365 Nuances de 2019 – #173 – « Au Clou »

Un billet, court, chaque jour. 

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« Vos rêves ne vous appartiennent plus.  Nous les possédons aussi désormais. »
C’est à ce moment-là que son cauchemar s’est éteint.  Un affreux cauchemar de cigale.

Une petite cigale dispendieuse, dépensait, dépensait ; elle croyait que cela pourrait durer toujours. Elle achetait des tas de choses, de trucs et de bidules inutiles.  Elle distribuait de-ci, de-là ; à tous ceux qui réclamaient.  Ceux qui réclamaient furent d’abord gentils, puis ils réclamaient toujours plus, et de moins en moins gentiment.
Ils savaient qu’elle était une manne intarissable et qu’elle cédait, à la flatterie souvent, à la menace le cas échéant.

L’argent ?
Il semblait que la source ne devait jamais se tarir.  C’était facile.  Elle ne savait même pas d’où il venait, elle en avait toujours à sa disposition.
Tous ceux qui lui prêtaient, des peuples de fourmis, étaient toujours très obséquieux.  Ils semblaient l’aimer beaucoup.

Comme elle se faisait plaisir de mille façons futiles, elle ne s’occupait plus de ma maison.  Celle-ci tombait en ruine.  Mais cela n’avait pas d’importance puisqu’elle s’amusait.

Ses consœurs moins prolixes lui donnaient bien quelques avertissements.  Mais rien ne pesait.
Alors les autres communautés de cigales se mirent à regarder son délire avec mépris.  La petite cigale perdit bientôt tout leur respect et toute son influence.

Le ciel s’assombrit brusquement d’un amoncellement du nuages épais et noirs.

« Que faisiez-vous au temps chaud ? »
C’était une voix de fantôme, celle d’une monstrueuse fourmi.

Et là, le rêve est devenu moins agréable.  Plus de miel dans la voix, plus de flatterie.

La fourmi a grandi, grandi.
Et des dizaines d’autres fourmis ont déferlé et se sont agglutinées autour d’elle.
Et la cigale s’est vue accrochée par les élytres à un clou.

« Au Clou ».  Elle était au clou.
A force de dépenser, elle avait engagé tous ses biens, toute sa petite carapace, même ses élytres.
Elle avait aussi engagé tous ses congénères.

La fourmi, suivie de centaines d’autres fourmis venues de partout de l’univers des fourmis, tout aussi implacables, envahirent tout son domaine, tout le territoire de ses compatriotes cigales.

La cigale eut beau tenter de gémir, de plaider, rien ne pouvait arrêter la meute.

La fourmi en chef, dominant de son ombre la cigale agonisante, lui asséna d’une voix tonitruante :
– « Je possède 99,6% de tout ce qui était à toi.  Moi et mes semblables t’avons prêté, prêté, presque gratuitement, tout cet argent que tu as semé au vent.  Les 0,4% restant te donnent juste le droit de respirer encore un peu pour voir l’ampleur du désastre dans lequel tu es entré.  Moi et mes sœurs avons désormais droit sur toi et sur tout ce que tu possèdes.  Tu devras désormais te contraindre à nos lois.  Tu devras travailler, travailler. Et rogner, rogner jusqu’à la corde, sur tous les plaisirs de cigale que toi et tes congénères avez connus jusqu’à présent.
Vos rêves ne vous appartiennent plus.  Nous les possédons aussi désormais. »

C’est à ce moment-là que le cauchemar s’est éteint.
C’était un cauchemar et seulement un cauchemar de cigale.

365 Nuances de 2019 – #120 – « Le cerveau seul »

Un billet, court, chaque jour.

En cours de théologie (oui, je suis des cours de théologie chrétienne.  Histoire de croire en connaissant ce à quoi je crois…), en plein exposé d’anthropologie chrétienne, alors qu’était évoquée la manière dont venait à nous l’idée de Dieu, le sujet s’est posé sur le fait que cette idée de Dieu, en 2019, pourrait ne s’envisager que désincarnée.

Un philosophe contemporain, en vie, très médiatique prône une telle vision.

Merci à toi Jésus-Christ d’avoir fait le job, mais maintenant que nos civilisations, grâce à ton sacrifice, ont mis l’Homme au centre des enjeux avec le bonus de l’exigence de s’aimer les uns les autres, il est possible de s’assumer tout seul, avec ses angoisses et surtout celle de la mort.
Allez, cessez de croire naïvement en la vie éternelle ; vivez le bonheur de la minute : uniquement le présent, sans projection vers l’avenir, sans espérance.

L’amour humain comme ultime sens de la vie.  (Oui, certes !)
Laisser tomber Dieu.  Ayez la foi, comme ça, seulement en l’amour d’esprit à esprit.

Juste le cerveau.  La vie, l’amour, l’espérance : détemporalisés, désincarnés.

