Odyssée 2021 (#308) – « Miroir d’automne »

Le doute n’est plus possible, l’automne est là. Le pavé lui tend même un miroir.

En ville l’automne prend une couleur tragique ; le bitume repeint tout en noir.  Courbé sous le parapluie, le ciel laissé à ses hymnes larmoyants, l’or des feuilles, leur beauté ultime dans une agonie solitaire ne renvoie aucun écho d’un renouveau possible.

Dans les chemins forestiers ou campagnards, l’automne ne cherche pas le reflet, il s’admet sans fard, il flamboie malgré l’inévitable trépas. Sur les sentiers, recouverts du même or, mais en masse unie, sans l’effet cosmétique funéraire des néons, tout évoque l’avenir ; le sol se couvre d’un chatoyant tapis dont l’éclat annonce, certes une mort, mais une mort glorieuse, une promesse de vie à nouveau vierge.

Sur le pavé, les arbres décharnés contemplent et pleurent les dépouilles clairsemées des feuilles comme des combattant isolés fauchés sur un champ de batailles. Des balayeurs, brancardiers de la ville sans sentiment pour ces condamnés, vont nettoyer tout cela promptement ; bientôt il n’y aura plus de traces, il n’y paraîtra rien.

En sous-bois, la mort avoue sans subterfuge sa véritable nature, les dépouilles jonchent le sol sans chercher de secours mais rassemble tout un peuple uni par un même dessein : devenir terreau, préparer et accueillir la génération à venir. L’hiver achèvera cette œuvre, grignotera et digérera toute cette charogne pour offrir tout un riche suc à la saison nouvelle.

Le doute n’est pas possible : dans l’automne, le printemps est déjà là. Mais le pavé, lui, ne connaît pas cette histoire.

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