365 Nuances de 2019 – #354 – «La force discrète»

Un billet, court, chaque jour.

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Malgré une rame bondée, j’ai réussi à lire un article du « Point », un portrait de la chercheuse franco-américaine, Nathalie Cabrol, exploratrice, astrobiologiste et géologue.
Une femme hors-norme qui étudie, aux quatre coins de la planète, des milieux extrêmes qui pourraient permettre, par leur nature particulière et millénaire, de déduire et de corroborer la possibilité d’autres vies sur d’autres planètes.

Notions de temps et notion de résilience y sont égrenées.
– « Il a fallu trois milliards d’années pour que la Terre développe une vie  complexe ; les humains en tant qu’espèce ont seulement quelques millions d’années, et la capacité de voyager en dehors de la Terre date d’il y a seulement un peu plus de soixante-dix ans. »
– « La planète n’est pas en danger.  Elle se remettra de tout ce que nous pouvons lui imposer.  Ce qui est en danger, c’est l’environnement bénéfique au développement de notre espèce. »

De la lecture à l’illustration concrète.
Fraîchement sortie de la bouche de métro.

Pour la notion de temps.
Il m’a fallu 10 minutes de métro pour rejoindre le point à partir duquel la RATP me permet de Rentrer Avec T(m)es Pieds.
Si l’on devait, pour échapper à ces emmerdements, se réfugier sur « Proxima B », il nous faudrait 4, 25 années-lumière.
Soit, au minimum vingt-ans.
Ce n’est pas gagné !  Il faut donc s’y colleter coûte que coûte !

Pour la notion de résilience.
En une fraction de seconde, avant de m’élancer,  j’ai pu vérifier sur pied, et au pied d’un piquet, le bien-fondé de ces propos sur la capacité de la terre à nous survivre.
Il est clair que cette touffe d’herbe, fruit de graines échappées d’un néant stérile, poussées par la force d’un vent altruiste, a une histoire, une généalogie bien plus ancienne que la mienne.  Et une santé qui force mon admiration.
Pourrais-je survivre avec si peu de matières nutricières, entourés d’autant d’agents de piétinement hostiles et soumis en continu à autant de gaz polluants ?

Non.  Certainement non.
Quand je serai poussière, quelques pieds sous terre, d’autres graines, échappées d’un autre néant stérile, poussées par la force d’un autre vent altruiste, se régaleront de mes restes.

C’est cela la force discrète, la force tranquille.
Les forces incontournables d’une belle leçon d’humilité ou d’utilité.
Deux philosophies.
Deux autres notions.
C’est selon … !

365 Nuances de 2019 – #341 – «Un menu sans plastique, s’il vous plaît !»

Un billet, court, chaque jour.

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Aujourd’hui, en allant, banalement, comme des milliers de personnes, chercher de quoi déjeuner, j’ai observé, soupesant mes achats, le fait qu’il y avait là, en poids, plus d’emballages que de nourriture.

Le bol était en carton recyclable, mais le couvercle était en plastique.
Le sac était en papier, mais la doublure en plastique.

Pas de couverts.
Depuis un long moment déjà, je les refuse, même ceux en bois.

« Avec ce que vous avez pris, vous avez droit au menu avec une boisson ! »
Une boisson ?
Dans une bouteille ?  Dans une canette ?  Dans un flacon en plastique ?

Alors, encore un peu de plastique.
De quoi réduire à néant, l’effort acquis d’avoir choisi d’utiliser une gourde pour éviter les bouteilles jetables.

En reprenant le chemin du bureau, j’observais le ballet cyclomotorisé des livreurs des grandes enseignes de la nouvelle économie.
Là encore, des sacs, des paquets lourdement remplis de plastique.

Sur le chemin, des dizaines d’autres personnes, poches en main, ramenaient sur leur lieu de travail, comme moi, de quoi se restaurer.

