« Flâneries 2023 » – # 2 – « Vœux rêvés »

Fut une époque où, chaque nouvel an, je choisissais avec soin, parfois je créais moi-même, de jolies cartes de vœux et je m’ingéniais à écrire, dans le souci du détail personnel qui touche au cœur et fait plaisir, des dizaines de cartes de bonne année. Fut une fin de mois de janvier où, certainement très désœuvrée, je comptabilisais les réponses, pardon, les rares réponses, et trouvais que le compte n’y était pas. Alors, je décidais de changer de méthode et de réserver mes bons souhaits à un comité plus restreint que cela toucherait vraiment. Peut-être que l’absence de réponse témoignait de la médiocrité de certains de mes messages ; il faut quand même aussi se mettre un peu en cause.

Convaincre demande une certaine constance dans la force des arguments, une sincérité viscérale qui ne s’apprend ni dans les livres, ni dans les amphithéâtres, mais dans l’épaisseur véritable du lien noué avec ceux auxquels on s’adresse. Sinon, c’est de la politesse sans âme, du mécanisme politique.

C’est tout un art d’écrire, de souhaiter, de jouer la bonne corde, d’atteindre le destinataire au cœur avec des mots précis. Il faut, dès la salutation, faire mouche, en s’adressant à ce qu’il est, à sa nature ; faire acte de reconnaissance. Cela suppose, en amont, de bien cerner son correspondant, de faire appel au connu que l’on a de lui, au partagé que l’on a vécu avec lui, aussi ténue cette connaissance ou cette familiarité soit-elle. Le temps ne fait rien à l’affaire ; on peut passer des années au milieu d’une communauté, à côté de personnes sans les connaître vraiment, sinon à la marge, qu’avec des clichés, des fiches, des images-potemkine et des tableurs, en ne tissant de liens que d’oukases et de railleries lancées à la volée, sans précaution.

Oui, l’authenticité des vœux s’évalue dès l’adresse parce que la suite, le contenu lui-même, s’y inscrit, dans une rhétorique de vraisemblance : « je te nomme, c’est réellement à toi que je m’adresse, tous mes arguments iront dans ton sens et montreront combien je cherche, par mes vœux, à te confirmer mon attachement, mon souci de toi, de ce que tu es réellement ».

L’authenticité des vœux se centre sur les qualités de la personne, elle les valorise, les célèbre, les chante, comme une louange discrète, comme la création d’un refrain entraînant que le récipiendaire gardera autant en mémoire qu’au cœur, tout au long des trois cent soixante-cinq jours à venir ; une vitamine à mèche lente en somme : « mes chers amis, mon cher pays, à chacun, là où il vit, dans nos douces campagnes aux paysages dessinés de mille ans, au bord de nos lagons sublimes, au pied de nos hauts sommets enneigés, j’adresse des remerciements pour tout le soin que vous portez à rendre la vie de tous agréable. Ces merveilles, nos paysages, nos sites historiques, nos us et coutumes, notre langue, sont le ciment qui nous unit dans une Histoire commune dont nous ne pouvons qu’être fiers. »

L’authenticité des vœux, enfin, ne permet pas le dénigrement, la comparaison et l’asservissement, l’inféodation, à des ressources extérieures. Il y a, en cette matière, des syntaxes qui ne trompent personne. Offrir des vœux ne doit pas revenir à une leçon de morale, d’autant moins si l’auteur du discours n’en offre pas lui-même toutes les garanties, est sujet, personnellement et au plus proche, à caution.

Mais ce ne sont là, hélas, que des vœux rêvés !

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