365 Nuances de 2019 – #190 – « N°190 – Merci à mes quelques lecteurs »

Un billet, court, chaque jour.

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Ce matin, j’ai ouvert un message dont la lecture a illuminé les premières minutes de ma journée.
Une lectrice m’adresse des compliments d’une grande gentillesse.

Un soleil !

À échéance régulière, je consulte les statistiques de lecture de mon site de publication, et je constate que, lentement mais sûrement, l’audience augmente.
Je ne cherche pas à faire le « buzz », puisque contrairement au franglais d’usage courant que l’on en fait, « buzz » signifie, en commerce, une technique de marketing, soit en technique de sonorisation, un bruit parasite.

L’objectif de « 365 Nuances de 2019 » est simplement d’écrire, tous les jours.
D’écrire vrai et bien.

Je commence à avoir « la crainte de l’adjectif », ce qui, selon Paul Claudel, est le signe d’une montée en puissance, de l’acquisition d’un style.  De son propre style.

Il n’en reste pas moins que vos retours, vos réactions (vos « like »), apportent un plaisir très encourageant, enrichissent l’encre de ma plume de la vitamine de la reconnaissance.
Et, si des professionnels lisent et apprécient ma prose, alors, sans hésiter qu’ils se manifestent.

Un vif et simple merci à tous ceux qui m’encouragent.

365 Nuances de 2019 – #139 – «Quand une pub agite un chiffon rouge»

Un billet, court, chaque jour.

Acheter un produit, un service, en dehors de répondre à un besoin, de pallier une incapacité à résoudre soi-même une tâche, doit aussi refléter un certain nombre de principes, de valeurs ou une ligne éthique.

Aujourd’hui, consommer revient, à chaque achat, à un engagement de responsabilité, à un acte citoyen.
En fait, le petit rectangle de plastique qui permet le paiement à crédit, les quelques pièces et billets extraits du porte-monnaie, ont pouvoir de jugement sur les marques.

Pouvoir immense.
Celui d’approuver – ou non – une véritable utilité, un mode de production, une démarche sociale, un maintien à distance confessionnel, un impact sur l’environnement, une image de marque.
Pouvoir aussi de désapprouver un message, celui mis en avant par le biais de la publicité.

Est-ce que l’encart dans un journal que je feuillette, le film publicitaire que je visionne m’adresse un message, une idée du produit ou du service que je partage ?
Est-ce que la marque en question respecte le rôle de la publicité : attirer l’attention, suggérer ?
Est-ce que l’image, le film s’en tient à des arguments factuels qui concernent strictement le produit ou le service ?

Dans bien des cas, ces limites sont respectées.
Mais certains annonceurs les franchissent ardemment et s’engagent dans des prises de position qui renvoient plus à des incitations à opposer des camps, qu’à faire rêver de leurs produits, aussi innovants soient-ils.

Je ne citerai pas la marque.  Le texte suffira à situer le nœud de mon propos.

« Parce qu’ils sont tous au même endroit, on va ailleurs.
Parce qu’ils ont peur, on vit.
Parce qu’ils n’ont pas de mérite, on le gagne.
Parce qu’ils gardent pour eux, on partage.
Parce qu’ils préfèrent hier, on choisit demain.
Parce qu’ils veulent posséder, nous, on reste libres. »

Ce n’est pas un slogan.
Ce n’est surtout plus un slogan.
C’est l’anaphore de l’excitation.

C’est un jugement frontal.
Une partition radicale entre les anciennes mauvaises valeurs des uns et les nouvelles bonnes valeurs des autres.
C’est une condamnation sans appel.
Un verdict partial entre ceux qui méritent – mériteraient – et ceux qui ne méritent – mériteraient – plus.

Ces mots sont incrustés dans l’image.  Gravés dans le message. Appuyés par une musique aux intonations guerrières.
Ainsi, vous n’êtes pas invités à vous intéresser au service promu, vous n’êtes pas invités à analyser la réalité de l’offre, vous êtes enjoint à prendre parti.

Cette injonction ruine l’intention.
Il n’y a plus de « réclame ».  Il n’y a plus de proposition.
Il n’y a qu’une vérité à sens unique.

Il y a le diktat d’une nouvelle norme à laquelle il faut adhérer sous peine de disparaître.
Si vous n’êtes pas là, si vous n’êtes pas de ceux-là, vous n’êtes nulle part, vous n’êtes rien.

Six vertus cardinales terrassant six péchés capitaux.
Un chiffon rouge excitant les uns à déchoir les autres.

Excitation, injonction.
On a le pouvoir d’acheter.  Ou pas.

Chacun son évangile de consommation.

365 Nuances de 2019 – #129 – « Quand ça déraille … un peu ! »

Un billet, court, chaque jour.

Ce sera vraiment un billet en direct.
En direct du fatalisme : « on n’y peut rien ma brave dame ! »

De toutes les façons, à part beaucoup de lecture et une bouteille d’eau qui va bientôt être vide, on ne peut que jouer la politique de l’optimisme pour conjurer une loi de Murphy qui pointe le bout de son nez.

– « Tout ce qui est susceptible d’aller mal, ira mal. »
Bon, au moins, il y a une prise, du courant ; je peux écrire sur ce clavier bien opportun pour déverser ma résignation teintée d’une pointe d’humour.
– « Tout ce qui est susceptible de s’améliorer, s’améliorera »

Un arbre est tombé sur les voies.
« Votre train est immobilisé en gare des « Aubrais » pour une durée indéterminée ! »

Il est amusant le contrôleur, ou le chef du train.
Bref la voix qui, après le petit grésillement qui va bien, qui amorce le suspense et suspend une impatience latente, lance un « Mesdames, Messieurs … » qui accroche un espoir à ses mots.
« Pour l’instant, nous n’avons aucune information sur l’évolution du trafic qui est totalement arrêté sur l’ensemble du réseau. »
« Un prochain point vous sera donné vers 19:45. »

19:57 !  Il est joueur le contrôleur.

