365 Nuances de 2019 – #263 – «Bulle sauvage »

Un billet, court, chaque jour.

IMG_6025

Il paraît qu’ici, il y avait un terrain de golf.
C’est ce que la carte d’état-major indique.

Ce qu’elle n’indique pas, cette carte, c’est combien de temps il a fallu à la nature, à la végétation, pour reprendre ses droits.
À la première vue de ce capharnaüm végétal : un long temps.
Mais en observant cette presque jungle un peu plus attentivement, malgré l’imbrication, l’enchevêtrement prononcé des ronces et autres herbes folles, on comprend que la reprise en liane du terrain, le ré-enracinement vont vite.

Sans intervention, sans la main autoritaire de l’homme, la nature ne s’encombre pas de perspective, d’ordre, de symétrie, d’équilibre.
Elle prospère, se répand, s’agrippe, s’immisce ; colonise sans état d’âme.

La nature, sans frein, ne se soucie pas d’esthétique.  Elle ne fait pas paysage.
C’est l’Homme, la chaîne ininterrompue d’Hommes, qui a conçu le principe, la notion, la discipline de paysage.

Pays sage.

L’homme, par son travail, son labeur, a donné des lettres de noblesse à un univers végétal plutôt brutal, où règne la loi de l’espèce la plus forte, la plus dominatrice.
Il a cadré cette entropie naturelle, pour s’y sentir en sécurité, pour pouvoir s’y donner une place viable.

Ce lieu, cette bulle sauvage, presque sauvage, est situé à quelques petites encablures du centre de Paris, mais il montre comment, quand on cesse de réguler un processus, quand l’Homme n’impose pas un point d’équilibre, la partie est rapidement perdue.

365 Nuances de 2019 – #241 – «S’il y avait d’autres procès à intenter ?»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre.png

Le 23 septembre dernier, « Greta Thunberg et 15 autres jeunes, âgés de 8 à 17 ans et venus de 12 pays, ont annoncé, en marge du sommet sur le climat à l’ONU, vouloir intenter une action en justice contre cinq États. Les activistes visent les (soi-disant) pays pollueurs suivants : la France, l’Allemagne, l’Argentine, le Brésil et la Turquie. ».

Encore faudrait-il que la France accepte de donner son consentement à l’ouverture de l’enquête ; consentement qui entre dans les pré-requis de la convention CIDE !
Dans un des protocoles complémentaires, il est indiqué ceci : « la possibilité, pour les enfants, d’exercer un recours auprès d’une instance internationale en cas de violation de leurs droits qui ne serait pas résolue par les recours internes à chaque Etat. »

Teneur de la plainte : « Ces pays sont parmi les plus polluants et accélèrent le réchauffement climatique. Aucun de ces cinq Etats ne fait ce qu’il faudrait pour contenir le réchauffement entre 1,5 et 2 degrés Celsius. Il est toutefois évident que l’ensemble des pays doit travailler ensemble sur ce problème, …»

Selon l’Université de Yale, la France est le deuxième pays le plus écologiste au monde, celui qui produit le moins de CO2.

Je n’irai pas par quatre chemins.

Un : je suggère tout simplement la loi du boomerang : intenter un procès à Greta Thunberg et aux 15 autres jeunes pour diffamation.
À force de porter aux nues ces jeunes suppôts de l’écologisme, ils en perdent tout sens commun ; en fait, ils agitent d’irrationnels chiffons rouges, en visant les puissances mondiales emblématiques.
Les Français, leurs représentants politiques, n’ont pas besoin d’une gamine pour prendre la mesure des urgences de climat et de biodiversité de la planète.  Au contraire, les Français ont une haute conscience de ces enjeux.

Deux : sans doute Greta Thunberg et ses acolytes pourraient-ils tourner le regard vers tous ces pays à l’économie conquérante et prédatrice, vers tous ces pays qui laissent leur démographie galoper et leur intenter des procès.
Il y a là des impérialismes de prédation qui ne disent pas leur nom mais qui spolient bel et bien nombre d’autochtones d’une industrie vivrière.
Il y a là quantité d’enfants mal nourris, mal soignés, totalement éloignés de toute forme de scolarisation, exploités sous différentes formes.
Je suis certaine que ces enfants aimeraient que des voix aussi messianiques prennent leur défense.

Trois : Greta Thunberg est mineure et semble être affectée du syndrome d’Asperger.  Il s’agit donc d’une mineure fragile.
Peu importe cette fragilité ou particularité, même si cette condition pose la question de son autonomie de jugement et de la manière dont son entourage en fait usage, il n’en reste pas moins que, avec ou sans influence, vu l’article 13 de la Convention internationale des droits de l’enfant, elle ne peut pas tout se permettre.

Je cite :
1 – L’enfant a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen du choix de l’enfant.
2 – L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions qui sont prescrites par la loi et qui sont nécessaires :
a – au respect des droits ou de la réputation d’autrui ; ou

b – à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la santé ou de la moralité publiques.

Même adoubée par les plus grands de ce monde, il n’est pas possible de laisser bafouer ainsi nos droits, notre réputation et de permettre, à une jeune Suédoise, issue de l’un des pays les plus riches au monde, où le souci de l’enfant est l’un des plus respecté, de porter atteinte à notre ordre public, à notre santé et à notre moralité.

Tous ces aspects sont déjà suffisamment bien malmenés de l’intérieur pour qu’une mineure sans mandat, non élue vienne nous faire la leçon.

 

365 Nuances de 2019 – #227 – «Se promener dans un tableau»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Claude Monet a ouvert la porte de la maison de Giverny en 1883.  Ce lieu, la maison, le jardin, qu’il a façonnés selon sa créativité prolifique, sont alors devenus les ressources principales de son œuvre.