Sans corps.
Passeport pour le transhumain ?
Le corps comme une machine sous SAV avec extension de garantie.
Et l’esprit ?

Cela m’a rappelé une nouvelle de Roald Dahl : « William and Mary« .
En bref :
William meurt.  Mais a offert, post-mortem, son cerveau à l’expérimentation d’un collègue neurochirurgien, Landy.
« La tête et le cerveau n’ont pas besoin d’être reliés au corps pour rester en vie. »

Passons les détails des écœurantes manipulations chirurgicales et venons-en au moment où la veuve, Mary, se trouve devant un bocal rempli de liquide, où flottent un des yeux et le cerveau de son défunt-vivant-mari.
Œil et cerveau reliés par moult tubes et tuyaux à un cœur artificiel.

« Vous sentez-vous tout à fait bien William ? »
Question posée à un œil sans visage.  Macabre et terrifiant.

Cette épouse, qui n’a jamais été heureuse avec ce mari froid et autoritaire, sans aucun égard, réalise la domination sans limite qu’elle pourrait désormais exercer sur cet œil et ce cerveau sans corps, sans accès à la parole et sans possibilité de se défendre.
Elle allait pouvoir lui imposer toutes les réponses aux frustrations qu’elle avait vécues.

« Je désire le ramener à la maison. »
D’un regard froid et vengeur, elle tire une bouffée d’une cigarette qu’elle n’aurait jamais été autorisée à fumer du vivant de William, et rejette la fumée sur l’eau du bassin où « se trouve son mari ».
– « Je me demande si je ne préfère pas mon mari sous sa forme actuelle ? »
Pas de disputes, pas de critiques, pas d’ordres à respecter.
Il est « à disposition ».

Un cerveau, un esprit sans corps.  Livré au bon vouloir d’une épouse rancunière qui va donner cours à toute la vengeance possible.
Sans défense.
Là, on s’aperçoit que le corps est le bouclier de l’âme.

Juste le cerveau.  Voilà ce qu’il reste dans la foi du philosophe.
Ne considérer que le cerveau et faire fi du corps.
À certains égards, cela ressemble au cas Vincent Lambert.

C’est peut-être pour cela que Jésus-Christ a été envoyé, corps et âme sur terre.  Nous sommes des êtres incarnés ; le corps est l’habitacle de l’esprit et l’esprit ne vaut que par le corps.
L’un sans l’autre serait livré sans recours à la merci d’une volonté extérieure, possiblement souvent mal intentionnée.

« Le Sourire »

« Si vous avez un sourire, balancez-le du fonds de vos tripes.  Que le monde le reçoive au fonds des siennes »

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Création / Montage – Guillemette Callies – Reproduction interdite

En fait, tout a commencé chez le coiffeur.  J’ai une fâcheuse – ou plutôt une heureuse – habitude d’arriver en avance, histoire de faire une razzia de magazines et de rattraper mon retard en matière de ragots, potins, rumeurs, mondanités et autres superfluités.

Je fais comme ma mère, je lis les revues à rebrousse-poil en commençant par les horoscopes – passés – et les recettes de cuisine que je photographie avec mon smartphone mais que ne préparerai probablement jamais.

Bref.

Vous n’avez certainement pas ouvert ce billet pour connaître mes histoires de merlan, quoi que dans 99,99% des cas, on en ressort avec un grand sourire justement.  Et même qu’on dit tous que cela devrait être remboursé par la Sécurité Sociale.

Et c’est justement là où le bât – le sourire – blesse.  Ou plus exactement dans les magazines.  La photographie qui illustre ce billet est un montage que j’ai composé à partir de publicités et de reportages cannibalisés, découpés au fil des revues.  Si vous regardez cette image attentivement, vous constaterez qu’elle est composée au 2/3 de visages qui ne sourient pas.  Et vous pourriez prendre n’importe quelle pile de magazines, féminins ou non, chez votre coiffeur ou chez votre dentiste, le même ratio s’appliquerait.

Dans cette veine, vous pouvez allumer votre poste de télévision, il en ira de même.  Il y a bien sûr de nombreuses séquences de rires ; mais de rires forcés, organisés, fruits de rapports polis, de moqueries et de cynisme.

Mais le rire n’est pas le sourire.  Le rire n’agite pas les mêmes muscles du visage.  C’est un réflexe.

Le sourire est un mouvement inné. Il a des fonctions physiologiques, psychologiques vitales mais également une fonction d’attraction sociale apaisante.

S’il est inné, le sourire se construit et construit l’identité étape par étape.  Pour passer du sourire spontané et réflexe du nourrisson au sourire différentiel, volontaire ou émotionnel de l’adulte, il faut un long apprentissage qui dépend essentiellement de la mère.  En imitant sa mère, le nourrisson, le bébé, l’enfant – et ainsi de suite – en acquiert les nuances et les particularités culturelles.  La quantité de sourires et d’attentions que reçoit l’enfant influence directement ses propres sourires.  Une mère déprimée sollicitera moins son enfant qui sera plus insensible, aura un sourire plus discret.  A cet égard, il est avéré que les mères aient une sexualisation précoce de leurs gestes, de leurs soins et de leurs attentions au bénéfice de filles et au détriment des garçons.

