C-Ma Chronique – #4 – « Étude d’un Cas Confiné »

On ne peut, à soi seul, décréter sa morale comme morale universelle.
Aller au-delà de l’apparente vertu ?
Certains poussent l’indécence à faire la publicité de leurs actions comme l’exemple, la vitrine d’une personnalité, forcément irréprochable, mais qui, en creusant un peu, prêtent à redire.
Ici, pour ce récit, s’il peut y avoir du mérite à courir un marathon dans son parking, pour bien montrer qu’on est un parfait confiné, il n’y en a aucun à se faire admirer, privilégié en terrasse autour d’une côte de bœuf, quand, ailleurs, des millions d’autres confinés sont et seront voués à la plus sévères des famines.
L’indécence abroge alors toutes les vertus supposées et ainsi, toute légitimité.

Sans titre

« Pauvre fille »
C’est ainsi que le marathonien du confinement a clos l’affaire.  Quelle belle erreur !
Voici une histoire que j’amorce par sa chute.  La médiocrité de cette sortie vous conduira, au fil de ce texte, vers la médiocrité de son auteur.

Chapitre 1 : la mèche lente

Monsieur est un coureur à pied qui se pavane dans un groupe.  Il est toujours au top.  Il raconte à qui veut, ses exploits, ses blessures.  Il donne aussi des conseils.
Ah, ses conseils !  Des leçons, plutôt !
Peu importe votre science et votre ancienneté dans le métier ; Monsieur n’aura jamais tort.  Il sait déjà tout et mieux que tous.

Avec le confinement, point de collègues de bureau, point d’auditoire.  Il aurait pu lui manquer une scène pour vanter ses exploits.
Qu’à cela ne tienne.  Il lui est resté les réseaux sociaux.

Une vertu, meilleure, évidemment que celle des autres.
Monsieur respecte scrupuleusement le confinement et affiche, photographies à l’appui, ses côtes de bœuf, au soleil, en terrasse, et ses prouesses pâtissières.
Personne ne peut mieux que lui.

Il attend les « like », les applaudissements virtuels.
Son public ne lui fait pas défaut et le porte aux nues.

Encensement collectif de Monsieur.
On le trouve bien génial, épicurien, et bien moral, normal, d’afficher sa chance de confiné privilégié et bien nourri, quand, de par le monde – Inde, Nigéria -, par exemple, des millions crèvent de faim.
Personne n’ose lui en faire la remarque, ne prend le risque d’ébrécher son arrogance.

Lui, ne court pas dehors.  Le bon petit.
Respect des consignes gouvernementales oblige.  Il fait du vélo sur sa terrasse.

Non content de s’afficher le plus vertueux, il conspue ceux qui ne rejoignent pas ses dogmes, et vont, courir, seul, sans toucher personne que le printemps et les brins d’herbe.

Dans le « Hussard sur le Toit », Monsieur aurait été le manant dénonçant, par ses cris à la foule, Angelo se désaltérant à la fontaine.  Les coureurs à pied de plein air sont devenus ses « Angelo », les empoisonneurs à dénoncer.

On peut courir sans déroger aux consignes.
Une heure, dans un rayon d’un kilomètre.

Monsieur pourrait condescendre que les autres sauraient s’arranger des règles en les mâtinant de leur bon sens, capables qu’ils seraient d’user de leur liberté tout en faisant montre d’un sens aigu de leurs responsabilités.
Mais cela ne lui suffit pas, il faut qu’il édicte sa loi en plus des Lois et que les autres s’y rangent.

Sur les groupes de conversation, notre héros aux mille vertus s’indigne, gourmande méchamment les séditieux, se pose en « père la vertu » mais, voyant son peu de réussite, s’extrait de son trône.
– « Je ne peux pas cautionner cela » qui pourrait se traduire plutôt par :
– « personne ne se soumet à mon autorité morale, personne ne se range à ma loi ; je vais aller sévir ailleurs et trouver un meilleur public pour mes vertus. ».

Incapable d’être vraiment chef par lui-même, outré par ces manifestations d’indépendance, d’optimisme et de cette capacité à prendre de la distance avec la parole officielle, il excommunie ses amis d’hier.
Fi du bon sens, de la capacité des autres à réfléchir et à se discipliner par eux-mêmes.
Si ce n’est pas sa loi, alors vous avez tort.

