« Flâneries 2023 » – # 24 – « Quand ton éditrice t’appelle ! »


Il y a des jours de convergence des nouvelles, graduées de pas mal à très bonnes, des réponses, des solutions, des dénouements, à des doutes, à des difficultés, à des brouillaminis. Tout ne peut se résoudre en un claquement de doigts, il faut de la patience en tout temps, particulièrement lorsque l’on admet que tout ce que l’on pouvait mettre en œuvre pour achever un projet l’a été. La patience dans ce système revient à comprendre que tout ne dépend pas de soi seul, que sa notion de temps n’est pas celle des autres qui, de leur côté, doivent tenir compte de semblables contingences matérielles et humaines.

Par exemple, une pige, écrite il y a bien des semaines, envoyée pile à l’heure pour s’inscrire dans le bouclage du numéro du mois suivant, peut disparaître des écrans ; arbitrage de contenu : rien à y faire, cela ne dépend pas de toi. Tu te voues à autre chose, le train-train et d’autres occupations t’absorbent et le souvenir de la fameuse pige s’évanouit dans les labyrinthe poussiéreux de ta mémoire. Il s’y fond, il semble y avoir disparu.

Alors, quand le téléphone sonne et que s’affiche un nom bien connu qui prend en une fraction de seconde les apparences d’un sésame magique, tout refait surface et une belle lumière éclaire aussitôt tout ton mental. « On a repris votre article d’octobre et on voulait valider avec vous sa publication dans le numéro de février. » Quand ton éditrice t’appelle pour annoncer cela, tout ce que tu n’osais pas nommer cafard visqueux du doute s’efface comme si cela n’avait jamais existé.

Au même moment, dans ta messagerie, une pièce jointe attire ton attention, ce sont des photos, le résultat d’une séance de prises où tu t’es beaucoup amusé, dont le souvenir irrigue l’esprit des rires, des sourires qui l’ont accompagnée. Alors, tu dois admettre que la pige, elle aussi soi-disant remisée aux oubliettes, comme des dizaines de petites et grandes contradictions qui s’ajoutent les unes aux autres comme des perles à un collier sans fin, étranglait l’optimisme, pesait quand même son poids et contribuait à tes petits pics de découragement.

Tu regardes avec soins la planche contact. Un peu mégalomane, ton imagination, nourrie de la fierté du coup de fil, ragaillardie de grains d’estime photographique tout neufs, tu recomposes un avenir, tu te galvanises. Finalement tu réalises que toutes ces petites déceptions n’étaient que passagères, qu’elles étaient des réalisations auxquelles tu tenais, mais qu’elles n’attendaient que leur heure, que la conjonction de ton temps et de celui des autres et qu’un jour, prises dans un rouage impalpable mais vertueux, elles tiendront, une par une, quand tu t’y attendras le moins, toute leurs promesses.

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