365 Nuances de 2019 – #233 – «Pas montée au cerveau»

Un billet, court, chaque jour.

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« Dis-moi ce que tu mets dans ta poubelle, et je te dirai qui tu es ! »

C’est aussi simple que cela.
En l’occurrence, au pied d’une poubelle, un lot ce six bouteilles de lait.  D.L.C.* : 13/01/2020.

L’observation de ce gâchis m’a arrêté net dans mon élan.  Je n’y croyais pas : au débarras sauvage, au produit jeté et bien moins au fait qu’il soit encore parfaitement consommable.

Il y en a encore beaucoup pour qui la réalité alimentaire du monde n’est pas montée au cerveau.
Alors que tous, médias, pouvoirs publics, associations et, de plus en plus, chacun à titre individuel, avons pris conscience des impacts environnementaux de la surconsommation et du gaspillage alimentaires et, plus grave, des difficultés matérielles d’une large partie de nos concitoyens, souvent en bas de chez nous, qui peinent à se nourrir, une telle désinvolture est incompréhensible.

Pour ceux qui se soucieraient du devenir de ce lait, je l’ai tout simplement déposé dans le hall de mon immeuble.  Il a trouvé preneur avant la fin de la matinée.

* D.L.C. : date limite de consommation.

365 Nuances de 2019 – #229 – «Humour au supermarché»

Un billet, court, chaque jour.

00997101-3--1500x1500J’ai croisé, en faisant un petit marché au supermarché du coin, le sacristain de la paroisse. Eh oui, un sacristain, tout dédié qu’il soit à la chose religieuse et au confort des paroissiens, est un homme ordinaire qui fait ses courses au supermarché.

Je l’entends rager, ce qui ne correspond exactement pas à l’image obséquieuse que l’on pourrait se faire d’un tel personnage, qu’il en a ras le bol – ou le bonnet – de devoir sillonner les rayons, d’arpenter les étalages pour ravitailler.

Et je lui réponds, goguenarde : « Ben, si ça continue comme cela a l’air de vouloir continuer, nous allons tous devoir nous atteler à des charrues, retourner la terre, biner, sarcler, semer, poser des pièges, traire des vaches, élever des poules, reprendre la mer pour pêcher. Bref, se retrousser les manches. »

Ça l’a fait marrer.  Et du coup, il a réempoigné son panier, avec une meilleure volonté et de meilleure humeur.

Il n’empêche que ce serait marrant, en un claquement de doigts, sur toute la grande surface de la terre du nord au sud et de l’est à l’ouest, de voir disparaître la totalité de nos grandes surfaces, supérettes, épiciers et autres pourvoyeurs de denrées cellophanées.

Le taux de chômage baisserait peut-être d’un coup, sauf dans l’agriculture qui reverdirait.
L’obésité disparaîtrait.

Mais avant cela, à sept milliards d’individus affamés, dont les 3/4 n’arriveraient pas à se nourrir seuls, cela fera du grabuge et des empoignades !

CQFD ! Ça ne va pas être simple de changer …

365 Nuances de 2019 – #225 – «Man In Black»

Un billet, court, chaque jour.

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« Ah, I’d love to wear a rainbow every day
And tell the world that everything’s OK
But I’ll try to carry off a little darkness on my back
‘Till things are brighter, I’m the Man In Black. »

Il aurait aimé porter de la couleur, mais son esprit était bien trop rempli des malheurs du monde ; porter le deuil de la permanence de ses misères.

Il, c’est l’Homme en Noir, « the Man In Black » :  Johnny Cash, qui est parti un 12 septembre, il y a juste seize ans.

Sa voix chaude de baryton a fait de lui le pilier de la musique américaine : rock ‘n’ roll, rockabilly, blues, folk, gospel.
Il a tout chanté, tout joué, au cinéma, au petit écran : Inspecteur Columbo, la Petite Maison dans la Prairie.

Mais il a surtout lancé, aidé un grand nombre d’artistes, comme Eric Clapton par exemple.  C’est lui qui a contribué à relancer la carrière en berne de Bob Dylan, co-écrivant avec lui  un album en 1969: « Nashville Skyline ».
S’y retrouve un duo inédit Cash/Dylan pour une chanson très poétique : « Girl From The North Country ».

Une petite dizaine d’années séparent alors les deux hommes qui s’accordent sur ce joli texte.
Johnny, Bob : deux piliers de la culture américaine.
L’un aurait quatre-vingt-sept ans.  Le second en a soixante-dix-huit et a été fait Prix Nobel de Littérature en 2016.

L’un comme l’autre est allé chercher ses mots, ses sonorités, dans les forêts, dans les ranchs, dans les champs de coton, dans les bars, à Nashville, à Woodstock, dans les prisons, dans les bayous, dans les chapelles.

Écouter Cash, c’est fouiller dans la mémoire des pionniers campant dans les plaines autour d’un feu et grattant une guimbarde.
Écouter Dylan, c’est le suivre parcourir l’Amérique profonde sur sa moto, traquer les cabanes perdues, les banjos de fortune du Mississipi ou traîner dans les bars de Minneapolis.

