Odyssée 2021 (#353) – « Le temps du récit »

Ce qui est appréciable dans le cinéma proche-oriental, c’est sa capacité à raconter des histoires, à prendre le temps du récit. En l’occurrence Un Héros de l’Iranien Asghar Farhadi, s’il n’est pas exempt de défauts dans la fluidité de sa construction, en est un bon exemple. En creux, on retrouve une critique sans équivoque de la société iranienne, mais ses points de vue-là, le metteur en scène ne les impose pas ; il ne donne pas de leçon, il suggère. Le spectateur n’est pas, comme désormais dans le cinéma occidental, pris en otage d’une idéologie. Il prend ce qu’il peut et surtout ce qu’il veut.

Emprisonné pour dettes, Rahim a droit à deux jours de permission où il va tenter de revendre des pièces d’or trouvées au fond d’un sac perdu, ce qui lui permettrait de rembourser son créancier qui retirerait sa plainte. Mais, pris de remords, il s’ingénie à retrouver la propriétaire du sac à main. La beauté de ce geste lui vaut un moment de gloire médiatique et numérique avant que le doute, semé par les réseaux sociaux, ne le rattrape, ne le submerge et ne l’accule à toutes les zones d’ombre de son récit. Son honneur en jeu, il n’aura d’autres choix que de retourner purger l’intégralité de sa peine après avoir tant espéré y échapper et filer l’amour avec la belle orthophoniste qui soigne son fils.

Amir Jadidi, alias Rahim Soltani, joue remarquablement le rôle du héros en lutte contre un mauvais sort dont il assume, pas à pas dans le film, la responsabilité. On est toujours rattrapé par ses mensonges et cela, l’histoire le démontre magistralement. La valeur morale d’un acte ne vaut pas seulement en raison de l’acte lui-même, il vaut aussi tout le chemin qui y a conduit et l’authenticité des intentions qui l’ont porté. C’est le chemin tortueux choisi qui perd Rahim Soltani, c’est l’authenticité de ses intentions qui le sauve.

Il ne faudrait pas passer sous silence la qualité des décors dans le film. À aucun moment, on ne se sent ailleurs qu’en Iran ; on est accueilli dans les familles, on partage les repas, on respire l’air de la ville embouteillée, on est happé par l’ambiance de la prison.

Il se peut qu’à certain moment le temps paraisse long, que certaines lourdeurs gênent. Cela vient moins de la qualité du scénario et plus de l’impatience du regard occidental habitué aux raccourcis, aux lieux communs et de sa paresse à détailler les histoires pour comprendre toutes les nuances de ses enjeux.

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