« Flâneries 2023 » – # 9 – « Quand tu écouteras cette chanson »


Travail réalisé en atelier d’écriture avec des compagnons de la nuit, ceux qui n’ont pas forcément d’abri. « Quand tu écouteras cette chanson » en fut la proposition.

« C’est une chanson, qui nous ressemble. » Voilà la première mélodie, les premières paroles qui viennent à l’esprit.
Chaque moment de vie résonne d’une musique précise, particulière. C’est toujours, à la réentendre, une évocation sentimentale, heureuse, gaie ; peut-être triste ; souvent nostalgique.
« Et la mer efface sur le sable, le pas des amants désunis. » Yves Montand oublie que la musique, elle, ne s’efface pas, aussi facilement ; elle n’efface rien. Une simple note et tout ressurgit, se réécrit ; chante de nouveau.

Par exemple, les quatre ou cinq premiers accords d’In the Mood de Glenn Miller sont reconnaissables entre mille et projettent instantanément des images de pistes de danse, dans les rues à la Libération de Paris, les GI’s, de jolies filles aux robes à fleurs bleues, à fleurs bleu-blanc-rouge, se débauchant dans un rock endiablé. Cette pièce, un peu jazz, un peu swing, avec son amorce tonitruante à la trompette, ne fait pas hésiter une seconde : elle met en joie, elle met en mouvement. Cet hymne balaie la tristesse, chasse la timidité, pousse les garçons à aller inviter les filles et celles-ci à accepter, à poser leur main dans celle qui s’offre à elle.
Imagine-t-on tous ces gens, nos parents, nos grands-parents, jeunes et moins jeunes, privés de tout pendant quatre ans, de tout sauf de peur, cette chappe amoindrissante, angoissante, faite de rationnements, de couvre-feu, de rafles, de pelotons d’exécution, de sirènes et de courses-aux-abris, qui, soudain, ne redoutent, presque, plus rien ?

In the Mood a plein de petites sœurs, toutes aussi gaies ; quelque unes plus tristes parfois comme La petite fille et la merde Vangelis qui, dès le premier accord, vous tire plus de larmes que vous ne pensiez en avoir en réserve.
Des chansons, il y en a cent, il y en a mille et toujours une qui adopte la bonne couleur de l’émotion ressentie, fait écho à l’humeur du moment ; qui y ressemble, qui nous ressemble. Parce qu’au fait, ce sont des hommes, comme toi, comme nous, qui les composent.
Alors, quand tu écouteras cette chanson, tu te rappelleras, que, généreusement, elle a aussi été écrite pour toi.
Mais oui, pour toi !

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