Odyssée 2021 (#314) – « Le dormeur du val »

À la veille des célébrations du 11 Novembre, hécatombe humaine bien lointaine, cent trois ans déjà, il est un poème, né quarante-huit ans plus tôt des méninges de l’éternellement jeune Arthur Rimbaud, qui a traversé les siècles et ses guerres avec une redoutable permanence de vérité :

« C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

 Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

 Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

De la guerre de 1870, à celle de 1914, de la ligne Maginot à Diên Biên Phu, d’Uzbin à Barkhane, demeure une constante, celle du sacrifice silencieux des hommes, particulièrement celui des hommes jeunes, ceux, si nombreux, qu’un « trou de verdure », pour le prix de deux « trous rouges », unit dans la mort et dans la mémoire de ceux qui leur survivent.
« Le dormeur du val » est en poésie la tombe prémonitoire de tous les « Poilus », connus ou inconnus, de notre Histoire.

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