Odyssée 2021 (#32) – « Le temps d’un rayon »

Mornes journées qui sont les nôtres ces jours-ci, tant une météo détestable s’accroche à elles.

Nous pourrions chanter en refrain ces merveilleux vers :

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; »

Pour accentuer cette couleur maussade, ce gris tenace, qui tapisse nos journées.

La résilience trouve cependant toujours des ressources pour se réamorcer.  La ressource du jour fut ce rayon de soleil, fugace, fulgurant même, qui a illuminé un instant un bouquet d’arbres encore dépouillés par l’hiver de leurs plus beaux atours.
Instant si bref que je n’ai pu en saisir que le dernier sursaut, le halo furtif d’un rayon de soleil.

Le temps d’un rayon, le gris a perdu autant sa superbe que son obstination à user nos esprits.
La lumière, sans qu’on y prenne vraiment garde, reprend ses droits un peu chaque jour.  Le printemps gagne doucement ses nouveaux galons, à coup de pochades, d’incursions de plus en plus osées et de plus en plus précises.
Le vieux Maréchal Hiver compte déjà les jours qui lui restent encore à soutenir le siège.  Ses réserves s’amenuisent, ses forces déclinent.

Il se peut même qu’il se rende bientôt sans chercher à combattre.

Odyssée 2021 (#26) – « Tout est bien qui sent mauvais »

Habituellement, les histoires se terminent par :
– « Tout est bien qui finit bien. »
Ici, l’histoire se termine sans changer la statistique : bien.
À la nuance près que, les héros de l’épopée ne sont ni des bergères ni des princes charmants mais tout ce qui, dans nos campagnes, produit naturellement du bruit et surtout tout ce qui, tout aussi naturellement, pue.

Le Parlement français a adopté définitivement jeudi 21 janvier, une loi protégeant tout ce qui piaille, coasse, braie, meugle et surtout tout ce qui schlingue.  Les sons et odeurs caractérisant les espaces naturels entrent désormais dans le code de l’environnement.
Les fermes, les centres équestres et autres basses-cours peuvent à nouveau exhaler et exulter sans crainte des tribunaux.

Cela me rappelle une petite chronique que j’avais écrite en septembre 2019 à propos du coq Maurice.  Là, c’était pour son chant.  Je prévoyais alors, la victoire des gallinacés.  Dont acte !

Aujourd’hui, c’est de Gaspard dont il s’agit, précisément de « Gaspard qui pue », une histoire pour enfants qu’il faut avoir lue ou entendue au moins une fois dans sa vie, tant elle est à la fois cruelle, drôle et tendre.

En quelques mots, la vie de Gaspard, un petit bouc, est un enfer car le fumet entêtant qu’il dégage provoque le rejet de tout le monde.  Tous le mettent au ban.
Jusqu’à ce que, à l’issue d’un combat singulier contre un loup sanguinaire et vorace, où il fit montre de tout le courage de ses cornes acérées et, surtout, de toute la puissance de ses phéromones nauséabondes, il sauve d’une mort certaine une ravissante demoiselle-chèvre.

Mais là n’est pas le plus beau de l’histoire.
La belle issue, c’est lorsque la délicate biquette aux yeux verts, tout juste remise de ses émotions, avoue le charme envoûtant dont elle est saisie par le remugle de ce pauvre bouc jusque-là rejeté par tous.

Vous voyez, le bonheur est plein d’odeurs !
« Tout est bien qui sent mauvais »

« C’est l’hymne de nos campagnes
De nos rivières, de nos montagnes
De la vie man, du monde animal
Crie-le bien fort, use tes cordes vocales! »

365 Nuances de 2019 – #354 – «La force discrète»

Un billet, court, chaque jour.

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Malgré une rame bondée, j’ai réussi à lire un article du « Point », un portrait de la chercheuse franco-américaine, Nathalie Cabrol, exploratrice, astrobiologiste et géologue.
Une femme hors-norme qui étudie, aux quatre coins de la planète, des milieux extrêmes qui pourraient permettre, par leur nature particulière et millénaire, de déduire et de corroborer la possibilité d’autres vies sur d’autres planètes.

Notions de temps et notion de résilience y sont égrenées.
– « Il a fallu trois milliards d’années pour que la Terre développe une vie  complexe ; les humains en tant qu’espèce ont seulement quelques millions d’années, et la capacité de voyager en dehors de la Terre date d’il y a seulement un peu plus de soixante-dix ans. »
– « La planète n’est pas en danger.  Elle se remettra de tout ce que nous pouvons lui imposer.  Ce qui est en danger, c’est l’environnement bénéfique au développement de notre espèce. »

De la lecture à l’illustration concrète.
Fraîchement sortie de la bouche de métro.