Pour en revenir à la photo, on peut donc remarquer une frontière bien nette entre les visages fermés et les visages souriants.  Les visages qui tirent la tronche sont pour vanter de grandes marques de parfums, de sacs à mains.  Les mannequins sont accrochés à ces objets tels les esclaves de l’Antiquité égyptienne à leurs effets puisque leur (sur)vie en dépendait en cas de renvoi.  Manifestement, porter des marques hors de prix ne leur apporte pas la moindre satisfaction et ne leur tire aucun sourire.  On peut même dire qu’ils s’emmerdent ferme.  Comme quoi : des millions de dollars de marketing inutile ! Dommage que les antidépresseurs ne soient pas fournis avec les magazines !

D’ailleurs, à l’instar de ces magazines à la triste figure, si vous vous branchez – comme je l’ai testé moi-même en cobaye de mon propre propos – pendant quelques heures non-stop sur les chaînes de télévision, celles d’information en continue en particulier, pensez à vous réserver une cure anti-déprime.  Une approche verbale syntaxique uniquement intero-négative qui ne fera pas bander vos muscles zygomatiques.

Pour le troisième tiers de la photo, il faut noter que les rédactions n’ont pas encore sombré dans la réécriture culturelle, anticléricale et diversitaire puisque ce sont encore le couple, la famille, l’amitié, l’amour, le travail, la dé-consommation et le « sans-tech » qui prennent une pose plus avantageuse.

Encore faut-il séparer les vrais sourires émotionnels des sourires volontaires.  Il semblerait que les vrais sourires soient ceux qui laissent apparaître les dents.

Le sourire a toujours été représenté par les Arts.  Eh oui ! Même en musique !  Un sourire s’entend au téléphone.  Prenez l’exemple de la « Symphonie des Jouets » de Léopold Mozart, vous comprendrez dès les premières mesures qu’il n’a pas du sourire souvent dans son enfance.  Il semblerait cependant qu’en peinture, montrer ses dents soit une esthétique récente.  Le premier exemple de ce type serait l’autoportrait d’Elisabeth Vigée Le Brun avec sa fille.  Avant les progrès de l’hygiène bucco-dentaire et de la dentisterie, soumettre ses crocs à l’épreuve du pinceau était réservé aux personnages connotés négativement comme le peuple ou les sujets ne maîtrisant pas leurs émotions.  Passé le trac des débuts de la photographie, le « cheese » s’est imposé assez longtemps avant que le Diable qui s’habille en Prada ne remette un froid venu d’avant le XVIII° siècle sur le papier glacé.  Depuis tout le monde fait la tronche.

Si le sourire, hors contexte, hormis celui des nourrissons et du « lou-ravi », est dépourvu de sens, il joue un rôle de méta-communication.  Par exemple, lorsqu’on lit un article sur Michel Rostang ou sur Pierre Cornette de Saint-Cyr, le méta-message des photographies qui illustrent les articles sur leur passion pour leur métier, c’est que c’est vrai.  Que ces mecs kiffent leur métier.

Heureusement, il y a des gars – et de filles – qui ont encore leur cerveau en lien étroit avec leurs muscles.

C’est donc une preuve que le cerveau et le corps sont étroitement liés.  Sur le photo-montage illustrant ce billet – coin bas à droite – il y a une phrase accompagnant le sourire lumineux d’un homme : « trouvez le job qui va vous faire aimer le lundi ».  Et je citerai-là un de mes anciens supérieurs qui avait – a toujours – une phrase merveilleuse, qui interroge tous les matins : « si vous n’avez pas ou plus le sourire en arrivant au bureau, ce n’est pas la peine de venir ».  Encore faut-il que les managers soient attentifs aux (méta-)messages qu’ils font passer (notamment durant les entretiens de fin d’année).  Un manager peut convoquer tous les sourires de la terre, mais si lui-même est renfrogné, toute son équipe affichera de même.

Sourire, susciter le sourire est donc une éminente responsabilité : parentale, sociale.  Il est porteur de sens.  Il est un enjeux humain essentiel.

Dans les situations professionnelles – ou autres – difficiles, le sourire peut être le rempart, la digue, le pied-de-nez, l’arme, la réponse ; bref un instrument de lutte.

Le sourire, l’optimisme, relèvent d’une décision intérieure.