Il ne se refait pas.
Il a besoin d’un exploit.  Il le trouve : courir un marathon dans son parking.

Quelles sont les vertus prophylactiques de la course à pied dans les parties communes de son immeuble ?
Quand on sait que les gouttelettes de sueur se répandent sur toutes les surfaces et survivent entre trois et cinq jours sur l’acier, cinq sur le verre, deux à six jours sur les plastiques.
Ces arguments ne sont malheureusement pas ceux que Monsieur a décrétés.  Il sait mieux, il fait mieux que tous et inverse la logique sanitaire à son profit

– « Je cours 42,195 le jour » ; « je cours 42,195 la nuit » ; « je n’ai croisé personne ».

Là encore, il se glorifie sur les réseaux et tous applaudissent.
– « Bravo, le messie de la foulée en copropriété ! »
L’édile se comporte en son confinement avec la même duperie qu’en temps ordinaire.  Son comportement en la matière éclaire son comportement par ailleurs.  Le voile se déchire sur la réalité du personnage.

Tout ce qui paraissait jusque-là anodin change d’adjectif.

Quand il donne rendez-vous pour courir tôt le matin, vous savez qu’il triche, qu’il prend le temps de s’échauffer avant, pour être certain d’être plus rapidement affuté que les autres et de pouvoir les « baser », leur montrer qu’il est le meilleur.

Sa voix, qu’auparavant on trouvait sans défaut, prend la sournoise tonalité du mielleux, du fausset, du patelin, de l’hypocrite.
Il veut toujours avoir raison, le dernier mot.  S’il n’est pas certain de trouver face à lui, un public en émoi devant sa personne, son aura et sa verve, il s’éclipsera pour se préserver de ces païens.

Ce genre de personnages, nous les avons finalement croisés, nous les croisons et les croiserons tout au long de nos existences.
La Bruyère les évoque dans « Les Caractères » :
– « Quand vous les voyez de fort près, c’est moins que rien ; de loin ils imposent. »
Nous, spectateurs ordinaires, les regardons répandre leur fiel, leur médisance, leur miellerie.

C’est ce genre-là, avec lequel nous avons partagé les bancs d’école, qui, ondulant d’une fallacieuse bonhomie, s’approchait du professeur pour mettre en avant leurs œuvres, pour médire ou dénoncer un petit camarade.

C’est ce genre-là qui, dans la rue, conspue et dénonce ceux qui, inciviques suprêmes, oublient de ramasser les déjections de leur roquet.  Il chemine dans la ville, calife à la place du calife, garde-champêtre auto-proclamé, ajoutant sa hargne aux lois.

C’est ce genre-là qui minaude auprès du grand patron pour montrer qu’il fait ses heures voire plus, qui ne le contredit jamais ou qui : « pardon de me le permettre, ce que vous dites est très judicieux, mais il me semble que … » et place l’idée ou la remarque piquée aux collègues.

C’est ce genre-là qui, sur les réseaux sociaux, montre comme il est bon dirigeant, publie ce qui va dans le sens du vent sans rien inventer ni concevoir par lui-même, minaude que, malgré les grèves, il sera bien à l’heure à vélo.

C’est ce genre-là qui, à votre plus grande surprise, grossit les rangs politiques.  Il s’y égaye à son aise, aux côtés de phénomènes tout aussi retors, qui louvoient, godillent et se recyclent au gré des courants et des têtes de file.

C’est ce genre-là qui a parsemé l’histoire et, souvent, ses versants les moins glorieux.  Il y a, en eux, un peu des Charles-Hubert et Julie Poissonnard, les crémiers de l’Occupation de Jean Dutourd dans « Au Bon Beurre ».

Ils ne pensent pas au bien, ils ne pensent pas aux autres, ils ne pensent pas « honneur », ils pensent toujours et d’abord aux avantages qu’ils pourront tirer d’une situation tragique où les repères sont brouillés.
Ils suivent une tendance, profitent des faiblesses de leurs congénères, s’inféodent à l’autorité du moment et à l’autorité d’après, pourvu qu’ils y trouvent le moyen de se mettre en avant et d’en tirer profit.

