365 Nuances de 2019 – #219 – «Les Mordus»

Un billet, court, chaque jour.

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Samedi 7 septembre 2019 – Meeting aérien « Air Legend » de Melun-Villaroche.

Dans la foule, je me faisais l’impression d’une « lou ravi » découvrant les us et coutumes d’une passion collective.

Des avions : des avions anciens, des avions de chasse.
Des loopings à n’en plus finir.  Pleins gaz et gaz coupés.  Chandelle et culbutes.
Des clubs et des clubs de passionnés, en tenues anciennes, en tenues branchées.
Des pique-nique, des chaises pliantes.
Des enfants avec des casques anti-bruit.
Des uniformes de l’Armée.
Des badauds, des gens importants.

Tout en passant de groupe de fans en groupe de fans, nez en l’air et regard-balai, il m’est revenu à l’esprit une citation un peu caustique : « Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt. »

Donc ils étaient tous l’œil rivé ou l’objectif pointé vers la magie des prouesses aériennes des as du palonnier.
Et moi, je les regardais eux.

Ainsi, « Quand les mordus vivent leur passion, l’amateur les regarde. »

365 Nuances de 2019 – #201 – «Le prix du ski»

Un billet, court, chaque jour.

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Il y a des moments où les lois, les règles, les principes, les slogans, les combats de l’écologie échappent au sens commun.

Un seul spectacle suffit à les battre en brèche en un seul coup d’œil.

Comme cette béance dans la montagne.
Des uppercuts dans les côtes.
Des coups de hache dans la silhouette.
Une chirurgie à cœur et à ciel ouvert.

Du grand spectacle dans les entrailles de la nature.

Des cohortes de camions monstrueux, de pelleteuses avides défilent à un rythme effréné.
Emportant des monceaux de chair de la montagne du bas pour redessiner la montagne du haut, écorchant vive la montagne du haut pour absorber la chair de la montagne du bas.

Des rangs disciplinés de pylônes, de câbles, de harnais, de sièges attendent leur heure pour être suspendus au-dessus de ces cicatrices encore vives, de terre encore rouge frais des coups de glaive, de terre noire déjà coagulée.

La montagne, ouverte à vif, reste macabrement silencieuse, tandis que les scalpels géants s’occupent de lui refaire une esthétique pratique dans une clameur de zone de combat.

Dans quelques semaines, de joyeux vacanciers planteront leurs bâtons, inciseront de leurs spatules, ces blessures encore fraîches qu’une neige froide aura tout juste, à peine, cicatrisées.

C’est sans doute cela, l’écologie.
C’est sûrement cela, le prix du ski.

365 Nuances de 2019 – #200 – «La Magie d’une goutte d’eau»

Un billet, court, chaque jour.

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L’eau.
H20.  Cieux ingrats.
Est-ce que cela suffit ?

Il y manque un peu de poésie.
Un peu de cette poésie qu’apporte la rêverie.

La pluie a ceci de commun avec le feu qui crépite dans l’âtre, de faire le vide dans l’esprit, d’attirer toute l’attention, de vous livrer sans combat aux songes.
Dans ce cas, il n’y a pas un récit, pas un roman, pas une conversation qui ne soit assez puissant pour inverser le courant.

La pluie, goutte après goutte, de sa petite musique aux rythmes capricieux, de sa délicieuse, diluvienne chorégraphie, captive, capture et emporte.

La vallée du Chinaillon était toute prise hier d’une humeur météorologique têtue, obstinée à imposer des brumes diaphanes, des nuages bas vaporeux et baladeurs, une pluie drue de l’aube aux confins de la nuit.
Tout résonnait des gouttes devenues filets, devenus rigoles, devenues flots, devenus cascades, devenues rivières et torrents.

Entre ces millions de gouttes s’est immiscée une évasion à leur propos.  Une évasion gaie, provoquée par l’énergie de leurs éclaboussements hypnotisants, de leurs trajectoires anarchiques.
Une danse libre et exubérante.

Avec mon appareil, sortant quelques secondes de mes songes, j’en ai capturé un, éclaboussement, une, goutte ; son jaillissement, son impact.
Son esthétique de liberté.

J’ai suivi le chemin de cette goutte, avec la malice et la tendresse d’un Jean Macé racontant à une chère petite fille « L’Histoire d’une bouchée de pain» (1885).
Qu’est-ce qu’il se passe après, que fait-elle, que devient-elle, cette bouchée de pain, cette goutte d’eau ?