Si l’environnement joue un rôle évident dans notre propension à l’optimisme, nous en restons acteurs ; et rester acteur de ce sourire, de cet optimisme est une question de survie.  Dans un article récent de l’Équipe (« Sourire fait-il courir plus vite ?»), il est démontré que « sur les longues distances, sourire en fronçant les sourcils rend l’effort plus facile ».  Nous sommes donc, avec le sourire, acteurs de notre biologie.  Le sourire participe à l’homéostasie, l’ensemble des processus vitaux permettant à l’organisme d’œuvrer à son auto-conservation.  Les « affects », les sentiments, sont des perceptions mentales de l’état interne du corps et des émotions qui le modifient en permanence.  Les sentiments sont utiles à un organisme en ce qu’ils lui apportent à tout moment une information.

« Le challenge du sourire », se muscler un peu chaque jour, permet, même par temps rude, de s’orienter résolument vers ce qui est beau, vers ce qui marche et vers ce qui ne peut que faire du bien.

La conséquence heureuse, le cadeau est en bout de parcours comme franchir une ligne d’arrivée après un long effort, en l’occurrence de travail sur soi.  Le sourire, signe extérieur d’un optimisme naturellement bien musclé (sans dopage, ni paradis artificiels !), permet de régénérer la plasticité du cerveau en dépit d’une supposée stabilité de nos connexions neuronales façonnées par nos comportements.

Ce sourire, cette méta-information, se répercute sur notre environnement lequel répond en conséquence.

Voilà le cœur de mon propos.

Il faut combattre ce cancer politico-médiatique de la phraséologie intero-négative, de l’auto-flagellation, de l’auto-négation, de la dépersonnalisation, de l’acculturation, de la repentance, de la victimisation, de la résignation.  Là se trouve la source de cette plastique chagrine qui tue notre sourire.  Il faut bannir de notre décor, de notre esthétique ces tapisseries médiatiques de visages compassés, inquiets, blasés, méprisants, passifs, asexués.

Pour ainsi restaurer une psyché tournée vers la joie.

Le sourire a diverses fonctions : calmer l’agressivité, accueillir, rompre les tensions entre étrangers, consoler, encourager une action ou une réponse amicale, rompre l’isolement.

Alors, il faut risquer le sourire jusqu’à l’eutrapélie : une bonne humeur, une vraie joie intérieure construite de choses et d’amitiés simples.

Cela ne se fera pas par magie.  « Aide-toi et le ciel t’aidera » semble gueuler mon très cher Johnny Cash : « We have to get back to injecting ourselves into our work.  Otherwise, we’re regurgitators, and not even good ones.  You’ve got a song you’re singing from your gut, and you want that audience to feel it in their gut too.”

« Si vous avez un sourire, balancez-le du fonds de vos tripes.  Que le monde le reçoive au fonds des siennes »

Ce ne sont pas les médias, ce ne sont pas les marketeurs, ce ne sont pas les politiques, ce ne sont pas les stars, ce ne sont pas les parcs d’attraction, ce ne sont pas les coachs, ce ne sont pas les « 10 leçons pour réussir ceci », ou les « 5 méthodes pour éviter cela » qui changeront nos vies.

C’est à chacun de se remettre à inventer un sourire, un sourire qui ne soit qu’à soi, à nul autre pareil et qui par sa singularité, sa force atteigne les autres dans leur cœur et dans leurs tripes.

Et je détourne une phrase de Roger Pol-Droit, réinventer son sourire, c’est : « disposer de soi-même, décider de son seul désir, changer les lois – des médias – au lieu de s’y plier ».

Ainsi, il faut se rappeler que le sourire se cultive en face à face. 

Laisser les portables dans nos poches pour que nos bébés n’imitent pas ces milliers de têtes penchées sur l’épaule dans un torticolis cellulaire et se rappeler, à chaque seconde, que le temps « perdu » à se pencher sur eux est une rente illimitée pour leur futur bonheur.

Retourner dans les magasins et rendre le sourire aux centaines de centres villes agonisant.

Remettre quelques outils entre nos mains pour renouer avec le beau geste et la belle ouvrage.

Se battre pour que notre décor, notre environnement quotidien : maisons, rues, villes, routes, parcs, jardins, forêts, plages, littoraux, sauvegardés, entretenus amènent un sourire de joie esthétique au premier regard.

Regarder les œuvres d’art, les monuments et les statues du passé non comme des condamnations éternelles mais comme des causes, certes malheureuses, mais spécifiques et temporaires qui nous ont permis d’arborer aujourd’hui un sourire libre, un sourire « sapere aude », qui ait le courage de s’appuyer sur son intelligence propre et non sur des diktats.

Et ainsi faire chaque jour, de chaque sourire un antalgique aux douleurs du monde, une source de chaleur, une lumière irradiante, un mouvement naturel de l’âme – urbi – qui remplit les âmes – et orbi.

Et faire rayonner cette émotion chère au regretté Jean d’O :

« La joie est une grâce venue d’ailleurs.