Ce n’est pas sans un certain écœurement, une certaine pitié, que nous les voyons débaucher leur art en particulier auprès des chefs.
Dans notre simplicité, notre franchise, nous observons le jeu auquel se font prendre ceux qui les laissent tisser leur toile d’influence et les illusionner.
– « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. »
Ils font mal à ceux qui observent leur flagornerie d’un œil lucide, mais causent encore bien plus de tort à l’image de ceux qui les écoutent, leur prêtent foi, crédit et droit de cité.
C’est là un grand mystère.
Comment, ceux qui nous dirigent, en entreprises et autres sphères, peuvent se laisser ainsi berner.

Chapitre 2 : la charge explosive

Pour en revenir à l’histoire et au « Monsieur-Vertu » qui s’offusquait, dans son cercle d’influence, que certains puissent mettre en doute sa parole de pharisien.
– « Je ne peux pas cautionner cela » vaut sentence.
C’est l’excommunication.

Finalement, le jour s’est fait et la vraie nature du personnage a émergé.  Alors, œil pour œil, réseau pour réseau, il ne restait qu’à placer, au bout de cette mèche lente, la charge explosive : un simple post, non nominatif, sur ma page.

« Courir un marathon dans son parking
est le truc le plus con, le moins sanitaire des paris en ce moment !
Y’a vraiment des tarés »

À chaque corbeau, son fromage.
À chaque connecté, sa vanité.
À chaque Achille, son talon.

J’avoue ma faute, mais ce n’est pas sans un certain déplaisir que j’ai tendu le piège, que j’ai placé, au bout de cette mèche lente, la charge explosive.

Une charge inspirée des dialogues légendaires du film « La Septième Compagnie ».
– « le fil vert sur le bouton vert, le fil rouge sur le bouton rouge ! »
– « le fil vert sur le bouton « con », le fil rouge sur le bouton « taré » ! »

Je ne sais lequel des deux boutons l’a énervé en premier, mais il a choisi, seul, victime de sa vanité, de s’y reconnaître ; soit dans le bouton « con », soit dans le bouton « taré », soit encore dans les deux en même temps.

Le jeu provocateur en valait bien la chandelle ; « pauvre fille », venant de l’un, « con » ou de l’autre, « taré », résonne finalement comme un beau compliment.
Ce « maracon » valait bien une « pauvre fille », sans doute.

 

 

 

C-Ma Chronique – #3 – « Confinés, mais libres de penser »

La crise sanitaire est un véritable révélateur pour nos regards sur le monde, regards blasés et contraints par nombre d’œillères.  Il nous appartient d’utiliser ce temps de confinement comme une aubaine pour réarmer notre liberté de penser.

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J’aurais pu intituler cette tribune : « Aux armes, confinés ! »  C’était ma première intention.  Puis je me suis ravisée tant, en ces heures tragiques, il faut peser les mots, les choisir de telle sorte qu’ils s’inscrivent comme des messages plutôt que comme des coups de boutoir à un lectorat saturé de bouillies médiatiques au point d’y devenir imperméable.

On nous avait vendu, depuis quelques décennies, les miracles de la science : des bébés préfabriqués sur mesure et sans défaut, à la mort de la mort.
Et vlan !
Voilà qu’un petit organisme vivant, un virus, ayant droit de cité sur cette planète comme l’ensemble des autres organismes vivants, sapiens compris, nous rappelle, d’une part, ce que nous sommes : mortels et, d’autre part, que la nature n’est pas gentille.
Eh oui !
Cet adjectif, « mortel », ravive le « tu es poussière et tu redeviendras poussière » que l’on nous enjoint d’oublier à coup de botox, piquouses, jeûnes, manipulations génétiques, déclarations, conférences, symposiums et milliards de dollars.  Cet autre adjectif, « pas gentille », choque notre écologisme d’une nature idéalisée sans terre sous les ongles et rappelle que la nature, la vraie, ne connaît qu’une loi, celle de la sélection naturelle qui lui fait cibler les plus faibles pour permettre aux plus forts de survivre.

Concomitamment au virus, dont la vitesse de propagation, l’agressivité et l’injustice bouleversent tous nos efforts pour tromper notre condition de simples mortels, la nécessaire période de confinement opère comme une loupe sur le détail et la qualité réelle de nos existences.
Elle nous montre qu’au-delà de l’angoisse, de la culpabilité, des leçons de citoyenneté que l’on nous injecte à longueurs d’ondes et de réseaux pour achever notre dissolution mentale, il y a un chemin autre à tracer, celui d’une chance autant individuelle que collective, celui de la reconquête de notre liberté de penser.

