365 Nuances de 2019 – #291 – «Chambord, une féérie»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

« Chambord* », château, palais ?
Avant tout : une féérie.

Le documentaire* éponyme, réalisé par Roland Charbonnier à l’occasion des cinq cents ans de cette merveille de la Renaissance, immerge le spectateur dans l’Histoire de France, de François Ier à aujourd’hui tout autant qu’il l’entraîne dans la débauche de vie sauvage qui anime le domaine.
Cécile de France, d’une jolie voie fraîche, raconte cette épopée initiée par François Ier et conçue par Léonard de Vinci.

Chambord est une féérie architecturale au cœur d’un domaine, aussi grand que Paris, tout aussi féérique.
Le château, le Cosson qui le borde, les jardins à la Française, la forêt immense forment un tout majestueux et indissociable.

Le film alterne le récit des vicissitudes qu’a connues ce palais, au gré de l’Histoire de France, au gré de l’intérêt ou de l’oubli que lui vouèrent les Princes, les grands épisodes de cette même Histoire et l’allégorie de la futaie, de la faune sauvage qui prospèrent dans ce sanctuaire naturel.

On y apprend tout.

Que François Ier n’y séjourna que quelques semaines, dont celles avant son trépas, mais qu’il y reçut, pour lui en imposer, Charles Quint, qui, subjugué, s’exclamera : « Ce lieu est un abrégé de l’industrie humaine. ».
Que Molière y joua « Le Bourgeois Gentilhomme » pour la 1ère fois.
Que le Maréchal de Saxe, mis d’office à la retraite par Louis XV, compensa sa déception en sauvant Chambord de la ruine.  Il dira de ce tribut offert par le Roi pour ses brillants services : « Si la vie est un songe, alors le mien fut beau. ».

Savez-vous qui fut Henri V ?
Le dernier Roi de France, Duc de Bordeaux, mort en exil en Autriche.
Il fut aussi celui pour qui, à sa naissance, la France entière alimenta une souscription nationale pour éviter le démantèlement de l’édifice par de vils margoulins et le lui offrir.
Vous le connaissez sans doute mieux sous le nom de Comte de Chambord.

Passé de la gloire à l’oubli, malmené pendant la Révolution, le château était sur le fil de la mort, avant que la Nation française ne se mobilise pour lui éviter cette tragédie, et que, Henri V, soucieux de ses devoirs et pétri de reconnaissance, n’entreprit une restauration primaire.

Alfred de Vigny chanta Chambord, celui de François Ier, en cette prose :
« Sa salamandre y jette ses flammes partout ; elle étincelle mille fois sur les voûtes, et y multiplie ses flammes comme les étoiles d’un ciel ; elle soutient les chapiteaux avec sa couronne ardente ; elle colore les vitraux de ses feux ; elle serpente avec les escaliers secrets, et partout semble dévorer de ses regards flamboyants les triples croissants d’une Diane mystérieuse, cette Diane de Poitiers, deux fois déesse et deux fois adorée dans ces bois voluptueux. »

Tout ceci pour dire que ce documentaire vaut un film, qu’il vous prend dans les rets de ses images, pour peu que vous ayez un peu de passion, de cœur pour votre pays, la France, sa grande Histoire et les merveilles de la Nature.

* Ce documentaire passe au Studio Galande (5ème /Paris) et au Chaplin Saint-Lambert, (15ème/Paris).
Vite, allez-y.  Seul, avec des amis, avec vos enfants ; c’est de l’Histoire, de la beauté qui passent toutes seules, sans effort.

365 Nuances de 2019 – #290 – «Europe : deux mythes grecs»

Un billet, court, chaque jour.

4773781.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx

« Adults in the room », de Costa-Gavras, retrace les moments-clés de la crise de la dette grecque en 2015 et l’invraisemblable casse démocratique du premier gouvernement d’Alexis Tsipras.

Ce film, bien construit, presque pédagogique, est édifiant sur la gouvernance éminemment trouble de l’Union Européenne.

Le scénario se concentre sur trois axes :
– la stratégie de renégociation de la dette conduite par Yánis Varoufákis, alors Ministre des Finances du gouvernement Tsipras,
– les jeux de pouvoirs informels, sans mandat démocratique, de l’Eurogroup, la «troïka» qui intervint avec brutalité, faisant fi de la souveraineté et de la détresse du peuple, dans la gestion des finances de l’État grec,
– la gifle assénée aux Grecs, opposés aux mesures d’austérité drastiques – M.O.U. – imposées par Bruxelles, en bravant leur refus pourtant sollicité par référendum.

Christos Loulis assume avec un grand talent le rôle de Yánis Varoufákis, Ministre très au fait de son portefeuille des finances ; un rôle tout en maîtrise de nerfs et en expression de convictions.
Il ne cédera pas sur ses convictions.  « Money can’t buy me love » : on ne m’achète pas.

« Europe »
Mot évocateur de multiples récits !

Celui, dans le film, de la technocratie bruxelloise sans humanité contre le dilettantisme budgétaire grec.

Celui, de la légende, du piège tendu par un dieu à une mortelle.
Europe, fille du Roi de Tyr en Phénicie, se promenait le long de la mer sur la plage de Sidon.
Zeus, qui passait par-là, séduit, voulut l’approcher.
Mais il ne fallait pas effrayer la Belle, et encore moins risquer la jalousie de son épouse Héra.
Aussi, se changea-t-il en taureau blanc et se plaça-t-il sur le chemin d’Europe.
Le stratagème fit son œuvre, Europe s’approcha du taureau qui l’enleva dans les airs jusqu’à l’île de Candie.
Revenu à sa forme humaine, Zeus, à l’ombre d’un platane, vainquit Europe.