Ce sont des petites plaintes d’harmonica, celles des cowboys solitaires.

Au pied des arcs-en-ciel, se trouvent toujours, dit-on, un trésor.
« ‘Till things are brighter » : jusqu’à ce que tout devienne plus lumineux. Le trésor, une certaine lumière, sûrement, se trouve le temps d’une chanson de Cash.

365 Nuances de 2019 – #224 – «L’art de Pierre»

Un billet, court, chaque jour.

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Entrer dans le magasin, pardon, dans l’écrin de Pierre, est un enchantement.  Les fleurs y débordent, elles se mêlent et s’entremêlent, elles s’épanouissent, elles embaument.

Pierre est un fleuriste.
C’est un métier compliqué et important.

Compliqué.  J’ai eu la chance de l’accompagner, tôt, très tôt, un matin à Rungis, et vraiment, repérer, choisir est un métier qui ne s’improvise pas.
Cela se voit qu’il sait son art.  Il navigue dans les travées, dans la houle des pétales et des bourgeons avec l’œil, le nez, l’intuition d’un vieux loup de mer.
Il cabote d’étal en étal et soudain fond droit sur la fine fleur des fleurs.

Important.  Et là, ce ne sera pas moi qui en parlerai le mieux, c’est Alain Baraton, le Jardinier du Château de Versailles, de Trianon et de Marly.  Il consacre tout un chapitre de « L’Amour au Jardin » aux fleurs.  Au langage des fleurs.
Et là vraiment, on s’aperçoit que le métier de fleuriste est aussi un métier de linguiste, ou de traducteur, ou, certainement, de diplomate.

Car, si, par exemple, vous offrez des géraniums à votre idylle, s’ils sont rouges, vous lui signifiez que vous la trouvez bête.  Vous risquez gros, à moins que vous n’ayez calibré une intention précise à l’avance, celle, par exemple, de lui signifier son congé !

Au-delà du compliqué et de l’important de son métier, non content d’être un fleuriste, Pierre est aussi un artiste ; c’est un poète.
Il manie et marie les fleurs, les couleurs, les formes, les volumes comme pour, en vous privant de mots, vous repaître de rêves, de ressentis.
Ce ne sont pas des natures mortes qu’il crée, ce sont des peintures vivantes.
Plisser doucement le regard, dans le clair-obscur intentionné, suffit à saisir le motif poétique.

Dans ses gestes, malgré la fatigue, un peu d’usure, se ressentent l’amour du métier, la maîtrise des compositions, la finesse des assemblages.
Il transforme les petits sous de ses clients en vers fleuris, en rimes odoriférantes, il leur compose des messages en bouquet.

Rien ne fonctionnerait sans générosité. Une générosité inspirée du charme des corolles et des feuillages.
Je reprendrai Alain Barton, dont je retaillerai la prose au bénéfice de l’artiste Pierre : « la gent masculine a offert suffisamment de fleurs pour pouvoir en garder une ».
Considérons alors que ce billet est une fleur faite à un ami-fleuriste-artiste-poète.

365 Nuances de 2019 – #198 – «La santé par les petits lardons»

Un billet, court, chaque jour.

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« Goûte-moi ça
Hum, c’est bon !
Petits pois lardons
Lardons petits pois
Goûte-moi ça
Petits pois lardons.»

Ce sont quelques paroles d’une chanson de Julien Clerc qui me sont revenues de façon lancinante en lisant ce matin dans le journal un article sur l’incontrôlable épizootie de PPA (peste porcine africaine) en Chine.

Ce refrain en tête, je me suis souvenue de photographies prises à la volée, il y a seulement quelques heures, sûrement d’inspiration prémonitoire à la lecture de cet article.

Photographies volées à la poésie et l’humour croisés au fil des randonnées ou aux plaisirs culinaires de travailler de beaux produits de grande qualité.

Il y a les jolis petits cochons roses des alpages, nourris aux rebuts laitiers de l’étable : petit lait en l’occurrence, qui m’amusent dans leurs déplacements dandinants animés de couinements d’aise et de satisfaction.

Nos éleveurs ont bien quelques leçons à donner.

Moins gai, un peu plus macabre dirais-je (je vais me prendre une volée de bois vert par une horde de vegans déchaînés), la préparation du repas par le découpage de jolis petits lardons pour une petite omelette bien baveuse.

Je ne les achète plus prédécoupés, et je les choisis dans une poitrine fumée, une viande, de qualité.

La santé passe aussi et surtout par – la qualité – les petits lardons.

« Goûte-moi ça
Hum, c’est bon !»

En Chine, la maladie aurait tué presque 100 millions de cochons.  Ils ont abandonné la lutte contre cette épizootie en attendant l’élaboration d’un vaccin d’ici … 5 à 10 ans.
Et les Chinois se ruent désormais sur nos bons petits cochons français !

« Goûte-moi ça
Hum, c’est bon !»

Pourvu, qu’en dépit de cette manne ou de cette aubaine, on les garde toujours aussi bons, nos petits cochons !

Sans ou avec petits pois comme dans la chanson !