365 Nuances de 2019 – #303 – «Fred, le dernier des Compagnons»

Un billet, court, chaque jour.

 

76727087_2324489524343279_3656093019548942336_n

Fred Mella, le derniers des « Compagnons de la Chanson », s’est éteint le 16 novembre dernier.

Élancer la voix à l’unisson, sans guide.
Ce fut là la force des « Compagnons de la Chanson », neuf splendides voix masculines aux tonalités, aux accents multiples.

Un fifre donne le « la » et s’entonne, dans un tempo joyeux :

« Ses cheveux sont plus blonds
Que les blés aux moissons
Je l’appelle Rose, Rose, Rose d’or
Notre-Dame à Paris
Est, dit-on, très jolie
Mais ma Rose, Rose est bien plus belle encore »

Une énergie gaie, des thèmes optimistes et romantiques, des mélodies sans cesse renouvelées, de la poésie, une diction impeccable, des jeux de mots malicieux, des airs de fête bon enfant qui composent un répertoire unique.

Je les écoute souvent, je les écoute encore à la minute où j’écris, je fredonne en rythme et reprends en coeur :

« Chantons pour la vie qui va
Pour celui qui s’en va
Qui ne reviendra pas »

 

365 Nuances de 2019 – #299 – «Quelques grammes de souvenirs»

Un billet, court, chaque jour.

Capture d’écran 2019-11-18 à 10.37.52

Il en faut peu pour amener un sourire sur les lèvres.

Sur les quais de Trouville, j’ai trouvé un pèse-personne public et, plouf : plongeon dans les souvenirs, ceux des grands parcs et autres lieux de la capitale, dont le Jardin d’Acclimatation.

Cela me rappelle le nombre de fois où j’ai quémandé une piécette à mon adorable père pour pouvoir grimper sur la petite plateforme en fonte.

Cling !  Une fois la pièce introduite, le bruit du mécanisme.
Et une petite sonnerie, une fois le ticket cartonné, décoré d’une image, sorti.

La joie croustillante de renouveler le geste et l’opération reste neuve.
Un suspens de quelques secondes au prix d’un sou inutilement gaspillé.
Le poids prend un sens un peu différent.
Mais le plaisir reste intact, avec le poids, quelques grammes, de jolis souvenirs.

Si le cœur vous en dit, il en reste encore au Jardin du Luxembourg.

 

365 Nuances de 2019 – #298 – «Sabots Modernes»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

C’est amusant ce qu’un long trajet de métro vous donne à observer lorsqu’on a oublié son livre, lorsqu’on n’a pas pris cinq minutes pour acheter le journal et lorsque aucune envie ne vous vient de singer la quasi-majorité des passagers, c’est-à-dire s’enfermer tête baissée dans un smartphone.

De coup d’œil en coup d’œil, en plongée vers le sol, je me suis aperçue que la quasi-totalité des personnes qui m’entouraient portaient des baskets, pardon des chaussures de sport, pardon des sneakers.

Il y en a pour tous et toutes.
Bébés, enfants, jeunes, vieux, hommes, femmes.
Autochtones, touristes de tous les continents.

Il y en a de très classiques.
Il y en a de très célèbres portant le nom d’illustres champions sportifs.
Il y en a des sobres, il y en a des sophistiqués.
Il y a des soignés, il y en a des négligés.
Il y en a des flambants le neuf, il y en a des éculés.
Il y en a des popu, il y en a des chics, des travaillés.

A cheminer du regard, de bas en haut, des sneakers à la tête, on finit par relier une logique, de style et de moyens, entre les portés et le porteur.

Le soulier, le cuir semble avoir perdu la partie.
J’ai cherché de l’escarpins, du Richelieu, de la salomé, du talon aiguille, de la ballerine, du derby, de la double boucle.
Au fil des couloirs, des quais et des rames, sur une cinquantaine de paires de pieds observées, une majorité de sneakers et toutes leurs déclinaisons possibles.

Une telle unanimité visuelle, une telle démocratie à toutes ces extrémités m’en a rappelé une autre, bien lointaine.

Le sabot, accessoire de bois qui a chaussé le pied de milliers d’européens pendant quelques siècles, a émergé des limbes de l’histoire vernaculaire.
Une histoire comme celle des humbles personnages, piliers centraux de la scène de  « l’Angelus » de Jean-François Millet.  Homme et femme, l’un et l’autre en prière.  Indistincts dans leurs cales de bois.

Une esthétique oubliée a refait surface.
Vers 1870, la France comptait environ vingt-cinq mille sabotiers qui produisaient près de dix-huit millions de paires par an.

