« Flâneries 2023 » – # 11 – « Par une nuit de pleine lune »


Travail réalisé en atelier d’écriture avec des compagnons de la nuit, ceux qui n’ont pas forcément d’abri. « Par une nuit de pleine lune » en fut la proposition.

Le miracle qui se produisit à ce moment-là, l’enfant ne l’attendait pas. Il passa de l’immobilité de la peur à l’immobilité de l’étonnement.

La peur, le noir si profond, à force, l’avait figé tout entier. Il s’était arrêté, au milieu de l’ombre, sans plus aucun repère. Quoi que ses yeux balaient, droite, gauche, il ne distinguait presque rien, sinon un rideau d’encre épaisse, visqueux, derrière lequel de vagues formes informes se devinaient. Toutes immenses, toutes mouvantes, ondulantes ; toutes indiscernables et menaçantes. Peut-être même que les nuages, caméléons, complices, avaient pris la teinte du ciel, avaient tout pris : les étoiles, la lune ; et le petit courage, là, au milieu de nulle part, haut comme trois pommes.

Pourtant, au début, il en avait eu, du courage. Il s’était retrouvé seul, en ville, au milieu de la fête. Il s’était perdu, on l’avait oublié. Alors, il avait décidé de rentrer. Il avait fait le fier, il croyait que cela serait facile. Cela l’avait été, tant qu’il y avait eu les lueurs de la ville, les réverbères de la route, d’abord rapprochés, de plus en plus espacés, jusqu’à ne plus éclairer, à ne laisser place qu’au noir le plus intense. Puis ce fut la campagne, le maquis, le chemin gris. Tout à coup, tout s’assombrit, s’éteignit. Le petit homme s’arrêta. Là, il n’y avait plus de courage du tout, cela n’avait pas tenu. Qu’est-ce que le temps dans ce cas-là, lorsque l’on est aussi petit que cela. Tout dure trop longtemps, tout paraît trop grand, trop seul. La salive est difficile à avaler, un froid cisaillant parcourt le dos ; les mains se croisent sous les bras pour ne pas trembler, pour offrir un illusoire bouclier. Chaque pas est un hasard, une avancée dans un vide qui dévore.

Timidement d’abord, puissamment ensuite, la lune étira son voile, repoussant un à un chaque nuage. Tout alentours retrouva sa place, retrouva un charme. Indiciblement d’abord, franchement ensuite, l’enfant réveilla un à un chacun de ses sens. La lune, pleine, rayonnante, lui rendit son mouvement. Le chemin, qui avait toujours été là, seulement pris dans les filets de la peur, miracle, s’allongea à nouveau devant lui. À quelques pas, la maison lui tendait les bras. Alors, propulsé par ce miracle de lumière, cet aimant de joie, il s’élança.

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