Odyssée 2021 (#350) – « Rêve débile »

Encore une fête des voisins sans moi. Je suis folle de rage. Quelle bande de merdeux snobinards !
Mais, tout à leur bêtise et à leur ivresse, ils n’ont jamais démasqué les mauvais tours que je leur joue. À chacune de ces soirées, je me déguise, je prends l’allure de l’un des jeunes de la résidence. Je deviens transformiste. Quel amusement !
J’enfile une robe, un pantalon, j’accessoirise le tout ; soit avec une perruque soit avec un chapeau, soit avec les deux. Je me maquille, j’arrange mes cheveux. Une fois métamorphosée et prête à jouer un rôle d’emprunt nourri de toutes mes observations de leur gestuelle, je frappe à la porte de l’un de ces voisins sans amitié qui reçoit ce soir-là. Je sais si bien y faire que, jusqu’à ce jour, personne ne m’a démasquée.

Ce soir, j’enrage plus que d’habitude. C’est le Réveillon et je suis seule, complètement seule devant ma télé avec ma tranche de truite saumonée. Ce soir, je les entends, avinés, hurler des tonnes de chansons dont celles de ma chanteuse préférée. Cela excite ma rage : c’est aussi la mienne, je la suis depuis des années.
Tiens donc ! Britney Spears va même donner un gala ce soir au Palais des Congrès. J’ai décidé d’aller loin, très loin ; de me venger de ce sort injuste et de leur jouer un mauvais tour. Je vais leur faire payer leur mépris, leur méchanceté à ne pas m’inviter.

Facile ! Britney Spears et moi avons la même silhouette, les mêmes cheveux. Soigneusement, je me transforme de pied en cap. Je sors de chez moi, je fais le tour de la résidence pour faire croire au hasard. Dans le hall Adèle du bâtiment C me rejoint. Elle ne fait pas attention. Avec elle, je gravis les étages. Je marque une halte de quelques secondes, le cœur battant, devant la porte du lieu où je vais commettre mon forfait. Elle sonne.
Alexandre, ce grand bellâtre imbécile nous ouvre la porte. Il la regarde, il me regarde et, de stupéfaction, ouvre grand sa bouche idiote en m’avisant ! L’Adèle aussi stoppe net. Arrêt sur image. Profitant de leur état, je rentre et renouvelle, au fil de mes pas, l’état de stupéfaction sur le visage de chaque fêtard. Seule la musique, au maximum, continuait de tambouriner aux murs de l’ambiance en pause. Ils étaient tous si pris de boisson qu’ils ne se rendaient absolument pas compte de la supercherie. En Britney Spears, je fais parfaitement illusion. Jusque-là, tout se passe comme prévu.

Un à un, ils reprennent vie. Ils se mettent à crier leur étonnement, leur joie. Soudain, le tube « Baby One More Time » résonne. Je connais parfaitement les paroles. Alors, je me lance dans un show qui rend les filles complètement vertes et les garçons complètement dingues. C’est un succès complet. Je signe des autographes, pose avec chacun pour des selfies.
Plus tard, je magouille que j’ai entendu l’échos de mes chansons en passant dans leur rue en voiture sur le chemin du Palais des Congrès où je dois donner un concert dans une heure. Je leur propose de me rejoindre et d’assister au concert en VIP. Je leur dis même qu’ils pourront me retrouver à la fin dans ma loge. Mais bien sûr qu’ils tombent dans le panneau ! Bien sûr qu’ils acceptent !

Les laissant à leur sidération, je retourne chez moi. Je me change pour enfiler mon pyjama moelleux. D’un œil perfide et mauvais, la chanson encore sur les lèvres, je regarde cette bande de joyeux imbéciles se précipiter vers leur moment de ridicule devant un Palais des Congrès illuminés aux couleurs de la fête des Anciens.

Sacrés crétins !

« Ahhhh !!! »
Sursaut ! En sueur ! Je remue un doigt, un autre, la main, pour accompagner ce bien mauvais réveil. Vilaine, la sensation boueuse dans laquelle je nage. Une autre vague, bien plus inconfortable, me submerge. Ma tête tape, mes yeux brûlent, mon foie pèse. J’ai la bouche pâteuse. Un à un les souvenirs reviennent. La soirée a été formidable ; j’ai battu le record de gin-tonics à la suite de la bande à Domi : 27 d’un coup.
Ce qui m’échappe, c’est ce qui s’est passé entre le vingt-septième et maintenant, entre le vingt-septième et mes tourments présents. Satanées beuveries ! Vraiment, rien que pour tous ces rêves complètement débiles, je ne recommencerai pas.

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