Car oui, nous l’avons sans doute oublié, nous, seul dans notre coin, avec notre culture, notre bon sens et nos outils, sommes capables de penser le monde et, même, de le penser bien, de le penser mieux, peut-être déjà autrement que par les schémas cupides qui ont conduit aux désordres et drames sanitaires qui saignent actuellement la planète.
Il ne serait ni prudent ni sain de laisser ceux qui ont créé les conditions de la présente crise penser seuls et en entre soi, les solutions de l’après.

Confinés, il s’agit de freiner la propagation du virus.  C’est à dire de repenser collectif, bien commun, intérêt général quand, jusqu’à présent, nos modes de vie nous ont conduit à agir en individualistes, hédonistes, festifs ; en perpétuels adolescents.
En tant qu’hommes et en tant que sociétés, nous prenons une claque monumentale dans notre naïveté qui nous a porté à croire que la consommation inconséquente et sans limite, que le mouvement permanent, comme le tourisme de masse qui a tué la beauté du voyage, était une religion à suivre sans discuter et que l’avenir des civilisations était de s’ouvrir sans limite, convaincues qu’elles n’auraient jamais à revivre les malheurs des générations précédentes.

Cependant, de 11 septembre en Bataclan, de krach de 87 en Lehman Brothers, de SRAS en Covid-19, la frugalité retrouve sa place et le mur honni redevient le rempart.
Il est d’ailleurs tristement ironique que ceux-là même qui prônent l’ouverture inconditionnelle des frontières et le déballage de la vie privée soient les premiers à vertement nous recommander des gestes-barrières – des frontières entre individus -, et à nous enjoindre de nous enfermer dans nos logements, voire à s’y calfeutrer eux-mêmes.

Confinés, il nous appartient de tirer profit de la situation, de ce temps de silence qui favorise la réflexion, réflexion qui permet d’extraire les signaux du bruit, de prendre conscience combien ce bruit neutralise notre indépendance de pensée, notre sens naturel, profond de l’autonomie et de la responsabilité, combien, à force d’injonctions à la bien-pensance, nous nous obligeons à rallier le confort de l’immunité mentale, nous nous arrangeons avec ce que nous savons pourtant de vrai et de juste en nos fors intérieurs.

Nos petits arrangements intellectuels nous ont fait oublier ce qu’est le politique : l’exercice des responsabilités permettant à une société de fonctionner et le rôle, bulletin de vote et droit de réprimande en main, que le citoyen doit exercer en choisissant soigneusement ceux qui ont à les exercer.
Nous le voyons bien aujourd’hui, c’est le citoyen, le héros anonyme, le terreau de la société qui sauve des vies.
Pas le politique.
Les grands de ce monde et les flots d’experts d’aujourd’hui nous servent, qu’avec ce qu’ils n’avaient pas pu anticiper hier, ils vont réussir à endiguer le flot des drames d’aujourd’hui, en l’occurrence à la petite cuillère, et pourquoi pas en plus, prévoir des lendemains meilleurs.
Alors même que nous voyons tous l’abîme tragique dans laquelle, du fait de leur impéritie et de leur incurie, meurent, seuls, effrayés, isolés, nos êtres chers.

Parce qu’à les avoir laissés nourrir des intérêts particuliers, des communautarismes séditieux, des clans, des groupes d’intérêt, le politique, tous mandats confondus, nous a fait perdre de vue que la qualité de vie passe par la qualité et l’efficience des équipements collectifs.

Oui, osons : « Aux armes, confinés ! »
C’est le moment de trier le bon grain de l’ivraie.
En chrétien par exemple : entrer vraiment en carême et tirer profit de cette sobriété, contrainte mais salvatrice, pour repenser nos valeurs.
En républicain autrement : rebâtir un contrat collectif national, bien plutôt à partir des petites réussites locales et/ou individuelles.  Toutes ces forces, toutes ces richesses millénaires que l’on humilie ou que l’on nous enjoint d’oublier mais qui nous en disent bien plus de nous-mêmes que les échecs et les drames pensés en officines, laboratoires et autres entre-soi hors sol.

Il faut cesser de courber l’échine sous la coupe des critiques acerbes et autres rodomontades lancées par ceux qui nous gouvernent avec le résultat que nous voyons.

