« Flâneries 2023 » – # 8 – « Des liens étroits »

Lorsque l’on ne connaît rien, ou si peu, sur un sujet, un film comme « Caravage » ne peut qu’y remédier. Sous forme d’enquête – pontificale tout de même – la vie de ce grand peintre milanais, italien doit-on simplifier aujourd’hui, nous est restituée, non sans quelques entorses à la vérité puisqu’il n’est pas mort assassiné par vengeance d’un duel gagné par l’épée contre l’un des opposants les plus acharnés à son art, mais très probablement de la syphilis et autres maladies honteuses contractées au fil d’une vie très éloignée de son thème de prédilection : l’illustration de scènes des Évangiles.

Le plus étonnant, et le plus satisfaisant, comblement de lacunes d’une culture générale toujours trop sommaire quoi qu’on fasse pour y pallier, ce sont les liens étroits entre Le Caravage et Saint-Philippe Néri, fondateur de l’ordre des Oratoriens. On ne peut imaginer deux personnages plus opposés : l’un, Saint-Philippe Néri, plein d’humour, conciliateur zélé d’un catholicisme troublée par l’avancée des idées de la Réforme, l’autre, au verbe ravageur et bravache, pourfendeur d’une tradition picturale bien trop obéissante aux injonctions esthétiques imposées par la Papauté, ses prélats et ses dogmes.

Ce qui semble les rapprocher, c’est la proximité avec le vrai non seulement de la foi, mais aussi des Écritures, c’est-à-dire les plus humbles, les plus pauvres et les marginaux : les exclus de toute société quelle qu’en soit l’époque. Saint-Philippe Néri, comme Oratorien, et Le Caravage, comme peintre, ont fait leurs les principes, d’ailleurs développés par le Concile de Trente qui cherchait à renouveler les dogmes pour pouvoir affronter la Réforme, de simplicité au cœur de laquelle s’illustre le souci des plus pauvres. Le Religieux vivra au milieu d’eux, notamment à La Sapienza, sorte d’esquisse des futurs hospices, le Peintre y trouvera ses modèles.

L’un et l’autre introduisent ainsi une incise dans la Tradition qui voulait que seul le Clergé ait accès aux Textes, ait le droit de les étudier et de les commenter. Ils s’appuyaient sur une lecture en vérité des Évangiles dont l’Église d’alors semblait oublier que leur matière première, le sens même de la marche et du sacrifice du Christ, était justement les plus humbles, les plus pauvres et les marginaux : les exclus.
Il suffit de relire le chapitre 37 de l’Évangile de Saint-Luc pour corroborer la Parole du Christ. Jésus y accueille et pardonne « une femme pêcheresse », autrement dit une prostituée.

C’est un petit refrain scandé tout au long du film par Le Caravage, dont on ne sait s’il est apocryphe ou véridique, qui résume peut être le mieux la vocations des deux hommes : « l’amour peut tout ».

Sinon, avec Louis Garrel et Isabelle Huppert dans les rôles principaux, c’est un bien agréable film où l’on ne s’ennuie pas une minute.

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