De toutes les façons, dans mes bagages toujours pléthoriques (je ne sais pas voyager léger), j’avais emporté de quoi rattraper mon retard de lecture des journaux.

De quoi lire la totalité des commentaires sur les élections Européennes et de constater que ce n’est pas parce qu’on est deuxième en pourcentage que l’on peut s’estimer vainqueur.
De quoi lire une belle biographie de Michel Serres, décédé le 1er juin dernier.  Je cite un extrait de sa thèse : « à l’intérieur de tout système, le plus petit opuscule, le moindre sous-système reproduit la structure de l’ensemble » ; je suis donc sans le savoir en plein cœur  – dans le train à l’arrêt – de la philosophie de Leibniz !
Un arbre, ce train sont donc de petits opuscules, des moindres sous-systèmes qui …

Oh ! Bonne nouvelle !  Le train repart.  1h30 de retard en vue.

Donc, un arbre est un petit opuscule, un moindre sous-système qui … vite dégagé. Vous pouvez repartir vers le week-end rêvé !

En prime, vient de dérailler : la loi de Murphy !

– « Tout ce qui devait s’améliorer, s’est amélioré ! »

365 Nuances de 2019 – #128 – « Le temps long retrouvé »

Un billet, court, chaque jour.

270 pages de réflexion, d’éloge du temps long, de remise au centre de la valeur « Homme ».

Pas une ligne n’est en trop.
Toutes sont des baumes, tant, chacun : simple citoyen, dirigeant, responsable politique – , nous avons conscience de l’absurde de notre agitation permanente, de notre addiction au mouvement sans but, à la transformation permanente, au jetable ; au vain.

Francois-Xavier Bellamy replace le temps long au cœur de nos vies et, particulièrement, au cœur de l’action politique.

Il explique comment, des pré-socratiques à aujourd’hui, le culte du mouvement perpétuel, le sacre du marché se sont construits pour devenir une fuite perpétuelle, ont dévoyé notre besoin d’ancrage, notre besoin de fins tangibles, notre attachement à la « demeure ».
La « demeure », cette permanence vers laquelle toutes nos actions ont besoin d’être orientées pour prendre sens.

Un plaidoyer pour que nous, Hommes, le restions bien, pour que nous remettions à leur place les chantres du marché, du chiffre, du consommable qui, pour poursuivre leurs desseins insatiables, ne font plus de nous que des produits.

« La crise à laquelle aboutit notre modernité, dans son accomplissement inédit, tient tout entière au fait qu’elle exalte le mouvement, au point de lui refuser absolument tout but qui pourrait y mettre un terme.  Nous voulons que tout change, que tout bouge, que tout se transforme ; et ainsi nous ressemblons à un Ulysse épuisé, enivré de son odyssée au point qu’il renierait sans cesse Ithaque de voir son périple s’achever.  Nous avons fui la demeure, disqualifié la patrie, déconstruit les stabilités naturelles, révoqué l’immobilité des vérités éternelles, pour pouvoir rester en mouvement – sans voir que les points fixes étaient les conditions nécessaires au mouvement que nous aimons tant ; et faute d’avoir encore un point d’arrivée vers lequel nous diriger, nous nous agitons désormais sans savoir pourquoi changer, et en prenant d’ailleurs le risque de ne rien changer, en fait. »

365 Nuances de 2019 – #108 – « Modérateur est mon métier »

Un billet, court, chaque jour.

Réflexion sur un article édifiant publié au journal « Le Monde », daté du 10 avril 2019 et signé par Morgane Tual et Martin Untersinger.

« Meurtres, pornographie, racisme… Dans la peau d’un modérateur de Facebook« 

D’une belle idée, un « facebook », un album de promo pour étudiant, est né un cloaque.  Si la majorité des internautes utilisent Facebook à des fins conviviales, il en est allé comme de tout système, à une utilisation criminogène.

L’article partage une série de témoignages de « modérateurs » de Facebook, ceux dont le métier est de passer au crible toute l’ignominie qui gangrène le site.
La voir, la scruter et l’éliminer autant que possible ; à défaut de pouvoir, impuissants, l’éradiquer.

Ces « modérateurs » visualisent à longueur de jour la somme des abjections humaines, celles qui poussent les odieux à filmer leurs propres crimes : « Mon pire souvenir, c’est une vidéo dans laquelle on voit une femme gisant sur le sol, qui a l’air de souffrir, elle a des spasmes, elle vient sans doute de se faire torturer.  Quatre hommes autour commencent à lui asséner des coups de machette sur la jambe.  Elle hurle, ils lui coupent la tête, et la montrent à la caméra. »

J’ai visionné, un jour, au hasard des pages Facebook, une vidéo de ce type, un lynchage de Chrétiens au Nigéria.  Il m’a fallu plusieurs semaines pour évacuer les images.

L’ampleur du phénomène est telle !
Les dérives sont si ancrées, si habituelles que s’y attaquer s’apparente à un travail de Titan.  Et là, on ne parle que des vidéos.  Pas des photos, ni des commentaires.

Il paraît que ces modérateurs sont accompagnés psychologiquement et bénéficient de 45′ hebdomadaires de séance de bien-être.
Pas un ne semble tenir plus de quelques mois à ce poste.