Pour que chacun réarme sa pensée, il est d’abord nécessaire de se défaire des injonctions.  Celles d’avant la crise et toutes celle qui fleurissent ces jours-ci.

Oui !
Le pire et le meilleur se côtoient.  Mais nous ne sommes pas si bêtes pour perdre du temps et dévoyer notre intelligence en accordant de la valeur aux réflexions d’écervelées échevelées bariolées et devons plutôt chercher à muscler, autonomiser, vitaminer notre capacité à penser, si possible en rupture.

Oui !
Cette pandémie, le désordre tragique qu’elle provoque, les mensonges et dysfonctionnements meurtriers qu’elle fait émerger, les incapacités qu’elle révèle, nous autorise à cesser de nous laisser porter par les chantres et autres bonimenteurs politiques, les penseurs en chambre et les bons citoyens.

Ah !  Les penseurs en chambre !
Qui hier n’osaient pas un mot plus haut que l’autre de peur de perdre leur « utilité publique » ou qui prêchaient les coupes drastiques dans les services publics collectifs qui ne se maintiennent que par le sacrifice, l’altruisme et le dévouement de quelques hommes, quelques héros de cette France d’en bas qui fume des « Gauloises » et ne porte pas de costume.

Ah ! Les donneurs de leçons !
« Violer le confinement, c’est insulter la science et trahir la République ».
Leçon valable sur tout le territoire français sauf ceux que justement cette belle République a perdus.
Rappeler la « Nation » à la rescousse pour étayer l’effondrement de cet amateurisme dont hier encore on se gargarisait en tribune.

Ah ! Les journaux du confinement, les bouteilles à la mer, les on-rase-gratis, les y’a-qu’à-faut-qu’on !

Les crises agissent comme la marée descendante, elles laissent apparaître ce qui était caché sous l’eau, éventuellement ceux qui s’y baignaient nus.
Pour les personnes, les personnalités, les organisations, cette crise sanitaire est une claque.  L’eau s’est retirée d’un coup, comme la marée, à la vitesse d’un cheval au galop.  Un par un, les masques tombent (l’image qui, en cette période de pénurie désolante, n’a pas pour intention l’ironie mauvaise).

Dans tous les cercles, le pire comme le meilleur se réveille et se révèle : les peureux, les anxieux, les délateurs, les vilipendeurs, les optimistes, les créatifs, les courageux, les téméraires, les généreux.

Dans le cercle des grands de ce monde, même sans avoir le moindre penchant conspirationniste, il faut avouer que concernant beaucoup d’entre eux, de sérieux doutes émergent ou se confirment.  Il arrive de laisser aller nos « petites cellules grises », comme dirait Hercule Poirot, à des questions du type : « à qui profite le crime ».
Au hasard ?
Ceux qui vantent l’Europe tout en achetant des F16.  Ceux qui prônent l’écologie, ferment leurs centrales nucléaires mais qui, à coup de pelleteuses géantes défoncent leurs territoires, éliminent des villages entiers pour en revenir au charbon.  Ceux qui rabotent la PAC en usant et abusant d’une main d’œuvre à vil prix venus de pays à bas coûts sociaux de l’Est et de la Méditerranée.

Pour les organisations – étatiques, politiques, économiques -, on sent d’abord, outre de coupables conflits d’intérêt, comme une défausse, une dilution de la responsabilité morale mais, plus certainement un aveu d’incurie, de laisser-aller de longue date.  Le tout conjugué explique en grande partie l’incapacité à anticiper les crises, ces fameuses « surprises stratégiques », oxymore pour avouer que l’on a été pris de court ou, pire, que par excès d’assurance, d’arrogance, de paresse, de confinement intellectuel, voire de cynisme on n’a pas su anticiper.

Oui, c’est le moment : « Aux armes, confinés ! »
Dans cette débandade, le chef, les chefs, celui et ceux qui ont pour fonction, par délégation temporaire de pouvoir, de conduire une nation, ne tiennent désormais leur légitimité que par l’effet de l’indulgence médiatique.

Cette légitimité est en réalité une illusion.  Vous, moi, nous tous nous en rendons bien compte.  Qui d’autre, sinon eux, ont créé les conditions des différentes crises, qu’elles soient financières, terroristes, humanitaires et ici sanitaires.