Pour la notion de temps.
Il m’a fallu 10 minutes de métro pour rejoindre le point à partir duquel la RATP me permet de Rentrer Avec T(m)es Pieds.
Si l’on devait, pour échapper à ces emmerdements, se réfugier sur « Proxima B », il nous faudrait 4, 25 années-lumière.
Soit, au minimum vingt-ans.
Ce n’est pas gagné !  Il faut donc s’y colleter coûte que coûte !

Pour la notion de résilience.
En une fraction de seconde, avant de m’élancer,  j’ai pu vérifier sur pied, et au pied d’un piquet, le bien-fondé de ces propos sur la capacité de la terre à nous survivre.
Il est clair que cette touffe d’herbe, fruit de graines échappées d’un néant stérile, poussées par la force d’un vent altruiste, a une histoire, une généalogie bien plus ancienne que la mienne.  Et une santé qui force mon admiration.
Pourrais-je survivre avec si peu de matières nutricières, entourés d’autant d’agents de piétinement hostiles et soumis en continu à autant de gaz polluants ?

Non.  Certainement non.
Quand je serai poussière, quelques pieds sous terre, d’autres graines, échappées d’un autre néant stérile, poussées par la force d’un autre vent altruiste, se régaleront de mes restes.

C’est cela la force discrète, la force tranquille.
Les forces incontournables d’une belle leçon d’humilité ou d’utilité.
Deux philosophies.
Deux autres notions.
C’est selon … !

365 Nuances de 2019 – #341 – «Un menu sans plastique, s’il vous plaît !»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Aujourd’hui, en allant, banalement, comme des milliers de personnes, chercher de quoi déjeuner, j’ai observé, soupesant mes achats, le fait qu’il y avait là, en poids, plus d’emballages que de nourriture.

Le bol était en carton recyclable, mais le couvercle était en plastique.
Le sac était en papier, mais la doublure en plastique.

Pas de couverts.
Depuis un long moment déjà, je les refuse, même ceux en bois.

« Avec ce que vous avez pris, vous avez droit au menu avec une boisson ! »
Une boisson ?
Dans une bouteille ?  Dans une canette ?  Dans un flacon en plastique ?

Alors, encore un peu de plastique.
De quoi réduire à néant, l’effort acquis d’avoir choisi d’utiliser une gourde pour éviter les bouteilles jetables.

En reprenant le chemin du bureau, j’observais le ballet cyclomotorisé des livreurs des grandes enseignes de la nouvelle économie.
Là encore, des sacs, des paquets lourdement remplis de plastique.

Sur le chemin, des dizaines d’autres personnes, poches en main, ramenaient sur leur lieu de travail, comme moi, de quoi se restaurer.

Emballages, barquettes, boîtes.
Couverts en plastique.
Mélangeurs en plastique.
Serviettes en papier.
Sacs en tout genre.
Tubes ou flacons de vinaigrette.
Etuis à sauce.
Film étirable.
Aluminium.

Comment faire autrement ?

Préparer une gamelle le matin avant de partir ?
Se résoudre à la cantine ?
Retrouver le plaisir de s’attabler dans un petit boui-boui ?
S’asseoir de nouveau devant une vraie assiette, de vrais couverts ?  Durables.

Il va me falloir faire autrement.
« Un menu sans plastique, s’il vous plaît ! »

365 Nuances de 2019 – #263 – «Bulle sauvage »

Un billet, court, chaque jour.

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Il paraît qu’ici, il y avait un terrain de golf.
C’est ce que la carte d’état-major indique.

Ce qu’elle n’indique pas, cette carte, c’est combien de temps il a fallu à la nature, à la végétation, pour reprendre ses droits.
À la première vue de ce capharnaüm végétal : un long temps.
Mais en observant cette presque jungle un peu plus attentivement, malgré l’imbrication, l’enchevêtrement prononcé des ronces et autres herbes folles, on comprend que la reprise en liane du terrain, le ré-enracinement vont vite.

Sans intervention, sans la main autoritaire de l’homme, la nature ne s’encombre pas de perspective, d’ordre, de symétrie, d’équilibre.
Elle prospère, se répand, s’agrippe, s’immisce ; colonise sans état d’âme.

La nature, sans frein, ne se soucie pas d’esthétique.  Elle ne fait pas paysage.
C’est l’Homme, la chaîne ininterrompue d’Hommes, qui a conçu le principe, la notion, la discipline de paysage.

Pays sage.

L’homme, par son travail, son labeur, a donné des lettres de noblesse à un univers végétal plutôt brutal, où règne la loi de l’espèce la plus forte, la plus dominatrice.
Il a cadré cette entropie naturelle, pour s’y sentir en sécurité, pour pouvoir s’y donner une place viable.

Ce lieu, cette bulle sauvage, presque sauvage, est situé à quelques petites encablures du centre de Paris, mais il montre comment, quand on cesse de réguler un processus, quand l’Homme n’impose pas un point d’équilibre, la partie est rapidement perdue.