Elle éclate.

Elle nous transporte.

Elle nous ravit au-dessus de nous-mêmes. »

 

Sources :
– Patrick Drevet, « Le Sourire », Gallimard, 1999
– Antonio Damasio, « L’esprit ne peut exister sans le corps », Les Echos, décembre 2017
– Stefano Lupieri , « L’Optimisme, ça vaut le coup d’essayer », Les Echos Week-end, octobre 2016
– Robert Cormack, « Where are our Guts », Octobre 2017
– “L’Art pour Credo”, Paris VIII°, N091, Magazine municipal
– Colette Monsat & Hugo de Saint Phalle, « J’ai horreur de la cuisine à la télé », Michel Rostang, Le Figaroscope, novembre 2017
– Nadine Coll, « La Vie sans Tech », Version Femina, 2017
– David Abikern « Confession d’un serial shopper », 01 Net Magazine, 2017
– Guillaume Bregeras, “New York, la Solitude du Coureur de fonds”, Les Echos Week-end, novembre 2017
– PascalRondeau, « Sourire fait-il courir plus vite ? », L’Equipe, 3 novembre 2017
– Roger Pol-Droit, « Disposer de soi-même », Les Echos, 14 octobre 2017
– Jean d’Ormesson, « Le Guides des Egarés » », Gallimard, 2016
– Wikipédia

 

 

« Colère »

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Quel mot !  En plus, un des sept péchés capitaux et un des trois poisons.

Un risque à prendre, somme toute, de lancer sa plume à partir d’un tel vocable qui recouvre tant de nuances dans sa manifestation.

A regarder l’étymologie et les différentes définitions de ce mot, il semble que ce soit là le nœud, l’obstacle qui aie bloqué mes publications hebdomadaires depuis le 21 septembre.

Ce n’est pas que je n’écris pas, bien le rebours.  C’est simplement qu’il m’est impossible de publier les mots que je trace.

La plupart des sujets sociétaux, les évolutions du « paysage politique », les modalités actuelles de l’exercice du pouvoir, la pratique démocratique, les bouleversements de l’organisation du travail, l’évolution des rapports hommes-femmes, le sort qui est fait à l’Homme lui-même et à son écologie me posent question, ne répondent plus à une certaine cohérence que je me fais du monde.

La colère vient de là, de la prise de conscience, qu’il y a de plus en plus de sujets sur lesquels il est devenu hasardeux d’exprimer des doutes, des interrogations, des réticences, des oppositions sans risquer l’opprobre, la vindicte générale.

Est-ce propre à 2017 ?  Probablement pas.  De toutes les époques, il y a eu, pour ceux qui réfléchissent aux problèmes de leur temps, des difficultés à exprimer, à « mettre en mouvement » leur plume, leur parole, « en dehors » du consensus contemporain, d’émettre une opinion décalée, de questionner l’ordre établi, la croyance générale.  Et surtout, de combattre l’angélisme.

Forte de ce constat, il me faut prendre à mon compte une définition, une redéfinition du mot « colère » avant d’aller plus loin dans cette confession de chroniqueuse.

La colère

Il s’agit d’une agitation intellectuelle, d’une ébullition, d’un mécontentement, d’une émotion secondaire à une contrainte, à une frustration, à un blocage, à une impossibilité d’exprimer une pensée.

La colère est consécutive au besoin de maintenir son intégrité morale, de maintenir un niveau, de se maintenir à un niveau de valeurs cardinales.  Elle est aussi un refus de se conformer à un idéal à la mode, surtout quand celui-ci nie certaines réalités humaines.

Il s’agit cependant d’une émotion saine qui se passe de jugement sur autrui, qui est l’affirmation d’une volonté de comprendre, de sortir d’une impasse, de passer de l’inaction à l’action, d’apporter des pistes de réflexion pour permettre un vivre-ensemble meilleur, pour sortir d’un contexte source de mécontentement.

En fait, la colère est un feu couvert.  Le genre de flammes qui peut en jaillir dépend du bois que l’on y met.

Mais son expression, aujourd’hui, n’est plus acceptée, même plus tolérée.  Elle est désormais généralement attribuée aux faibles, aux minorités, celles qui semblent s’arc-bouter contre le cours général, passif de l’opinion.

Alors, ces soi-disant faibles ou minoritaires, nourrissent leur colère, ce feu couvert, de toutes leurs incompréhensions, de tous leurs refus refoulés, de toutes les injustices ressenties.

C’est la raison pour laquelle, il vaut mieux, pour les instances économiques et politiques, brouiller, troubler, anesthésier cette colère par tous les artifices possibles, par toutes les mascarades, par toutes les « applis », par tous les substituts consuméristes.

Il vaut mieux l’assécher par un reflux de l’instruction, par une orientation de l’information, par une acculturation lampante.