Des crises successives, celle des « gilets jaunes » par exemple, ils ne tirent aucun signal.  Les alertes de la France d’en bas, sur le désarmement des services de l’État jusqu’au plus profond des territoires, se révèlent tellement vraies aujourd’hui dans cette crise sanitaire où tous les moyens font défaut, de l’Hôpital aux Forces armées, des Forces de l’Ordre au système pénitentiaire et au traitement migratoire.
Malgré la débauche du « Grand débat », tout craque, tout explose, tout crève.  Il n’a servi à rien d’autre qu’à des effets de manche médiatiques et soporifiques.

Un joli bonneteau : « Il est où mon problème ? Là ? Non.  Là ?  Non plus.  Alors perdu ! »

Seuls une technocratie formée en éprouvette et la logique comptable des tableurs guident la décision.
Un stock de matériels d’urgence, c’est une ligne comptable en trop.  On supprime.
Une réforme des retraites ?  Vite, vite ! Peu importe la réflexion de long terme.

Nous sommes, pour la première fois dans l’Histoire, conduits par des dirigeants, majoritairement issus de milieux sociaux extrêmement élitistes et des mêmes formations académiques, qui n’ont connu dans leur chair aucun conflit armé, ni aucune pénurie, dont peu ont une situation familiale stable et quasiment aucun n’est issu de milieux ouvriers ou ruraux.

On discute, on discute en entre soi, dans les salons, dans les réservoirs de penseurs, pétri de la certitude de tout connaître sans être allé véritablement sur le terrain sinon en coup de vent, en touriste, sans jamais se demander comment une théorie redescendra dans la rue, sans jamais faire fonctionner l’opérabilité et l’efficacité des 100 euros décidés en haut et qui se réduisent à 10, voire moins, éreintés qu’ils seront centime par centime dans les méandres du millefeuille administratif européen et hexagonal.

Oui, à nouveau : « Aux armes, confinés ! »
Ne cédons plus à notre paresse de corbeaux perchés sur nos petits conforts, nos futilités, nos petits divertissements, nos petits loisirs et nos petits réseaux ; lâchons ces fromages infâmes, secouons nos ailes et volons de toute la force de nos pennes revigorées vers un destin que nous nous serons choisis, que nous aurons construit par nous-même plutôt que de se laisser prendre au jeu de renards fallacieux et de fourmis qui se nourrissent de nos propres richesses.

Il est temps de regarder ce que nous avons laissé faire par d’autres et ailleurs.

Les masques qui manquent cruellement aujourd’hui sont les jumelles qui faisaient cruellement défaut aux États-Majors en 1940.
Aujourd’hui l’État mobilise jusqu’à nos vieux draps pour fabriquer seuls nos masques, nos propres boucliers, quand déjà hier, Il lançait un appel à la Nation pour des dons particuliers de jumelles de chasse et de face-à-main.

France, pays ouvert.  Paris, ville ouverte.
Débâcle sanitaire d’aujourd’hui.  Débâcle militaire d’hier.

« Aux armes, confinés ! »
Retroussez vos manches, exigez, simples citoyens de bons sens, d’avoir, vous aussi, comme ces fameux experts qui vous demandent d’écoper l’eau des voies du navire qu’ils ont eux-mêmes ouvertes, voix au chapitre pour que la France dont vous rêvez se traduise, grâce à des dirigeants enracinés dans la même glaise que la nôtre, en actes et en dignité retrouvée.

C – Ma Chronique – #1 – Pas de printemps pour les joggeurs

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Confinement, confinement !

Ne pas prendre le moindre risque, ne pas faire prendre le moindre risque. Qui pourrait s’opposer à une règle si élémentaire d’altruisme, de civisme ?
Personne ou, du moins, personne qui voudrait être qualifié de responsable et gratifié du titre de citoyen.
Pardon ! De « bon citoyen » !

« Un bon citoyen », qu’est-ce que c’est, en ces temps de « coronavirus » ?

Ce ne serait pas un « joggeur » apparemment !

Oui, un joggeur solitaire, le matin tôt, sans personne alentours, pas même à un mètre, pas même à trois, ni à cinq ni à cent, prend plus cher qu’une cohue débonnaire sur le marché de Barbès ou de La Garenne-Colombes.
– « Il n’est pas prévu à ce stade de fermer les marchés alimentaires« , s’enorgueillit la Mairie de Paris.