Deux histoires, deux récits de tours de passe-passe, à quelques millénaires de distance.
L’Europe s’est-elle inspirée de ce mythe antique ou alors Zeus, affrontant les âges et le réel, se serait-il déguisé en Europe ?

C’est aux adultes de répondre.

365 Nuances de 2019 – #287 – «Une éternelle jeune fille»

Un billet, court, chaque jour.

fqy456a8r8zz

« Viens, viens sur la montagne
Tout près du ciel j’ai ma maison
Viens, viens sur la montagne
Là-haut il fait si bon »

 

 

Marie.
Tout près du ciel tu as maintenant ta maison.
Et ici, sur terre, il reste tes chansons, ta voix claire, avec un tremolo aérien à chaque fin de strophe.

Pas de doute, à chaque antienne, c’est une jolie voie de jeune fille qui s’élève.
Une éternelle jeune fille désormais.

Une vie trépidante, à l’enfance brisée, aux amours tumultueuses, des hauts et des bas de carrière, un peu d’oubli d’un public français souvent volage.
Il reste la mémoire d’un visage d’une beauté unique, fin, lumineux.

Aux yeux de biches.

Visage un brin insolent.
Juste ce qu’il faut d’effronterie pour prononcer une des phrases mythiques du répertoire cinématographique français :
– «C’est bien la première fois qu’il fait des étincelles avec sa bite.»*
Il n’y avait qu’elle, il n’y aurait pu y avoir qu’elle, pour prononcer cette phrase, d’une moue de duchesse compassée, avec une sublime élégance détachée, comme on annoncerait le passage d’un voisin importun.
N’importe quelle autre aurait eu à le dire, c’eut été vulgaire.

5dbf4d53210000894734bd21.png

« Si tu rêves de beauté et de jours sans fin
De torrents glissants au cœur des forêts
Viens avec moi viens »

On arrive.
Mais d’ici là :
« Fait bondir le soleil d’été
C’est si bon de ne pas penser
Que calor, que calor, la vida »

 

* « Les Morfalous », Henri Verneuil, 1984

365 Nuances de 2019 – #286 – «Se lancer !»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

J’avance, billet après billet, sur le chemin des « 365 Nuances de 2019 ».

Aujourd’hui, je franchis une étape particulière en adressant, à différents rédacteurs, différentes personnalités, la dernière version imprimée de cette série.
L’audience en ligne de mon site gagne chaque jour des lecteurs, mes mots croissent petit à petit en résonance, je reçois ici et là quelques encouragements, alors, je me l’autorise enfin.

Se lancer ?
Je me lance.

J’aurais pu attendre d’avoir accompli la totalité du défi, attendre le 365ème billet du 31 décembre 2019.
Mais, comme en course à pied, il est utile, sur le parcours, de regarder régulièrement la montre pour savoir où l’on en est.
La montre ici, c’est la confrontation avec les professionnels de l’écriture, c’est aller chercher de la reconnaissance et, potentiellement, de l’indifférence ; risque à prendre.

Un drôle de « tic-tac » s’est mis en route.
Réaction, pas réaction.
Comme dit le slogan : « 100% des gagnants ont tenté leur chance ».

365 Nuances de 2019 – #285 – «Une cause contre une autre»

Un billet, court, chaque jour.

5394800.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx

« Notre Cause », « Cosa Nostra » en Sicile.
Quand on a été nourri à ce poison-là dès le biberon, comme le héros du film Tommaso Buscetta, il est surhumain d’aspirer à autre chose et de trahir.

Mais il a dû y avoir un autre lait que celui de la camarilla dans son biberon, puisqu’il prendra tous les risques pour rompre l’omerta.
Sans doute un défaut d’origine ou un remord à retardement ou encore un sursaut de l’âme à mèche lente.

Ce que Tommaso Buscetta aime plus que l’argent du crime, ce sont les femmes et la vie.
Ce que Tommaso Buscetta, bien que criminel confirmé, n’accepte plus c’est le temps du crime sauvage, aveugle et gratuit contre le temps du « noble » crime d’honneur.

Il devient « Le Traître », « Il Traditore », celui qui risque sa peau pour le restant de ses jours en ouvrant la boîte de Pandore de la pieuvre sicilienne et en en faisant jaillir tous les secrets.

Pierfrancesco Favino, alias Tommaso Buscetta, campe son personnage avec méthode, précision, justesse.
Un personnage balancé entre l’amour du pays, une certaine légende chevaleresque de la pègre et son dégoût pour le meurtre froid.

Suivre du regard le parcours du « repenti », ne fait pas pour autant oublier une fresque assez réussie et sans concession du fonctionnement du clan, de ses codes archaïques et de son système mortifère.

Seule une petite scène du film, une manifestation de travailleurs dont les banderoles affiche : « c’est Cosa Nostra qui nous donne du travail et nous fait manger » rappelle la logique normale des sociétés ; là où l’État cède la place, la pourriture s’installe.

La volonté, la reprise en main de la machine sicilienne par l’État, est symbolisée par le Juge Giovanni Falcone (Fausto Russo Alesi), une justice ferme, déterminée mais humaine.  Là encore, un jeu d’acteur tout en maîtrise.

Une cause contre une autre, le bien réarmé contre un mal enraciné.
Le film, bien qu’un peu long par moment, tient sa promesse de réalisme et de vérité ; il est joué à la « sicilienne » : un langage à part.