Parce que la colère est une arme.  Elle est un formidable contre-pouvoir aux idéologies de toutes sortes, surtout quand elle est méticuleusement réinvestie, et particulièrement dans un questionnement de réalités imposées.

La colère annihile la peur, libère la parole.  Pour peu qu’on dispose des moyens pour le faire.

Aujourd’hui, ceux qui ressentent de la colère face à l’idéologie, à la bien-pensance dominante sont devenus des mal-pensant, des apôtres d’un conservatisme pathologique.

J’en reviens à ce qui a bloqué la publication des maux qui sortaient de ma plume : le risque d’être cataloguée comme un mal-pensant (c’est à dessein que je n’emploie pas le féminin de ce terme et que je conchie ainsi l’écriture inclusive ; un –e en moins, ne m’enlèvera pas le fait d’être une femme).  Un mal-pensant, un pensant mal : quelqu’un qui pense mal.

Et je remercie Mathieu Bock-Côté qui a analysé ce malaise dans une tribune parue en juillet dernier dans le Figaro.  Je relis souvent cette synthèse de son ouvrage : « Le multiculturalisme comme religion politique ».

« Nous sommes devant une tentative d’exclure non seulement du champ de la légitimité politique, mais même de la simple légalité, des discours et des idées entrant en contradiction avec l’idéologie dominante ».

J’y suis.  Nous y sommes.  Ce que je souhaite, ce que vous souhaitez exprimer, frappé du sceau de valeurs profondes, est taxé de conservatisme et est passible de « contraventions idéologiques », tant ce conservatisme « témoignerait d’une persistance de l’ancien monde d’avant la révélation identitaire ».

En France, comme aux États-Unis et dans de nombreux pays occidentaux, une nouvelle religion diversitaire s’est installée et considère toute foi contraire à ses dogmes, à son catéchisme, comme un blasphème.

Ces nouveaux dogmes consistent à nier, à gommer, à modifier, à réécrire par pans entiers l’intégrité biologique de l’Homme, ses valeurs ataviques, des épisodes de son Histoire ; éléments tous constitutifs de son identité.

Ces dogmes ont pour dessein de maintenir les têtes sous une eau de culpabilité et de repentance qui n’éteint en rien les colères et les attise au contraire.

« Tous les hommes sont égaux. »  « Mais certains sont plus égaux que d’autres. »  Cela vous rappelle quelque chose ?

Qui protège du blasphème ceux dont on bafoue, par une mitraille mediatico-diversitaire, ce qu’ils ont de plus sacré ?

Pour être très précise, l’Etat, en refusant de considérer que la France judéo-chrétienne se fait attaquer de toute part en raison justement de ses racines religieuses, tourne le dos au principe juridique premier, fondateur, qu’aucun groupe « religieux » ne saurait limiter la liberté d’expression d’un autre groupe.

La France judéo-chrétienne est précisément dans ce cas de figure.

Il y en a une, en 2007, qui parlait de saine colère tout en s’emportant.

Non.

En fait, la saine colère, c’est celle de celui qui refuse de se faire baiser.

C’est aussi celle qui, comme dans mon cas, est née d’une certaine façon de penser le monde, de l’attachement à certain nombre de valeurs, d’un combat contre l’angélisme, contre le négationnisme, du refus d’une idéologie diversitaire presque plus totalitaire que les dogmes qu’elle prétend combattre.  Une idéologie qui criminalise ma façon de penser, incarcère ma liberté de l’exprimer.

La liberté de s’exprimer s’arrête là où elle peut contraindre celle des autres.

La saine colère cherche tous les moyens de se transformer en une réflexion apaisée, apaisante.  Altruiste.

Mais il s’agit bien d’un questionnement franco-cartésien assumé, de la recherche de vérités simples qui ne nient pas les liens complexes qui se tissent entre elles.

J’ai, nous avons le droit d’interroger, de réfuter, d’opposer, d’argumenter, de combattre sans être taxés de racisme, de xénophobie, de sexisme, d’homophobie, de nationalisme, sans être accusés d’avoir rejoint des forces de l’ombre.  Mathieu Bock-Côté appelle ces injonctions, le « fondamentalisme de la modernité ».

De fait, tout discours contraire à la doxa diversitaire est verrouillé juridiquement de l’espace public.  Est-ce que cela ne rappelle pas une certaine Inquisition ?

La contrepartie qui peut surprendre, c’est que l’outrage (variante du blasphème) demeure un apanage présidentiel.

Ainsi, si une majorité de Français veut conserver l’ensemble des symboles qui constituent une identité historique, culturelle et spirituelle dans laquelle elle a foi et dans laquelle elle se reconnait, il n’y a pas d’autorité publique qui ait la moindre légitimité, en démocratie, pour les lui enlever.

Vous voyez, par étape, la colère, risque de tempête et de tumulte, s’est canalisée, s’est estompée et s’est transformée en une franche explication de texte qui n’éreinte rien d’autre qu’une plume, de l’encre, du papier et les présents pixels.