Au fil des allées, le souvenir de quelques toiles surgit et donne l’impression de se promener dans un tableau.

Le bruit de la route, qui traverse le jardin, ne parvient pas à se faire oublier.  Il est omniprésent.
Cette gêne mise de côté, on s’aperçoit malgré tout qu’il règne dans le jardin une forme de silence. C’est d’ailleurs amusant de réaliser que tous les visiteurs semblent soucieux de cette discrétion.
Même les enfants sont sous le charme de cette exubérance.

Septembre, à quelques jours de la fin de l’été, tous les recoins de ce paradis impressionniste, foisonnent de poésie.  La poésie s’attache à chaque pétale.
Claude Monet était perfectionniste, il se passionna pour l’horticulture, il travailla ou lui-même ou aidé de nombreux jardiniers pour composer, jouant des textures, des volumes et des effets de lumière au gré des heures et des saisons, des alcôves naturelles uniques pour l’inspiration.

La maison, où déferlent les vagues bleues soulevées par le pinceau d’Hokusai, permet de comprendre les inspirations lointaines de l’artiste.
Le jardin permet de saisir la proximité quotidienne de l’autre part de cette inspiration ; là, juste là, tout autour, pour un regard jamais lassé de la pose instinctive des choses, de l’enlacement sans cesse renouvelé des fleurs et de la lumière.

Chaque saison réinvente l’esthétique des sujets ; fleurs, arbres flamboient au gré des variations lumineuses, se mirent dans l’eau des étangs tranquilles.
Seuls les ponts japonais, géométriques, disciplinent sans tapage cet ensemble foisonnant.

365 Nuances de 2019 – #216 – «Maurice a gagné (… et ce n’est pas fini) !»

Un billet, court, chaque jour.

Cocorico !

Tous nos clochers de villages doivent en avoir recouvré leur scintillant et ce, de leur anse jusqu’à leurs panses, mais aussi toutes les tonitruantes envolées de leurs voix.

Tout comme « Maurice » peut continuer à pousser la sienne, de voix !  Sa voix ou son chant de vainqueur en l’occurrence ici ; demain, comme aujourd’hui et comme depuis que son espèce existe.

C’est donc « Maurice » et son heureuse propriétaire, Corinne Fesseau, qui ouvrent la voie avec le jugement de bon sens – enfin – rendu par le Tribunal Correctionnel de Rochefort ; il y a des bruits à ne pas effacer !

C’est la victoire du coq pour tous ses frères gallinacés !
Mais pas que !
Ce n’est pas fini !  Il y en a pas mal des bruits à remettre aux normes pour mettre les râleurs au pas.

Matines, angélus et chants des coqs sont à prendre.  Ou à laisser.
La ruralité se conjugue avec certains charmes auxquels les rurbains et autres bobos pourraient s’adapter comme ils se sont adaptés à leur jus d’herbe à chat et à leurs jardins communautaires.

Il faut que je communique immédiatement cette bonne nouvelle à Brunette et Marguerite, mes deux jolies vaches montagnardes du Chinaillon, qui comme tous leurs amis à poils, plumes et autres épidermes, s’inquiétaient de leur sort, de celui de leurs clarines et de leurs jolies voix.

365 Nuances de 2019 – #210 – «Environ 385 millions d’années»

Un billet, court, chaque jour.

Conseil : réserver vos places pour l’exposition à l’avance.

NOUS-LES-ARBRES_4194641962815888177

Les premiers fossiles d’arbres connus sont datés d’il y a environ 385 millions d’années.
Le genre « homo » est apparu il y a environ 3 millions d’années.

Parmi les travaux présentés, un humble dessin retient l’attention : celui du botaniste Francis Hallé. Dans un croquis de végétation amazonienne, au cœur de la représentation de la densité verte, il insère la silhouette d’un homme au milieu de la profusion.
D’une hauteur maximum de deux mètres dans des hauteurs d’arbres dépassant 30 mètres, l’homme y semble une fourmi.

Le repère chronologique et ce dessin mettent en perspective la taille de l’homme et celle des arbres.
L’arbre domine l’homme de bien des façons.

Plus loin, un assemblage d’outils – dents d’acier, manches de bois – envahit tout un pan de mur.
Juste à côté, un autre pan de mur rassemble des ex-voto sculptés dans le bois ; ex-voto issus des traditions religieuses brésiliennes en remerciements de guérisons miraculeuses.

Entre outils qui symbolisent la soumission du végétal et objets de culte qui lui rendent hommage, l’arbre – le bois – se montre charnellement enracinés dans l’ensemble des activités humaines.

L’exposition mêle ainsi l’histoire des hommes et celle des arbres, montre la chaîne déséquilibrée, corrompue de leurs interactions ; au bénéfice exclusif de l’homme.
A ce jeu continu de déséquilibre, l’ensemble de l’Humanité perd chaque seconde des centaines d’hectares, non seulement d’arbres, mais de biodiversités : végétales, animales, humaines, linguistiques, culturelles.

L’essentiel de l’arbre se situe autant dans ses racines, que dans le duramen, que dans son houppier.
Avec le sol, avec le jeu de la lumière, avec la faune, l’arbre constitue tout un ensemble, tout un système, tout un univers que tout accident dérègle.

Les Indiens d’Amazonie le savent mieux que quiconque sur cette planète.  Ceux du Brésil, du Paraguay nous montrent, par leurs dessins touchants, combien l’essentiel de leurs racines s’est perdu au fil industriel de la déforestation.
L’essentiel de leur tragédie, à force de flammes ou de dents de bulldozer, se manifeste crûment dans les traits bruts noirs et blancs de leurs crayons.

Ce brut, cette absence apparente d’affect, saisit l’émotion de l’observateur comme un choc à la lecture d’un diagnostic vital ou d’un avis de décès.