Emballages, barquettes, boîtes.
Couverts en plastique.
Mélangeurs en plastique.
Serviettes en papier.
Sacs en tout genre.
Tubes ou flacons de vinaigrette.
Etuis à sauce.
Film étirable.
Aluminium.

Comment faire autrement ?

Préparer une gamelle le matin avant de partir ?
Se résoudre à la cantine ?
Retrouver le plaisir de s’attabler dans un petit boui-boui ?
S’asseoir de nouveau devant une vraie assiette, de vrais couverts ?  Durables.

Il va me falloir faire autrement.
« Un menu sans plastique, s’il vous plaît ! »

365 Nuances de 2019 – #263 – «Bulle sauvage »

Un billet, court, chaque jour.

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Il paraît qu’ici, il y avait un terrain de golf.
C’est ce que la carte d’état-major indique.

Ce qu’elle n’indique pas, cette carte, c’est combien de temps il a fallu à la nature, à la végétation, pour reprendre ses droits.
À la première vue de ce capharnaüm végétal : un long temps.
Mais en observant cette presque jungle un peu plus attentivement, malgré l’imbrication, l’enchevêtrement prononcé des ronces et autres herbes folles, on comprend que la reprise en liane du terrain, le ré-enracinement vont vite.

Sans intervention, sans la main autoritaire de l’homme, la nature ne s’encombre pas de perspective, d’ordre, de symétrie, d’équilibre.
Elle prospère, se répand, s’agrippe, s’immisce ; colonise sans état d’âme.

La nature, sans frein, ne se soucie pas d’esthétique.  Elle ne fait pas paysage.
C’est l’Homme, la chaîne ininterrompue d’Hommes, qui a conçu le principe, la notion, la discipline de paysage.

Pays sage.

L’homme, par son travail, son labeur, a donné des lettres de noblesse à un univers végétal plutôt brutal, où règne la loi de l’espèce la plus forte, la plus dominatrice.
Il a cadré cette entropie naturelle, pour s’y sentir en sécurité, pour pouvoir s’y donner une place viable.

Ce lieu, cette bulle sauvage, presque sauvage, est situé à quelques petites encablures du centre de Paris, mais il montre comment, quand on cesse de réguler un processus, quand l’Homme n’impose pas un point d’équilibre, la partie est rapidement perdue.

365 Nuances de 2019 – #241 – «S’il y avait d’autres procès à intenter ?»

Un billet, court, chaque jour.

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Le 23 septembre dernier, « Greta Thunberg et 15 autres jeunes, âgés de 8 à 17 ans et venus de 12 pays, ont annoncé, en marge du sommet sur le climat à l’ONU, vouloir intenter une action en justice contre cinq États. Les activistes visent les (soi-disant) pays pollueurs suivants : la France, l’Allemagne, l’Argentine, le Brésil et la Turquie. ».

Encore faudrait-il que la France accepte de donner son consentement à l’ouverture de l’enquête ; consentement qui entre dans les pré-requis de la convention CIDE !
Dans un des protocoles complémentaires, il est indiqué ceci : « la possibilité, pour les enfants, d’exercer un recours auprès d’une instance internationale en cas de violation de leurs droits qui ne serait pas résolue par les recours internes à chaque Etat. »

Teneur de la plainte : « Ces pays sont parmi les plus polluants et accélèrent le réchauffement climatique. Aucun de ces cinq Etats ne fait ce qu’il faudrait pour contenir le réchauffement entre 1,5 et 2 degrés Celsius. Il est toutefois évident que l’ensemble des pays doit travailler ensemble sur ce problème, …»

Selon l’Université de Yale, la France est le deuxième pays le plus écologiste au monde, celui qui produit le moins de CO2.

Je n’irai pas par quatre chemins.

Un : je suggère tout simplement la loi du boomerang : intenter un procès à Greta Thunberg et aux 15 autres jeunes pour diffamation.
À force de porter aux nues ces jeunes suppôts de l’écologisme, ils en perdent tout sens commun ; en fait, ils agitent d’irrationnels chiffons rouges, en visant les puissances mondiales emblématiques.
Les Français, leurs représentants politiques, n’ont pas besoin d’une gamine pour prendre la mesure des urgences de climat et de biodiversité de la planète.  Au contraire, les Français ont une haute conscience de ces enjeux.