Alors que, rayonnant de sa joie, le printemps éffeuille ses charmes, il faut au joggeur regarder tout cela froidement, ravaler son énergie, peut-être cacher ses chaussures au fond d’un placard.
Éventuellement se résoudre à aller jouer les hamsters autour de son pâté de maison pendant maximum 2km.
Un os à ronger en somme.

C’est tout à fait logique, parce qu’autour de chez lui, dans les petites rues, le joggeur va croiser, frôler, plein de citoyens, eux parfaitement en règle, qui vont d’un pas classique, sagement et sans détour, faire leurs courses.
Comme ces parfaits citoyens, le joggeur prendra l’ascenseur pour descendre de chez lui (le vrai descendra à pied), il touchera la minuterie, les poignées.

Il paraît que lui aussi va respirer.
Mais un médecin a déclaré qu’un joggeur était plus dangereux qu’un piéton puisque son souffle couvre, de par l’effort, un périmètre plus large.

Il n’ira dans aucun magasin, ne parlera à personne.
Sa vraie différence est ne pas avoir de panier à la main.

Il faut donc renoncer ?!
Ce sera ça ou 135 euros de pénalité !

Alors, c’est plié : pas de printemps pour les joggeurs !

« Un bon citoyen », qu’est-ce que c’est en ces temps de « coronavirus » ?
Quelqu’un qui fait passer l’intérêt général avant ses intérêts particuliers.
C’est donc, et parmi bien d’autres, un « joggeur » assurément !

C – Ma Chronique (2020) – #0

Sans titre

Bonjour à tous,

Je ne me referai pas, c’est plus fort que moi : le crayon, la plume, le clavier me démangent.
J’écris tous les jours, de-ci, de-là, sans publier en ligne.
Je travaille à un roman, format qui, pour le coup, est un engagement au long cours dont je sais quand il a commencé mais dont je ne maîtrise pas l’échéance.

Avoir écrit 365 jours de suite tout au long de l’année 2019 a laissé son empreinte, celle d’avoir pris l’habitude de cristalliser au vif les impressions, les curiosités quotidiennes.  Un exercice délectable, voire addictif.

Cette instantanéité me manque, certains de mes lecteurs m’ont indiqué que me lire leur manquait aussi.

Donc, voilà : c’est reparti.

Retrouvez-moi à partir de demain, mardi 17 mars, tous les jours ou, plus exactement, autant ou peu de fois, que mon cerveau effervescent produira de quoi remplir une page et égayer votre quotidien.
Il me semble, à vue de nez, que les prochains jours, les prochaines semaines, vont être une source (quasi) inépuisable d’inspiration.

Bien à vous tous.
Amicalement.

Guillemette Callies

 

365 Nuances de 2019 – #361 – «Moment blague de Gad»

Un billet, court, chaque jour.

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C’est à la fin de ce vol parfait entre Beyrouth et Paris que j’ai eu un « Moment blague de Gad ».
Sacré Gad Elmaleh, il s’est tellement attaqué aux petits travers, aux petites incongruités de la vie, que son humour se glisse toujours au bon moment dans l’esprit.

Il y avait même le « Blond », sa Blonde et ses enfants blonds.  Et je n’exagère presque pas

Posé sur le tarmac d’Orly.
– « L’avion c’est pas dangereux ?  Alors pourquoi on dit qu’un aéroport est un terminal ? »

Malgré les recommandations de l’hôtesse, tout le monde se déboucle, se lève, s’habille, sort ses bagages des coffres et s’aligne dans le couloir.
Pour attendre.
Attendre quoi ?
Que la porte de l’avion soit ouverte et que l’on puisse sortir.

J’ai fait comme ça.
Pressée de sortir, impossible d’attendre.
Sauf que là, il y en a une, une jeune fille, qui a fait mieux que moi et que tous les autres passagers.
Elle s’est mise à vouloir doubler tout le monde.

Et elle m’a doublé, moi !
Alors que franchement, dans l’état statique où se trouvait l’avion, il n’y avait rien d’autre à faire que de l’être aussi, statique à attendre.

Là, tranquille, je lui ai dit :
– « Allez-y Madame !  En écrasant tout le monde, c’est tout droit ! »
– « Sinon, vous pouvez tenter le hublot !»

Finalement, elle est sortie en même temps que moi.
Mais elle a du attendre, rester plantée là, au bas de la passerelle.

Elle avait oublié son copain.