Donner la voix ? Écouter  ?  Prendre en compte ?

Rien de tel pour garder les bonnets phrygiens au placard, pour ne parler des foulards que pour des questions de mode, pour attribuer aux barbes de simples considérations esthétiques, pour regarder les kippas comme des protections météorologiques et pour considérer les croix comme les balises GPS de l’Histoire d’un peuple.

Bref pour permettre aux faibles, minoritaires et sans-dents qui n’ont pas, n’ont plus, à qui on a enlevé le moyen de parler, de transcender leur colère.

Il n’y a que ceux qui nie la biologie de l’Homme, capable de transformer une émotion, la colère, en actes, qui peuvent considérer ce risque comme probabilité négligeable.

Il n’y a pas d’un côté des néo-élites identitaires intelligentes qui décrètent et de l’autre des abrutis obscurantistes qui renâclent.

Il faut, pour calmer les colères, comme il a fallu pour calmer la mienne, laisser libre cours à toutes les opinions, célébrer l’altérité, la compréhension de l’autre.

Mais il faut, en particulier pour les Français, leur laisser le droit de défendre leur socle identitaire millénaire, car à le déformer, le nier, le conspuer, on prend le risque de nourrir ce feu couvert des émotions les plus inflammables, comme la colère.

Certains scrutins européens illustrent déjà ce risque.

C’est donc bien aux « conservateurs de l’ancien monde » d’allumer un contre-feu en reprenant leur plume et en redonnant de la voix.

Au fait, ma colère est désormais passée.

Récits des Corps

entre-chien-et-loup
Remerciements à Franquette Levieux & Opéra Nationale de Paris

Vendredi 15 juillet, 19:30

Sagement assise au milieu des spectateurs de l’Opéra Bastille, j’attends le lever de rideau.  Depuis hier, jeudi 14 juillet, je refuse d’écouter les médias.

Un Monsieur tout en noir longe le rideau encore tiré pour se placer au milieu de la scène et prononcer une phrase toute simple : « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, en hommage aux victimes du drame de Nice, je vous demande de vous lever et d’observer une minute de silence.  Malgré les circonstances, l’Opéra de Paris et le Corps de Ballet ont décidé de maintenir la représentation ».

L’assistance n’hésite pas un instant.  Elle se lève comme un seul, dans un bruissement sourd de drap de velours sombre qui aurait été déployé sur la salle.

Et le silence.  Pur.  Nu.

Une minute.  Et je pleure.  C’est tout.

Je n’ai pas vu les images du drame mais je pleure.

Je pense à Charlie Hebdo, à l’Hyper Casher, au Bataclan, aux terrasses de café, à ce papa et cette maman à Magnanville.

Et à Nice.

Rien ni personne ne bouge.

Tous ces corps inertes.

Le rideau se lève, le spectacle commence.

Tous ces corps en mouvement.

Justin Peck.  « Entre Chien et Loup », sur le concerto pour deux pianos de Francis Poulenc.

« Peu à peu les danseurs vont retirer leurs masques, passant de l’anonymat à la reconnaissance progressive.  Lorsque le premier danseur est dépossédé de son masque, les tensions sur scène basculent brusquement : alors qu’il retrouve la vue, il se voit confronté à la masse collective aveugle.  Ces changements dans les relations sont alimentés par les ruptures musicales de la partition.  Et progressivement, tous les masques tombent. »

Nice, le premier danseur ; la masse collective aveugle.  La rupture musicale dans ce soir de fête.

George Balanchine.  « Brahms-Schönberg Quartet ».

« Le mouvement dévore l’espace ».

A Nice, plus qu’ici.

Ce que disent les corps ; le récit de ces corps.

Ici, dans la danse, les corps aspirent à autre chose que la violence.

Ici, dans la danse, les corps aspirent la violence.

Les notes s’égrènent.  Coups de marteau aux intensité modulées.

Le piano marque les temps de fuite.

Trilles gaies, trilles solennels, trilles tristes.

Échos.

Les danseurs remplissent l’espace de leurs bras, de leurs jambes.

Leurs mains se prennent, se défont.

Ils se jettent, se rejettent, s’élancent, se poursuivent, se heurtent, s’évitent.

Debout, assis.  A droite, à gauche.

Ils virevoltent, tournoient, fuient.

Ils se synchronisent et se désynchronisent.

S’unissent, se désunissent.  S’éparpillent et se rassemblent.

Ce que racontent ces corps est beau.

Sans s’en rendre compte, dans le tableau de Justin Peck, ils racontent Nice.

Feu d’artifice à Nice, emballement.

Feux de couleurs sur scène, déchaînement.

George Balanchine : « La seule chose importante est le mouvement lui-même ».

Ce mouvement-là, ces mouvements-là, ce soir, font mal.