Deux : sans doute Greta Thunberg et ses acolytes pourraient-ils tourner le regard vers tous ces pays à l’économie conquérante et prédatrice, vers tous ces pays qui laissent leur démographie galoper et leur intenter des procès.
Il y a là des impérialismes de prédation qui ne disent pas leur nom mais qui spolient bel et bien nombre d’autochtones d’une industrie vivrière.
Il y a là quantité d’enfants mal nourris, mal soignés, totalement éloignés de toute forme de scolarisation, exploités sous différentes formes.
Je suis certaine que ces enfants aimeraient que des voix aussi messianiques prennent leur défense.

Trois : Greta Thunberg est mineure et semble être affectée du syndrome d’Asperger.  Il s’agit donc d’une mineure fragile.
Peu importe cette fragilité ou particularité, même si cette condition pose la question de son autonomie de jugement et de la manière dont son entourage en fait usage, il n’en reste pas moins que, avec ou sans influence, vu l’article 13 de la Convention internationale des droits de l’enfant, elle ne peut pas tout se permettre.

Je cite :
1 – L’enfant a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen du choix de l’enfant.
2 – L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions qui sont prescrites par la loi et qui sont nécessaires :
a – au respect des droits ou de la réputation d’autrui ; ou

b – à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la santé ou de la moralité publiques.

Même adoubée par les plus grands de ce monde, il n’est pas possible de laisser bafouer ainsi nos droits, notre réputation et de permettre, à une jeune Suédoise, issue de l’un des pays les plus riches au monde, où le souci de l’enfant est l’un des plus respecté, de porter atteinte à notre ordre public, à notre santé et à notre moralité.

Tous ces aspects sont déjà suffisamment bien malmenés de l’intérieur pour qu’une mineure sans mandat, non élue vienne nous faire la leçon.

 

365 Nuances de 2019 – #227 – «Se promener dans un tableau»

Un billet, court, chaque jour.

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Claude Monet a ouvert la porte de la maison de Giverny en 1883.  Ce lieu, la maison, le jardin, qu’il a façonnés selon sa créativité prolifique, sont alors devenus les ressources principales de son œuvre.

Au fil des allées, le souvenir de quelques toiles surgit et donne l’impression de se promener dans un tableau.

Le bruit de la route, qui traverse le jardin, ne parvient pas à se faire oublier.  Il est omniprésent.
Cette gêne mise de côté, on s’aperçoit malgré tout qu’il règne dans le jardin une forme de silence. C’est d’ailleurs amusant de réaliser que tous les visiteurs semblent soucieux de cette discrétion.
Même les enfants sont sous le charme de cette exubérance.

Septembre, à quelques jours de la fin de l’été, tous les recoins de ce paradis impressionniste, foisonnent de poésie.  La poésie s’attache à chaque pétale.
Claude Monet était perfectionniste, il se passionna pour l’horticulture, il travailla ou lui-même ou aidé de nombreux jardiniers pour composer, jouant des textures, des volumes et des effets de lumière au gré des heures et des saisons, des alcôves naturelles uniques pour l’inspiration.

La maison, où déferlent les vagues bleues soulevées par le pinceau d’Hokusai, permet de comprendre les inspirations lointaines de l’artiste.
Le jardin permet de saisir la proximité quotidienne de l’autre part de cette inspiration ; là, juste là, tout autour, pour un regard jamais lassé de la pose instinctive des choses, de l’enlacement sans cesse renouvelé des fleurs et de la lumière.

Chaque saison réinvente l’esthétique des sujets ; fleurs, arbres flamboient au gré des variations lumineuses, se mirent dans l’eau des étangs tranquilles.
Seuls les ponts japonais, géométriques, disciplinent sans tapage cet ensemble foisonnant.