne situe « Aurélia » ; son trophée est l’oubli.  Tous ici – compris les rhéteurs impétrants – considèrent et accueillent « Aurélie » ; sa gloire est d’être leur benjamine.

De l’une comme de l’autre, nul ne sait les origines, mais les fées, pour qu’elles brillent et se signalent à nous, ont dû se pencher sur leur naissance.
L’astrakan est la plus noble des parures pour une jeune fille aux allures d’agneau délicat.  La douceur fut certainement sa plus ancienne nourriture, tout en elle semble calme et modeste.  Mais l’œil est toujours mobile et l’ouïe toujours à l’affût ; on croit une mer tranquille, on découvre un esprit effervescent.  Pas de houle, l’épiderme longtemps reste lisse, mais le sourire, par vaguelettes opportunes, assure le mouvement.

Pour rejoindre notre assemblée, que de combats, d’assauts et des défaites ; mais jamais de retraites.  En 2019, elle vainc d’abord, à force de Freud, de Pavlov et de Piaget, une Licence en Psychologie.  Elle éprouve ses armes au cours d’un stage qui lui ouvre des horizons, ferraillant durant l’épreuve avec un acolyte qui, en dépit d’un corps défaillant, réveille en elle l’art de brandir la plume.  Horizons qui lui rappellent des amours anciennes : celles des mots, de l’encre et de la prose.
Se heurter au siège du Master en Création Littéraire aurait pu lasser son courage, mais barrée à la porte, elle tangente par la fenêtre du Service Civique, reprenant dès lors force et élan.  Leurrée par un autre Master des Métiers du Livre et de l’Édition, elle regimbe devant l’ennui, elle porte l’estoc à ces dérives vaines et stériles, pour rejoindre, énergie et optimisme en étendard, une L3 de Conseil en écriture professionnelle et privée – Écrivain Public.

Cette légion en promotion compte des prosateurs et des professeurs, des universitaires et des infirmières, des contrôleurs de gestion et des assistantes de direction ; que des grognards en formation.  Leur parure commune est le masque bleu porté haut à l’élastique.  Ils viennent, qui de Nanterre, qui de Dauphine, qui de Valence, qui de Crépy-en-Valois.  Avec comme seule devise : « Des mots, des stages et on vaincra ».

Voilà, ce qu’à peu près, ô « Aurélie », de toi se dit.  S’il y avait eu, avec un peu plus de matière, autant d’esprit, tu eusses, de plus belle manière, été servie.

*Tranquilité de l’âme

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