Se superposent les corps plaqués, projetés, brutalisés, foudroyés de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher, du Bataclan, des terrasses de café, de ce papa et cette maman à Magnanville.

Et de Nice.

Et, alors que j’écris ces lignes, de Saint-Etienne-du-Rouvray.

L’idée de ces corps maltraités se confond avec l’intensité chorégraphique de la danse.  George Balanchine : « Voyez la musique, écoutez la danse » ; c’est ce que j’ai vu et entendu.

Le mouvement dévore l’espace

Émotion profonde.

Le spectacle fini, il me faudra rentrer à pied pour trouver un semblant de sérénité.

Que font les Hommes de leur corps ?

Mort peinte, sculptée, photographiée, filmée qui dansent dans nos mémoires.

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Image brutale de ce soldat à Verdun.  Heurté par la balle ; un visage tordu de douleur.

La mort cingle la vie.

Quelle grâce dans l’impact et le trépas.

Chorégraphie de la Guerre.  Macabre esthétique.

Corps nus et décharnés, alignés, imbriqués les uns dans les autres dans des fosses ou dans des fours, dont l’immobilité dévore le cœur.

Corps jeunes : français, américains, canadiens et de tant d’autres pays, fauchés à la fleur de l’âge, à fleur d’eau, à fleur de sable un brumeux matin de juin.

Villages de Bosnie, routes perdues du Rwanda.

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« Le ballet peut éventuellement raconter quelque chose, mais c’est l’élément visuel qui est essentiel.

Ballets de morts, c’est tout ce que ces scènes racontent.

Que font les Hommes de leur corps ?

Ballets de vivants, c’est toute la vie que ces mouvements racontent.

Autre lieu, au cœur du mois d’août.

Musée du Louvre, département des Antiquités grecques et romaines, un après-midi.

Sagement assise en tailleur au milieu des statues blanches, j’observe.

J’écris, au fil de l’eau, avec l’intention initiale, grâce aux Antiques, de rendre hommage par la plume, à la plastique masculine du plus bel exemple de chute de reins qu’il m’ait été donné de voir.

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Recherche d’inspiration dans l’impression visuelle donnée par ces statues à l’esthétique pure et parfaite.

Installée comme je suis, le flot des badauds prend le dessus comme le débordement d’une rivière.  Mon intention initiale reflue, submergée par la variété des réactions des visiteurs au spectacle de cette nudité.

Les visiteurs qui défilent dans un ballet continu réagissent différemment devant cette nudité ; selon leur sexe, leur âge, leur nationalité.  Curieux spectacle que celui de ces regards gênés qui rasent le sol, de ces regards insistants, amusés, émoustillés, de ces rires contenus ou déployés, de ces mains qui touchent, de ces discussions sérieuses, critiques, admiratives, murmurées.

Que racontent ces corps ?

Ces corps dansant.

Ces corps idéalisés dans la danse

Ces corps posant.

Ces corps idéalisés dans le marbre.

Leur récit premier est avant tout un récit de vie, de beauté, d’admiration, d’amour.

Nudité ?

Que nous sommes tous nés nus.

Que nous avons tous pris chair de deux corps nus : homme et femme.

Que nos corps sont capables de tous les miracles, de toutes les beautés, à commencer par celle de donner la vie.

Contre ces corps massacrés.

Contre ces corps blessés, souffrants.

Contre ces corps au cœur de tous les travers, les excès humains : viols, maltraitance, négligence, expérimentation, guerre, torture, trans-humanisme.

« La violence humaine s’enracine dans l’arbre de l’évolution », mais tous nos Arts montrent que de génération en génération, nous luttons pour nous extraire de la violence.   Au fil des siècles, nous avons renforcé notre capacité à moduler la violence en changeant notre environnement social.

Nous avons gagné, presque partout dans le monde, de nous raconter chacun librement par nos corps.  Chaque guerre, chaque attentat nous rappelle comme nous sommes des corps fragiles à qui l’on fait tout dire, tout subir.

Aux deux extrêmes.

Le pire et le meilleur.

C’est avec « Les Uns et les Autres » de Claude Lelouch que va s’achever le récit de cette émotion du 15 juillet.

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Histoire de destins qui se croisent, récits de corps qui se synchronisent et se désynchronisent.  S’unissent, se désunissent.  S’éparpillent et se rassemblent.

Et ce « Boléro » final de Maurice Ravel.  Le danseur raconte, dans un crescendo orchestral, tous ces drames, toutes ces luttes, tous ces combats pour exorciser la violence, tout ce désir de beau, tout cet élan vital, toute cette énergie.

Sa danse sculpte ces récits.

Sa danse unit tous les drames, toutes les peines, toutes les blessures.

Sa danse guérit, purge, transforme, transcende.

Les corps se défont mais se reprennent toujours.

Pour raconter la vie.