On pouvait voir, au sabot, à son bois de travail, s’il était garni de paille, d’herbes parfumées ou d’un chausson délicat, s’il était ouvert ou couvert, s’il était clouté ou non, à la sophistication des brides en cuir quel en était l’usage et quelle était la qualité de son usager.

Il y en avait de très classiques, bruts et de très travaillés.
Il y avait en saule, en aulne, en bouleau ou peuplier noir pour les plus modestes.
Il y en avait en hêtre pour les plus solides.
Il y en avait en noyer, en pommier ou en cerisier pour les plus luxueux.
Il y avait les sabots pour aller à l’étable, ceux pour aller à l’usine, ceux pour aller au front.
Il en fallait au moins trois paires par an.  Chaque village avait son sabotier.

Il y eut donc sabots et sabots.
Ceux de François Villon et des Ribotes du Paris mal famé.
Ceux d’Anne de Bretagne, la Duchesse en sabots.
Ceux d’Hélène, tout crottés, où un Georges Brassens a trouvé des pieds de reine.

Comme il y a aujourd’hui sneakers et sneakers.
Ceux produits, identiques, en quelques centaines de millions d’exemplaires par an.
Ceux qui se ressemblent sur tous les continents.
Ceux des troubadours modernes et des princes républicains.

Ce sont des sabots modernes.
Les usines asiatiques en plus et la poésie en moins.

365 Nuances de 2019 – #297 – «Vas-y Poupou !»

Un billet, court, chaque jour.

329d93a03988eb68911659ac47f6557f

«Vas-y Poupou !»
C’est ainsi que je le connais.
Je l’ai chanté sur tous les tons, à tous les rythmes.

Trop petite pour être intéressée au cyclisme à l’époque des légendes : Jacques Anquetil, Louison Bobet, Joop Zoetemelk, il n’en reste pas moins que le nom de Raymond Poulidor sonne comme une référence.

« Il était bien plus que l’éternel second ! »
C’est en ces termes qu’Eddy Merckx fait l’éloge de Raymond Poulidor.

En lisant les unes de l’annonce de son décès, j’ai lu sa biographie.  Beaucoup de hauts des podiums mais jamais celui du Tour de France.

J’ai passé en revue les photographies de lui.
Il apparaît toujours avec un visage très décidé, un air à ne rien lâcher, comme sur l’une des vues, en lutte avec Jacques Anquetil lors d’une étape du tour 1964, au Puy-de-Dôme.
Il n’enfilera pas le maillot jaune, terminera 3ème mais distancera son grand rival.

À écouter quelques prises de son, en pleine lutte de course, je l’entends prononcer des :
– « C’est encore haut le sommet ? »
et
– « Et on croit que c’est pas dur ! »

Une hargne de forçat semble-t-il.
Une hargne qui force l’admiration, celle de ne rien lâcher, même dans la malchance, même dans la compétition extrême.

C’est sans doute cette hargne, ce tempérament qui lui a valu en France une si grande popularité et un respect populaire d’une longévité peu commune.

L’un des nôtre, incontestablement.

365 Nuances de 2019 – #253 – «Camaraderie»

Un billet, court, chaque jour.

IMG_5976

Rat, souris des Villes ?  Rat, souris des Champs ?
Peu importe.
C’était probablement très civil et bien plus certainement divertissant.

Ce soir, ce n’était pas une chambrée de soldats, mais une tablée de consœurs : onze femmes à table.
Peu adepte de l’orthographe inclusive, je distinguerai, je valoriserai, un douzième convive, masculin, dont la distinction, naturelle justement, serait injustement heurtée et appellerait une farouche opposition si je le fusionnais, ne serait-ce même qu’orthographiquement, à ce rassemblement de jupons.

Un seul homme donc, privilégié par toutes, observateur amical, complaisant, autant que complice, d’une bonne amitié.

Douze personnalités très diverses.  Libérées du service le temps d’un dîner.
Un métier commun aux onze, un douzième métier bien différent.

Qu’est-ce qui donne sa masse à cet hétéroclisme ?
Réponse : solidarité et entraide teintées d’une certaine familiarité, ce que les soldats en chambrée, autant qu’en tablée, ont dénommé, il y a quelques siècles, la camaraderie.

« Camarader » est un moment aussi rare que l’usage, oublié, du verbe.  Désuet voire perdu ; peut-être à remettre au goût du jour, tant, dans nos vies, presque toujours tendues vers une récompense ou un résultat, il est agréable de partager des moments pour rien.
Pour rien ?
« Camarader » est peut-être un boson, une particule élémentaire qui précède et agrège l’amitié.