Et cette rêvasserie, ce chemin, m’ont conduit, jusqu’à ce matin, où, les arpentant d’une foulée enthousiaste, les flancs herbeux des montagnes, tout encore éclaboussés, ébouriffés du traitement de toutes les gouttes de la veille, livraient le secret, la magie de la goutte d’eau, de ces gouttes d’eau.

Une symphonie gaie, tintinnabulante, déferlante.  Le chant des ruisseaux en liesse qui retentit, une chorale de roulements amplifiée d’échos charmants.
Une aquarelle irisée, scintillante, lumineuse.  Le soleil se mire dans chaque diamant humide déposé par le ciel ; qui sur une herbe, qui sur les œuvres de quelque Arachné industrieuse, qui sur une pierre qui luit comme un cristal tout juste poli.

L’eau du ciel et ses gouttes cristallines, étanchent nos sourdes soifs de poésie, sustentent nos faims de temps, d’horizon onirique de toute la grâce de leur art, dénouent nos amarres terrestres et philistines.

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365 Nuances de 2019 – #199 – «Poème des Glières»

Un billet, court, chaque jour.

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Le Plateau des Glières.
Une géographie.
Un terroir.

Et surtout, une Grande Histoire.
Une grande Histoire dans l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale et de la Libération de la France.

Les Combats du Plateau des Glières : Histoire par la petite Histoire.  La petite Histoire de gens simples et ordinaires qui, dès le début du conflit, ont décidé, se sont rassemblés, se sont organisés.
Pour résister.

Histoire d’un interminable et rude hiver, qui vit des combats inégaux menés par des combattants déterminés qui firent la vie dure aux Occupants et à leurs serviles serviteurs.

La Haute-Savoie, les Aravis, Annecy se libérèrent seuls, par les seules forces de la Résistance réunies.
Reddition sans condition du Colonel Mayer, le 19 août 1944 à 14 heures.

Un mémorial, celui du Plateau et des Combattants des Glières, retracent l’âpreté et la dureté de leurs combats, de janvier à mars 1944.
Le Général de Gaulle : « Leur exemple durera.  Il demeurera, je vous l’assure, comme un témoignage splendide, jeté à travers le monde, de la résolution de la France, dans la plus terrible des guerres de son histoire. »

Au fil des images et des objets qui habillent le musée de Morette, s’invitent quelques poèmes, de ceux qui choisirent de résister et de vivre dans leur chair, leur opposition à l’ennemi.

« L’ombre mouvante
de mon pas
sur le blanc des rocailles
rappelle d’autres ombres

 Comme craie
cette croix
sur le vert des prés
commémore vos présences.»

– Hervé Martin / « Au plateau des Glières »

365 Nuances de 2019 – #198 – «La santé par les petits lardons»

Un billet, court, chaque jour.

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« Goûte-moi ça
Hum, c’est bon !
Petits pois lardons
Lardons petits pois
Goûte-moi ça
Petits pois lardons.»

Ce sont quelques paroles d’une chanson de Julien Clerc qui me sont revenues de façon lancinante en lisant ce matin dans le journal un article sur l’incontrôlable épizootie de PPA (peste porcine africaine) en Chine.

Ce refrain en tête, je me suis souvenue de photographies prises à la volée, il y a seulement quelques heures, sûrement d’inspiration prémonitoire à la lecture de cet article.

Photographies volées à la poésie et l’humour croisés au fil des randonnées ou aux plaisirs culinaires de travailler de beaux produits de grande qualité.

Il y a les jolis petits cochons roses des alpages, nourris aux rebuts laitiers de l’étable : petit lait en l’occurrence, qui m’amusent dans leurs déplacements dandinants animés de couinements d’aise et de satisfaction.

Nos éleveurs ont bien quelques leçons à donner.

Moins gai, un peu plus macabre dirais-je (je vais me prendre une volée de bois vert par une horde de vegans déchaînés), la préparation du repas par le découpage de jolis petits lardons pour une petite omelette bien baveuse.

Je ne les achète plus prédécoupés, et je les choisis dans une poitrine fumée, une viande, de qualité.

La santé passe aussi et surtout par – la qualité – les petits lardons.

« Goûte-moi ça
Hum, c’est bon !»

En Chine, la maladie aurait tué presque 100 millions de cochons.  Ils ont abandonné la lutte contre cette épizootie en attendant l’élaboration d’un vaccin d’ici … 5 à 10 ans.
Et les Chinois se ruent désormais sur nos bons petits cochons français !

« Goûte-moi ça
Hum, c’est bon !»

Pourvu, qu’en dépit de cette manne ou de cette aubaine, on les garde toujours aussi bons, nos petits cochons !

Sans ou avec petits pois comme dans la chanson !