Odyssée 2021 (#316) – « Lysias exige de vous rencontrer »

Chère Amie,

J’espère que vous allez bien. Je partage avec vous quelques nouvelles. Il me faut vous raconter l’aventure d’une récente rencontre.

Je suis avec vous des cours de rhétorique, matière ardue, qui demande de manier le verbe avec dextérité et les preuves avec précision. Tout est affaire d’éthos, de pathos et de logos que l’on se trouve à un moment d’inventio qui place le cadre du discours : judiciaire, délibératif, ou épidictique ; à un moment de dispositio soit l’exorde où il s’agit de plaire à un auditoire précis et où tout erreur pourrait être fatale, soit la narration qui doit être claire, brève et crédible, soit la digression où, là, on peut introduire quelques blagues pour distraire l’auditoire, soit enfin la péroraison de style noble, tenu ou médium où doit s’enflammer toute la verve de l’élocutio pour achever de convaincre, de saouler ou d’endormir un auditoire qui n’en demandait pas tant et qui a hâte, comme l’orateur, d’en finir et d’aller boire un bock au comptoir.

Mais là n’est pas le cœur du sujet. L’autre samedi, journée de repos où raisonnablement toute activité doit avoir pour finalité de fuir les fantômes tenaces de la rhétorique, je perdais mes pas au musée du Louvre pour admirer une exposition : « Paris – Athènes — Naissance de la Grèce moderne 1675 ‐ 1919 », quand mon regard, admiratif devant tant de belles sculptures antiques, cilla à la lecture d’une inscription sur une pierre tombale : « Lysias », soit le nom du maître tout puissant de la rhétorique dont le « Discours pour l’invalide » hante mes nuits que je voudrais paisibles et sédimente mes pensées que je voudrais fluides.

L’effroi me saisit et je n’eus dès lors qu’une envie : fuir ce lieu bien que je n’en étais encore qu’au quart de la moitié de cette merveilleuse exposition. Alors que mes jambes et moi prenions des dispositions avec mon cou pour fuir, un gardien tapa sur mon épaule. C’était la droite il me semble.
Cet homme, qui, dans d’autres circonstances, m’aurait paru fort aimable, me dit d’un air navré : « Lysias exige de vous rencontrer ! »

Franchement, Chère Amie, je suis incapable de vous dire ce qu’il s’est passé ensuite. Mais, dans la chambre toute blanche et très lumineuse dont le seul défaut est d’avoir des fenêtres impossibles à ouvrir et une vue barrée par des choses noires appelées barreaux, je me sens désormais tout à fait tranquille et en sécurité. Les gens qui me rendent visite sont très attentionnés et me parlent en chuchotant. Ils insistent pour que je me repose.

J’espère avoir prochainement le plaisir de votre visite, d’ailleurs je parlais de vous à Lysias encore ce matin. Il est charmant, un peu bavard, on ne comprend pas tout ce qu’il dit, mais je pense qu’il vous plaira à vous aussi.

A très vite !

Amitié !

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